La structure quaternaire de Lutz-Froger : exemple de l’acte de connaissance

C’est un exemple paradigmatique, car la connaissance, le fait qu’un sujet humain connaît, est impliquée dans tout acte : aussi le livre de Jean François Froger et Robert Lutz traite t’il de ce cas en premier lieu, dès le début du chapitre I « La structure quaternaire » en page 10.

La description de tout acte de connaître implique quatre pôles :
-Le monde lui même

-des langages pour parler du monde

– l’intelligibilité du monde, le fait que les phénomènes soient compréhensibles

– Le fait que le sujet humain qui connaît soit intelligent, Lutz et Froger parlent du « corps intelligent de l’être humain »
La représentation tétraédrique décrit cette quaternité, impliquée dans tout acte de connaissance:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/12/13/la-representation-tetraedrique-quaternaire-de-robert-lutz-et-jean-francois-froger/

ce que ne saurait faire le langage usuel, qui est orienté linéairement (un mot vient après un autre) et ne saurait exprimer adéquatement une boucle.

Lutz et Froger mettent en évidence une ébauche de théorie formelle, en employant des termes hors de leur emploi usuel, procédant à ce qu’ils appellent une analyse approfondie de la différenciation dans l’acte de connaissance. Ils disent que l’acte de connaissance présente quatre catégories concomitantes

Le mot catégorie ne doit pas être entendu ici au sens mathématique, mais comme ce qu’il y a de commun à toutes les collections » qui réalisent la propriété correspondante ».

La concomitance signifie que l’acte de connaissance ne peut avoir lieu si l’une des quatre catégories est absente : il faut pour qu’un tel acte ait lieu : un objet du monde, un être humain pensant, un état d’intelligibilité du monde dans l’esprit de cet être et un langage pour exprimer le résultat de cet acte.

Il y a une similitude évidente entre le « corps intelligent » , l’intelligence de l’ être humain qui réalise l’acte de connaissance, le deux catégories correspondantes sont donc reliées, de même les deux autres catégories : les objets du monde et les langages pour en parler se partagent le sens que ces langages véhiculent.

Par contre il n’y a pas le lien direct entre les trois autres paires de catégories : on ne peut confondre un objet du monde avec l’intelligence, qui est immatérielle, ni avec l’intelligibilité du monde : » il n’y a pas de chemin qui mène des l’expérience à la théorie « , formule d’ Einstein. Enfin on ne peut confondre l’intelligence et le langage qu’il sert à en exprimer les résultat.

Les « arêtes interdites » dans la représentation tétraédrique formalisent ces constatations , voir la première figure (celle du haut). Les quatre catégories sont les quatre sommets du tétraèdre . Ce tétraèdre sert de modèle à tous ceux qui suivent dans le livre et explicitent la structure quaternaire représentée par le tétraèdre.

Ainsi quand on en vient à étudier la différenciation de la causalité en les quatre causalités d’Aristote, la causalité matérielle vient prendre la place du sommet A, en haut, la causalité formelle celle du sommet B, elle est reliée à la causalité finale à la place de C et en sommet D vient la causalité efficiente (figure 1.04 page 16). Puis viennent Page 19 les quaternités de l’existence et de la connaissance ( figure du haut ici:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/12/13/la-representation-tetraedrique-quaternaire-de-robert-lutz-et-jean-francois-froger/

A la place de A vient NPE le néant, le possible PE (potentiel) à la place de B est relié au contingent PNE à la place de C par une double transformation (double flèche ) tandis que le nécessaire (la physique parle de lois de la nature) est en place du sommet D
Les « arêtes interdites » ( figure du bas) sont entre A et D , entre B et D et entre A et C. Dans la quaternité de l’existence , l’absence de lien entre le néant et le contingent est évidente, de même qu’entre le potentiel et le nécessaire. La double transformation de l’arête BC est interprétée par Lutz et Froger comme le Temps, c’est l’échange entre le possible et le contingent . Cette double flèche est gouvernée par les catégories NPE et NPNE , conjonction du néant et du nécessaire, « goutte de néant qui manque à la mer ».
Les auteurs ne spécifient pas la correspondance entre les sommets (catégories) A, B, C et D du tétraèdre et les quatre pôles découverts au début : objet du monde, sujet pensant, état d’intelligibilité du monde dans l’esprit de ce sujet humain et langage pour exprimer les résultats de l’acte de connaissance.
Je suppose que c’est au lecteur de prouver qu’il suit et je propose la correspondance suivante : A est le caractère objectif du monde (objet du monde), à la source de l’acte de connaissance par un sujet pensant humain (corps intelligent) qui est en D, C est le caractère d’intelligibilité du monde (ce qui était selon Einstein la véritable énigme du monde) et B est le pôle « langage ». Les « arêtes interdites » sont entre A et D (interdit de confondre un objet avec l’intelligence immatérielle), entre A et C ( interdit de confondre le caractère d’intelligibilité avec les objets du monde) et B et D (interdit de confondre langage et intelligence).

La sphère sénaire de Raymond Abellio :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/12/13/la-sphere-senaire-de-raymond-abellio/

Présente des analogies et des différences avec la représentation tétraédrique de Lutz- Froger, les quatre pôles se situent sur le plan équatorial de la sphère où ils forment une croix horizontale sous la forme d’une double polarité, entre objet et fond du monde, et entre organe des sens. (Œil s’il s’agit de vision) et totalité du corps intelligent humain.
Mais l’important est l’axe vertical du sens , orienté de la multiplicité des outils du monde , en bas, ( aspect de la technique, ou technoscience) vers l’unification du sens en haut (Monde des Idées mathématiques de la Science, et non plus progrès technique de la technoscience, souvent hélas confondue avec la Science, qui vise la montée spirituelle vers le plan internel, et non pas le progrès technique dans le monde).

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