Le verbe hébreu pour « connaître » dans la Bible : deux voies, vers le monde et la génération, et vers l’Esprit et l’Un

Est ce là le sens de cet aphorisme d’Héraclite :

« La montée est égale à la descente »

http://www.cafe-philo-des-phares.info/index.php?option=com_content&task=view&id=147

http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/85-86.htm

Dans la Bible- le même mot hébreu :

« 

ידע

signifie à la fois connaître (« il a connu ») et « avoir des rapports sexuels avec » cf la fin de :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/11/01/la-dualite-de-louvert-larbre-de-la-connaissance-du-bien-et-du-mal-dans-genese/

D’ailleurs le premier verset du chapitre 4:

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0104.htm

Après qu’Eve puis Adam aient mangé , au chapitre 3, du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ce verset 1 du chapitre 4 peut se traduire par
«  or, Adam connut Ève sa femme. Elle conçut et enfanta Caïn« 

mais c’est moi qui traduis ainsi, le traducteur n’ose pas aller jusque là et le texte français est :

« or, l’homme s’était uni à Ève, sa femme. Elle conçut et enfanta Caïn, en disant: “J’ai fait naître un homme, conjointement avec l’Éternel!« 

Cependant le texte hébreu mentionne bien Adam et non pas Ish (l’homme ) et le verbe :

יָדַע

Traduit par « or l’homme s’était uni à Ève son épouse « 

On peut se rappeler qu’en métaphysique scolastique , la connaissance implique l’union avec l’objet de la connaissance.

Ce fait curieux de la traduction d’un même mot sur deux registres entièrement différents , celui de la sexualité et celui de la connaissance, n’a pas été sans provoquer de son commentaires à n’en plus finir dans les traités « ésotériques » cherchant à interpréter ce «  mystère » . Voici ma propre interprétation, j’ai commencé à en toucher un mot à la fin de l’article précédent :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/11/01/la-dualite-de-louvert-larbre-de-la-connaissance-du-bien-et-du-mal-dans-genese/

Il ne faut pas perdre de vue que ce verset vient après un épisode crucial, celui au chapitre 3 symbolisé par l’acte de désobéissance envers Dieu de la femme (Ishah = Ève) puis de l’homme (Ish = Adam) : Dieu leur a en effet défendu de manger du fruit de cet arbre ( cependant, on se demande bien pourquoi il l’a laissé dans le jardin puisqu’il est Tout- Puissant ) , mais j’ai déà dit que ces histoires à dormir debout d’un «  Dieu » assimilé à un Seigneur Tout Puissant qui édicte des ordres et des interdits ne rendent pas justice à la véritable signification de ce texte, qu’il s’agit de dévoiler ici. Manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal signifie que les humains en arrivent à un stade de l’évolution où ils prennent conscience de la dualité des plans, vital et internel, qui est décrite ici comme l’Ouvert ou le gouffre ou l’Abime :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/a-propos-de-ce-blog-plan-vital-et-plan-spirituel-dans-leur-dualite-qui-est-louvert/

Les premiers effets de cete prise de conscience ne se font pas attendre : les yeux de l’homme et de la femme se dessillent, ils s’apercoivent qu’ils sont nus et en ont honte, et tentent de cacher leur nudité (celle des organes sexuels) par des pagnes cousus avec des feuilles de figuiers. En même temps Adam prend conscience qu’il est situé quelque part dans le jardin (le plan vital, l’espace – Temps du monde ) tel est le sens de La question que lui pose « Dieu » :

«  L’Éternel-Dieu appela l’homme, et lui dit: “Où es-tu?”« 

S’il est Tout- Puissant et Tout – Connaissant , comme dans les fables infantiles qui trahissent le sens de ce texte admirable, il n’a pas besoin de poser la question, il connaît la réponse.

Loin d’etre Un acte de désobéissance envers un « Dieu Seigneur » qui de toutes façons à tous les pouvoirs, cet épisode est donc un progrès de l’espèce Humaine vers la Liberté .. non pas liberté au sens où l’entendent les modernes dégénérés « libertins de gauche » (je fais ce que je veux, avec qui je veux, je mange et je bois ce qui me plait et je t’emmerde) mais au sens d’accord avec la vérité et d’adéquation avec la Raison universelle. Les humains prennent conscience du même mouvement qu’ils sont mortels en tant qu’êtres Vivants , qu’ils viennent dans le monde par la naissance, conditionnée par l’activité sexuelle, et que la pensée quicrée les Idées et l’esclavage vérités est séparée de « ce qui arrive »

J’ai mentionné au début deux voies : l’une qui monte vers l’esprit depuis le monde de la vie, et l’autre qui descend vers le plan vital depuis les hauteurs de l’ Idée et de l’Esprit . Ces deux voies ne sont certainement pas équivalentes selon l’aphorisme héraclitéen « la montée est égale à la descente »
Mais ces deux voies ne se séparent elles pas à l’occasion de cet acte de prise de conscience , orienté vers la Liberté par la Connaissance , acte symbolisé par le fait que les humains, masculin comme féminin, « mangent du fruit de l’arbre »
Parménide parle aussi de deux voie, celle de l’être et du non- être :

http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/85-86.htm

« Comment Heidegger traite-t-il de l’enthousiasme de la 1ère fois ? Dans l’Introduction à la Métaphysique, Parménide aurait énoncé la connexion de 2 différences qui ne se recouvrent pas :
– la différence de l’être et du non être : les 2 voies
– la différence de l’être et de l’apparence
Et c’est la délimitation de ces 2 voies différentes qui seraient constitutives de la philosophie, qui ouvriraient le champ philosophique, même si il ne réduit pas à cette délimitation, serait donc condition originaire du penser philosophique. Selon Heidegger, Parménide propose 3 chemins à la pensée :
– le chemin de l’être – nécessaire du Parménide
– le chemin du non être – impraticable
– le chemin de l’apparence – l’opinion, la doxa. C’est, dit Parménide, le chemin toujours pratiqué, la voie facile suivie par la majorité des humains. Mais on peut éviter ce chemin puisqu’il est couramment pratiqué par le commun des mortels. Il suffit de le décider.
1ère remarque : la philosophie est donc une décision. Et Heidegger part du ton de la décision parménidienne, pas du tout de l’argumentation. Autrement dit, Parménide n’est pas le premier philosophe, mais il décide de la philosophie parce qu’il en décrit les chemins. La métaphore du carrefour des routes est essentielle : c’est le lieu de la décision de la philosophie. Pour décider la philosophie, il faut la co-présence de 3 voies : l’être, le non être, la doxa. Heidegger écrit :
« Parménide c’est le plus ancien document de la philosophie sur ceci que la voie du néant doit être pensée en même temps que la voie de l’être ».
L’essence du penser parménidien c’est pour Heidegger de se tenir dans l’ouverture des voies, ie au lieu d’une décision. La décision consiste à penser conjointement les voies sans en faire la synthèse ; d’être celui qui pense la voie du néant en même temps que la voie de l’être et de l’apparence. Dans cette phase d’interrogation, tout se joue sur philosophie à raison de 2 interrogations :
– dans quelle mesure décider la philosophie constitue un document de la philosophie ?
– Heidegger fait comme si l’explication des 2 voies, du carrefour, était la décision originaire de la philosophie.
Or est-il bien vrai que Parménide décide la philosophie parce qu’il formule que les voies de l’être et du non être sont le lieu d’une décision ? décide-t-il de la philosophie en ceci seulement qu’il explicite le carrefour de la décision ? Est-ce vraiment bien là le point de décision de la philosophie ? C’est en tout cas la thèse heideggérienne : là, la philosophie a été décidée, le lieu de la décision est ce que la philosophie constitue. Pourtant, si la philosophie se décide de ce seul point, à savoir du penser conjoint de la voie de l’être et de la voie du néant, alors je dis que la philosophie a été décidée bien avant Parménide. Lisons parmi de nombreux textes, un texte égyptien : le papyrus Brener Rhinf (3 ou 4 siècles avant Parménide), et un hymne védique à peu près de la même époque/«

 

Nietzsche , au début du livre III de « Zarathoustra » parle aussi de l’ascension, loin des événements du hasard qui constituent le plan vital , une voie «  où « sommet et abîme se confondent en une même résolution , un chemin où « derrière toi il n’y a plus de route », où toutes les échelles et mesures manquent, et au dessus duquel est écrit « Impossible » .. une ascension solitaire où pour grimper encore il ne faudra pas hésiter à grimper sur sa propre tête, en se tirant par les cheveux pour se tirer du marécage ( du plan vital ) comme le baron de Munchausen:

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Troisième_partie/Le_voyageur

« Je suis un voyageur et un grimpeur de montagnes, dit-il à son cœur, je n’aime pas les plaines et il me semble que je ne puis pas rester tranquille longtemps.

Et quelle que soit ma destinée, quel que soit l’événement qui m’arrive, — ce sera toujours pour moi un voyage ou une ascension : on finit par ne plus vivre que ce que l’on a en soi.

Les temps sont passés où je pouvais m’attendre aux événements du hasard, et que m’adviendrait-il encore qui ne m’appartienne déjà ?

Il ne fait que me revenir, il est enfin de retour — mon propre moi, et voici toutes les parties de lui-même qui furent longtemps à l’étranger et dispersées parmi toutes les choses et tous les hasards.

Et je sais une chose encore : je suis maintenant devant mon dernier sommet et devant ce qui m’a été épargné le plus longtemps. Hélas ! il faut que je suive mon chemin le plus difficile ! Hélas ! j’ai commencé mon plus solitaire voyage !

Mais celui qui est de mon espèce n’échappe pas à une pareille heure, l’heure qui lui dit : « C’est maintenant seulement que tu suis ton chemin de la grandeur ! Le sommet et l’abîme se sont maintenant confondus !

Tu suis ton chemin de la grandeur : maintenant ce qui jusqu’à présent était ton dernier danger est devenu ton dernier asile !

Tu suis ton chemin de la grandeur : il faut maintenant que ce soit ton meilleur courage de n’avoir plus de chemins derrière toi !

Tu suis ton chemin de la grandeur : ici personne ne se glissera à ta suite ! Tes pas eux-mêmes ont effacé ton chemin derrière toi, et au-dessus de ton chemin il est écrit : Impossibilité.

Et si dorénavant toutes les échelles te manquent, il faudra que tu saches grimper sur ta propre tête : comment voudrais-tu faire autrement pour monter plus haut ?

Sur ta propre tête et au delà, par-dessus ton propre cœur ! Maintenant ta chose la plus douce va devenir la plus dure. »

Mon interprétation des deux voies, montée vers l’Un et descente vers la multiplicité et le chaos des événements du plan vital et de sa chronique l’Histoire est donc qu’elles sont loin d’être équivalentes, mais ne se séparent qu’au stade de l’émergence de la Liberté , lorsque les humains « mangeant le fruit de l’arbre » prennent conscience de leur mortalité et plus profondément de la finitude qui caractérise le plan vital ( le «  jardin » )

Il y a « la mort en ce jardin » :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Mort_en_ce_jardin

https://m.ok.ru/video/89346280123

Mais l’arbre de la dualité métaphysique (de l’Ouvert) correspond à un progrès de l’humanité qui s’oriente ainsi vers la Liberté .

Et si homme et femme se découvren, après avoir mangé du fruit de l’arbre nus à leur grande honte, c’est aussi un progrès, n’en déplaise aux naturistes et autres émancipés gentils: n’oublions pas les propos de Georges Bataille sur la vérité tragique de l’érotisme, à savoir la nostalgie des êtres discontinus que nous sommes pour la continuité perdue :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

« Je tiens d’abord à préciser à quel point sont vaines ces affirmations banales, selon lesquelles l’interdit sexuel est un préjugé, dont il est temps de se défaire. La honte, la pudeur, qui accompagnent le sentiment fort du plaisir, ne seraient elles-mêmes que des preuves d’inintelligence. Autant dire que nous devrions faire table rase et revenir au temps — de l’animalité, de la libre dévoration et de l’indifférence aux immondices. Comme si l’humanité entière ne résultait pas de grands et violents mouvements d’horreur suivie d’attrait, auxquels se lient la sensibilité et l’intelligence. Mais sans vouloir rien opposer au rire dont l’indécence est la cause, il nous est loisible de revenir — en partie — sur une vue que le rire seul introduisit.
C’est le rire en effet qui justifie une forme de condamnation déshonorante. Le rire nous engage dans cette voie où le principe d’une interdiction, de décences nécessaires, inévitables, se change en hypocrisie fermée, en incompréhension de ce qui est en jeu. L’extrême licence liée à la plaisanterie s’accompagne d’un refus de prendre au sérieux — j’entends : au tragique — la vérité de l’érotisme.

Le (non) temps de l’animalité dans l’extrait ci dessus est celui d’avant la rencontre avec le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ( qui symbolise la conscience de l’Ouvert)

La voie descendante, vers la multiplicité des instincts et désirs vitaux , est voie de la mort ; la voie montante est renoncement à la mort . La seule religion véritable est le renoncement à la mort :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

Et il n’est pas vrai , depuis le stade de la Liberté par la conscience de l’Abime , que « la montée est égale à la descente »

La liberté n’est pas le choix entre la voie montante et la voie descendante : elle est la voie montante.

La volonté libre se définit seulement ainsi :

« Rien ne peut interdire à l’intelligence de rencontrer dans le monde uniquement ce qui est fait pour elle, la loi d’où naît la vérité. Il n’y a pas d’évènement quelqu’inattendu qu’il soit , quelque contraire à nos tendances personnelles, qui ne serve à enrichir le domaine de notre connaissance.

Nous n’avons à redouter d’autre ennemi que l’erreur; et l’erreur, si nous savons l’avouer avec sincérité et nous en délivrer scrupuleusement, ne fait qu’augmenter le prix de la vérité définitvement possédée.

Rien ne peut empêcher la volonté de rencontrer dans le monde uniquement ce qu’elle cherche, l’occasion de se dévouer à l’intérêt supérieur de l’humanité; elle n’a rien à craindre, hors ses propres défaillances. »« 

Et la religion véritable ainsi : pureté absolue de l’esprit :

« La vie est bonne absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort;

elle fait que rien ne passe et rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme

alors, vivant dans notre idéal, et nous en entretenant avec nous mêmes, nous connaissons le sentiment de sécurité profonde, et de repos intime qui est l’essence du sentiment religieux, et qui n’est autre que la pureté absolue de l’esprit » »

L’épisode raconté sous la forme que l’on sait au chapitre 3 de Genèse , celui de la « désobéissance » d’Eve et Adam, qui mangent du fruit de l’arbre peut se résumer ainsi : émergence des l’autonomie, rupture avec l’animalité et la Nature . Et c’est seulement à ce stade que les deux voies se différencient : voie vers le monde, la génération et la mort; voie vers l’Esprit par la connaissance.

Et c’est sans doute une des limites de ce Livre de la Bible que l’ existence d’un unique mot hébreu pour nommer connaissance (voie montante ) et génération sexuelle (voie descendante)

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