La dualité de l’Ouvert : l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal dans Genèse

Le début de le Genèse ne doit surtout pas être interprété historiquement, comme mettant en scène des personnes physiques individuelles : Adam l’homme, Ève la femme, le serpent qui parle..

Ève a été interprétée (par Fabre d’Olivet je crois) comme la faculté volitive d’Adam.. pour ma part j’interprete Le serpent comme l’intelligence d’entendement, la faculté de « gagner » et de prolonger son existence sur le plan vital, qui est le Jardin d’Eden. Adam est bien l’archétype du masculin et Ève celui du féminin.. l’histoire de l’arbre est au chapitre 3 , qui est ici en hébreu traduction en français :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0103.htm

« Mais le serpent était rusé, plus qu’aucun des animaux terrestres qu’avait faits l’Éternel-Dieu. Il dit à la femme: “Est-il vrai que Dieu a dit: vous ne mangerez rien de tous les arbres du jardin?”

Eh oui le serpent , l’intelligence d’entendement, celle des petits malins qui s’enrichissent et gagnent au jeu de la vie, est rusé, plus encore il est la Ruse..

«2 La femme répondit au serpent: “Les fruits des arbres du jardin, nous pouvons en manger;

mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez point, sous peine de mourir.”

Les livres généralement inspirés par la métaphysique orientale qui traitent de ce passage évoquent le mot fatidique de dualité : l’arbre de la connaissance du bien et du mal serait cette dualité, forcément mauvaise, qui fait rentrer la mort dans le monde. Mais il y a dualité et dualité : il y a la dualité propre à l’existence naturelle,je ne suis pas cet arbre là bas, et je ne suis pas cet autre être humain, qui peut donc devenir ennemi , vouloir ma mort pour rester en vie ou avoir plus de ressources vitales.. par contre il y a une dualité « métaphysique » qui est celle de l’Ouvert, des deux plans, vital -naturel et internel :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/a-propos-de-ce-blog-plan-vital-et-plan-spirituel-dans-leur-dualite-qui-est-louvert/

et c’est là ce que désigne l’arbre de la connaissance du bien et du mal, dont le nom en hébreu est :

עץ הדעת טוב ורע

Mais cet arbre n’est jamais nommé par ce nom, dans ce chapitre tout au moins, le verset 3 parle du « fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin »
C’est le verset 22 qui parle de « connaissance du bien et du mal » :

« L’Éternel-Dieu dit: “Voici l’homme devenu comme l’un de nous, en ce qu’il connait le bien et le mal. Et maintenant, il pourrait étendre sa main et cueillir aussi du fruit de l’arbre de vie; il en mangerait, et vivrait à jamais.”« 

Les trois termes hébreux se trouvent dans ce verset : » pour la connaissance «  (לדעת) « du bien et du mal » (טוֹב du bien וָרָע et du mal ) l’étrenel Dieu traduit : יְהוָה ( le tétragramme YHVH) אֱלֹהִים ( Elohim , qui est en hébreu un pluriel « les dieux »)

Il est d’ailleurs curieux que ce Dieu censé être unique dise «כְּאַחַד » (comme l’un) «מִמֶּנּוּ » ( d’entre nous )..

Si un serpent est censé parler, un dieu peut bien le faire aussi

Que se passe t’il ici ?Dieu n’est évidemment pas une personne, un étant, c’est une Idée formée par l’être humain , mais les rédacteurs (humains ) de ce document antique le font parler comme s’il avait un statut de personne , comme ils font d’ailleurs pour le serpent qui parle à la femme :

«  Le serpent dit à la femme: “Non, vous ne mourrez point;

 mais Dieu sait que, du jour où vous en mangerez, vos yeux seront dessillés, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.« 

Le serpent, très rusé comme de bien entendu, joue un jeu bizarre: il commence par prêcher le faux pour avoir le vrai ( est il vrai qu’il vous est interdit de manger du fruit des arbres du jardin ?) Puis il induit en tentation la femme ( mais non vous ne mourrez pas, mais vous deviendrez des dieux, connaissant le bien et le mal)
Le texte ne dit pas que la femme cède à un harcèlement du serpent, elle suit son propre jugement :

« La femme jugea que l’arbre était bon comme nourriture, qu’il était attrayant à la vue et précieux pour l’intelligence; elle cueillit de son fruit et en mangea; puis en donna à son époux, et il mangea.« 

Et c’est elle qui incite son »homme » à en manger

Seulement quand Dieu en colère réclame des explications, chacun se planque derrière l’autre..

Adam accuse Ève de l’avoir incité:

«  L’homme répondit; “La femme – que tu m’as associée – c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’ai mangé,« 

Et Ève se planque à son tour derrière le serpent :

« La femme répondit: “Le serpent m’a entraînée, et j’ai mangé« 

Mais en réalité personne n’a forcé personne : nous ne sommes pas à Hollywood dans la chambre d’ Harvey Weinstein ou à Paris dans la chambre de Tariq Ramadan …

Que se passe t’il ici ? L’un des plus importants stades de l’évolution humaine se transforme en épisode de théâtre de boulevard , ou en conte pour enfants.

Le fait de manger du fruit de l’arbre signifie que les humains prennent conscience de la dualité entre intellect, pensée (les Idées, les vérités) et « réalité du monde et de la vie dans le monde » : leurs yeux se dessillent et ils meurent, c’est à dire qu’ils prennent conscience qu’ils sont mortels, en tant qu’êtres qui vivent dans le monde, et aussi d’ailleurs en tant qu’etres pensants. Avant que leur « yeux se dessillent », ils ne meurent pas, c’est à dire qu’ils vivent dans le moment présent (jouir des choses bonnes à manger et à boire, culbuter des femelles, etc..) sans craindre une mort qui mettra fin à tout cela : la mort n’est pas pour eux. Une fois qu’ils ont pris conscience de la différence entre le plan de la pensée et le plan de l’étendue, une fois que leurs yeux se sont dessillés, ils savent que leur durée de vie est limitée et prendra fin un jour, c’est à dire qu’ils se savent mortels : mais ils imaginent une « âme « immortelle, qu’ils associent aux phénomènes de la pensée (ils n’ont pas encore à leur disposition une science du cerveau) et un « Dieu » personnel qui les jugera et les accueillera, espèrent ils, au ciel. Car un « Dieu étant » , que nous considérons ici comme idolâtre, est aussi une Idée et n’est qu’une Idée, puisqu’on ne le verra jamais en personne et pour cause!

A noter que dans ce chapitre « femme » traduit le mot hébreu Ishah féminin de Ish = homme

הָאִשָּׁה

Le féminin de Adam est Adamah qui est non pas la femme d’Adam, mais la terre d’où Adam a été tiré .. on trouve ce mot au verset 17 et suivants, pour constater qu’à cause d’Adam la terre est maudite :

הָאֲדָמָה

Ce n’est qu’au verset 20 qu’adam Donne à sa « femme «  ( « אִשְׁתּוֹ ishtô) le nom d’Eve Havah

חַוָּה

Donc que se passe t’il Quanles humains «  mangent du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal »? Leurs yeux se dessillent et ils meurent, c’est à dire qu’ils prennent conscience de leur mortalité et de leur finitude, en tant qu’êtres vivants dans le monde
En même temps ils prennent conscience de la réalité d’un autre plan, celui de la pensée et des Idées, où ils peuvent s’établir (s’ils donnent la prédominance à la pensée sur la vie dans le monde)et où la finitude ne les touche pas. C’est alors assez facile de se représenter cette non – finitude ( que nous appelons ici internité) en l’imaginant faussement sur le modèle de la perpétuité de l’existence dans le monde, de l’éternité, de l’immortalité. Donc la mort , la prise de conscience de la mort ( sur le plan vital) émerge à ce moment là de l’évolution humaine, en même temps que l’imagination idolâtre de l’immortalité ( qui consiste à confondre internité et éternité ou perpétuité de la durée ) .
Lorsque leurs yeux se sont dessillés les humains prennent conscience d’etre Nus et en ont honte : c’est à dire que c’est à ce stade de l’évolution qu’ils prennent conscience que leur entrée dans le monde , par la naissance, résulte des rapports sexuels entre hommes et femmes. d’ailleurs le chapitre 4 commence ainsi :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0104.htm

« or, l’homme s’était uni à Ève, sa femme. Elle conçut et enfanta Caïn, en disant: “J’ai fait naître un homme, conjointement avec l’Éternel!”« 

C’est à dire qu’avant cette prise de conscience de la différence des deux plans, les humains n’avaient pas conscience de mourir mais n’avaient pas conscience non plus de naître de parents humains, par suite du rapport sexuel de leurs parents : ils croyaient être mis dans le monde de façon surnaturelle! Certes les adultes, ou certains d’entre eux, voyaient bien que les bébés sortaient du ventre de leur mère, mais ils n’avaient pas conscience que ceci résultait des rapports sexuels. Ils n’avaient pas conscience non plus de l’existence d’un monde de la pensée différent du monde de la vie et de l’action . Tout ceci, toutes ces prises de conscience : de la mort, de la naissance par suite des rapports sexuels et de la différence entre plan de la pensée et plan vital’ commence en même temps, tout au moins au même stade de l’évolution humaine. Il ne faut pas accorder aux récits de la Genèse une valeur historique mais plutôt ontologique : cela ne concerne pas des époques différentes de l’histoire, étant donné que la conscience du temps qui passe , donc d’un déroulement historique, commence justement à ce stade de l’évolution où la mort, la naissance (conscience de la mort et de la naissance) et la différence entre pensée (conscience) et existence dans le monde , toutes ces prises de conscience font leur apparition. C’est ce stade qui est symbolisé dans le livre de la Genèse par l’épisode où Adam poussé par Ève, elle même poussée par le serpent, « désobéissent » à Dieu et mangent d’un fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais il s’agit maintenant de lire et de comprendre ces vieux récits en adultes et non comme des enfants crédules : nous le pouvons puisque nous vivons après la ligne de partage des Temps de Descartes et de la science moderne :

https://renatuscartesiusmathesisuniversalis.wordpress.com/descartes-la-ligne-de-demarcation-des-temps/

Ligne qui sépare l’enfant, avant, et l’adulte, après.

La prise de conscience de la dualité des plans est un progrès, elle ne résulte pas de la désobéissance aux ordres d’un Dieu qui n’existe pas et est , dans la plus haute de ses acceptions, une Idée formée par les humains, ou certains humains, supérieurs aux autres . Il n’y a que le monde, et dans le monde un certain animal, l’animal humain, qui diffère radicalement des autres animaux en ce sèns qu’il se Sénat étanger et supérieur à la Nature, non pas pour en jouir mais pour la dépasser dans le phénomène de la Connaissance.
A noter d’ailleurs , ce qui confirme notre théorie, que le mot hébreu pour connaître est le même que pour «  avoir des rapports sexuels avec » :

« Adam connut sa femme Ève . Elle conçut et enfanta Caïn « 

C’est le mot hébreu

יָדַע

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