Le traité de la purification de l’intellect de Spinoza et l’Education sentimentale de Flaubert

L’édition du livre de Spinoza «  aux éditions de l’eclat« 

http://www.lyber-eclat.net/livres/traite-de-la-reforme-de-lentendement/

Que je viens avec bonheur de retrouver dans mes vieux livres, commence par une présentation d’André Scala qui met en parallèle la fin de l’Education sentimentale et le Traité de Spinoza.

L’édition de 1869 de l’education Sentimentale est ici :

http://flaubert.univ-rouen.fr/oeuvres/ES_1869.php

Il y a plusieurs liens pour lire les différentes éditions en ligne :

http://promeneur-libre.raindrop.jp/litterature/pdf_fr/FLAUBERT__L’Education_sentimentale_versionde1845.pdf

https://beq.ebooksgratuits.com/vents/Flaubert-education.pdf

https://fr.m.wikisource.org/wiki/L’Éducation_sentimentale

La préface d’André Scala débute ainsi :

« on se souvient, à la fin de l’Education sentimentale, Frédéric Moreau et Deslauriers reviennent sur leur vie manquée. La vie de l’un à raté l’amour, celle de l’autre l’ambition politique. Mais ni l’un ni l’autre ne met en cause le but qu’ils se sont fixé et qu’ils n’onr pas atteint . « C’est peut être le défaut de ligne droite «  dit Frédéric pour expliquer; à quoi son ami répond « moi au contraire j’ai péché par excès de rectitude… j’avais trop de logique »

Voici cette fin extraordinaire , dans son désenchantement même :

« Et ils résumèrent leur vie.

Ils l’avaient manquée tous les deux, celui qui avait rêvé l’amour, celui qui avait rêvé le pouvoir. Quelle en était la raison ?

— « C’est peut-être le défaut de ligne droite », dit Frédéric.

— « Pour toi, cela se peut. Moi, au contraire, j’ai péché par excès de rectitude, sans tenir compte de mille choses secondaires, plus fortes que tout. J’avais trop de logique, et toi de sentiment. »

Puis, ils accusèrent le hasard, les circonstances, l’époque où ils étaient nés.

— « Ce n’est pas là ce que nous croyions devenir autrefois, à Sens, quand tu voulais faire une histoire critique de la Philosophie, et moi, un grand roman moyen âge sur Nogent, dont j’avais trouvé le sujet dans Froissart : Comment messire Brokars de Fénestranges et l’évêque de Troyes assaillirent messire Eustache d’Ambrecicourt. Te rappelles-tu ? »

Et, exhumant leur jeunesse, à chaque phrase, ils se disaient :

— « Te rappelles-tu ? »

Ils revoyaient la cour du collège, la chapelle, le parloir, la salle d’armes au bas de l’escalier, des figures de pions et d’élèves, un nommé Angelmarre, de Versailles, qui se taillait des sous-pieds dans de vieilles bottes, M. Mirbal et ses favoris rouges, les deux professeurs de dessin linéaire et de grand dessin, Varaud et Suriret, toujours en dispute, et le Polonais, le compatriote de Copernic, avec son système planétaire en carton, astronome ambulant dont on avait payé la séance par un repas au réfectoire, — puis une terrible ribote en promenade, leurs premières pipes fumées, les distributions des prix, la joie des vacances.

C’était pendant celles de 1837 qu’ils avaient été chez la Turque.

On appelait ainsi une femme qui se nommait de son vrai nom Zoraïde Turc ; et beaucoup de personnes la croyaient une musulmane, une Turque, ce qui ajoutait à la poésie de son établissement, situé au bord de l’eau, derrière le rempart ; même en plein été, il y avait de l’ombre autour de sa maison, reconnaissable à un bocal de poissons rouges près d’un pot de réséda sur une fenêtre. Des demoiselles en camisole blanche, avec du fard aux pommettes et de longues boucles d’oreilles, frappaient aux carreaux quand on passait, et, le soir, sur le pas de la porte, chantonnaient doucement d’une voix rauque.

Ce lieu de perdition projetait dans tout l’arrondissement un éclat fantastique. On le désignait par des périphrases : « L’endroit que vous savez, — une certaine rue, — au bas des Ponts. » Les fermières des alentours en tremblaient pour leurs maris, les bourgeoises le redoutaient pour leurs bonnes, parce que la cuisinière de M. le sous-préfet y avait été surprise ; et c’était, bien entendu, l’obsession secrète de tous les adolescents.

Or, un dimanche, pendant qu’on était aux Vêpres, Frédéric et Deslauriers, s’étant fait préalablement friser, cueillirent des fleurs dans le jardin de Mme Moreau, puis sortirent par la porte des champs, et, après un grand détour dans les vignes, revinrent par la Pêcherie et se glissèrent chez la Turque, en tenant toujours leurs gros bouquets.

Frédéric présenta le sien, comme un amoureux à sa fiancée. Mais la chaleur qu’il faisait, l’appréhension de l’inconnu, une espèce de remords, et jusqu’au plaisir de voir, d’un seul coup d’œil, tant de femmes à sa disposition, l’émurent tellement, qu’il devint très pâle et restait sans avancer, sans rien dire. Toutes riaient, joyeuses de son embarras ; croyant qu’on s’en moquait, il s’enfuit ; et, comme Frédéric avait l’argent, Deslauriers fut bien obligé de le suivre.

On les vit sortir. Cela fit une histoire qui n’était pas oubliée trois ans après.

Ils se la contèrent prolixement, chacun complétant les souvenirs de l’autre ; et, quand ils eurent fini :

— « C’est là ce que nous avons eu de meilleur ! » dit Frédéric.

— « Oui, peut-être bien ? C’est là ce que nous avons eu de meilleur ! » dit Deslauriers.

FIN »

André Scala remarque qu’il est singulier que ce soit Frédéric, le plus sentimental et le moins logique des deux, qui ait eu l’idée de cette référence à la géométrie.
Flaubert ne précise pas s’ils ont lu le Traité de Spinoza, mais cela n’a pas beaucoup d’importance quand on constate qu’aucun des deux ne songe à mettre en cause le but qu’ils ont manqué : Cat que ce soit l’amour chez Frédéric, ou la réussite politique chez Deslauriers, c’est là se donner un but qui appartient au registre du plan vital alors que la réforme dont a l’idée Spinoza consiste à viser le « vrai bien », le plan internel, en rejetant les autres appartenant tous au plan vital de l’Avoir et du Pouvoir.

La joie continue et souveraine qu’apporte la Réforme de l’entendement est la connaissance qu’a l’esprit de son union avec la Nature et les êtres , la « joie de se savoir partie de l’Infini » .Or il est impossible aux biens ordinairement poursuivis de satisfaire le désir de cette joie suprême. « Le savoir n’empeche pas de les poursuivre, tandis que les poursuivre empêche de le savoir » .

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