« Voyage en Italie » de Roberto Rossellini (1954); Existence positive et existence négative : être et « autrement qu’être »: Dieu- Idée , l’Un n’est pas

Commençons par ce film extraordinaire de Robert Rossellini en 1954: « Voyage en Italie » qui est ici en vostfr (Openload)

http://sokrostream.tv/films/voyage-en-italie-79406.html

La scène centrale en est le « moulage » des vides laissés par les corps sous la terre à Pompéi, à 1h 07 minutes environ. Il ne s’agit pas de cadavres ou de « restes », mais de vides laisse s par les corps désintégrés dans lesquels on verse du plâtre qui « moule » la forme (le vide) sous la terre : la forme apparaît alors grâce au moulage, telle que celle de l’individu surpris par la mort lors de la catastrophe en 79 après JC. Ici ce sont deux formes qui apparaissent, celle d’un homme et d’une femme saisis ensemble par la mort, sans doute mari et femme. A ces mots Katherine (Ingrid Bergman) éclate en sanglots et se sent mal. Juste avant la scène elle s’est disputée avec son mari (George Sanders) et ils ont décidé de divorcer.

Et lors de la scène encore avant Katherine a visité avec une amie une nécropole pleine de squelettes mais cela n’a produit sur elle aucun effet.

Quelle est la différence avec l’expérience spirituelle vécue à Pompéi ? C’est que dans ce dernier cas il ne s’agit pas de squelettes mais de vides, de pures formes qui ne sont pas de nature substantielle, mais n’apparaissent que grâce à l’illusion du moulage par le plâtre

Le mot grec « Eidos » pour « Forme » est aussi à la racine du mot Idée : les Idées de Platon sont des Formes et nous avons démontré que leur « lieu » est la catégorie Cat de toutes les catégories :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/25/la-metacategorie-cat-de-toutes-les-categories-comme-modele-mathematique-du-monde-des-idees-de-platon/

https://ncatlab.org/nlab/show/Cat

https://ncatlab.org/nlab/show/CAT

J’avais déjà rédigé cet article sur le chef d’oeuvre de Roberto Rossellini :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/roberto-rossellini-voyage-en-italie-1954/

où je comparais avec le film « Lucky Luciano » où les gangsters vont aussi visiter Pompéi mais ne trouvent à s’extaasier de façon vulgaire que devant les fresques érotiques dans l’ancien bordel de Pompéi . En somme ces individus « limités « intellectuellement n’admirent, en bons gangsters qu’ils sont, que le plan vital du sexe mais aussi de la mort. Ils ont sans doute des croyances superstitieuses sur « l’après vie », qu’ils se représentent semblable en tous points avec la vie « positive », dans le monde.

J’évoquais déjà les passages des « Harmonies de l’être «  où Lacuria parle de l’expérience de pensée avec les figures tracées sur une feuille blanche:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/14/scienceinternelle-6-les-harmonies-de-letre-exprimees-par-les-nombres-de-labbe-lacuria-le-pythagore-francais/

Le papier de la feuille blanche chez Lacuria joue le même rôle que le plâtre dans « Voyage en Italie « : il imite l’illusion de la substance dans « l’existence positive » ; car il s’agit d’une illusion, les livres d’African Spir sont là pour le démontrer…

C’est au chapitre II « De la distinction et du nombre 2 » que Lacuria oppose le langage dit positif, ordinaire, celui des logoi concrets comme « montagne » « arbre » où abstraits comme « bonté » « beauté » au langage des nombres, qui est de nature négative. Le langage ordinaire vise l’Etre, celui des nombres vise le Non-être

« Prenez une feuille de papier blanc et tracez y avec un crayon des figures, les divisions que vous aurez introduites ainsi sur la substance du papier ne sont qu’apparentes puisque vous pouvez les effacer et les changer à volonté sans que la substance subisse d’altération. Le nombre et la division n’étaient donc pas dans le papier, qui n’a pas cessé d’etre Une seule feuille de papier »

Seulement ce que Lacuria ne voit pas c’est que la feuille de papier n’est pas une « substance éternelle » mais tombera en poussière elle aussi avec le temps. La physique nous apprend que comme tout corps « étant » elle se résout en une multiplicité de particules ce qui n’est d’ailleurs qu’une façon scientifique de parler : car que sont d’autres ces particules élémentaires, entités de la physique, sinon des idées mathématiques n’ayant qu’illusoirement une « forme d’ectériorité« , que l’on a pu certes photographier pour un électron mais en quoi en sommes nous plus avancés ? ( la photo est dans le livre de Bernard Pullman) on ne voit qu’une boule, agrandie par la photo, cela ne nous mène à aucune intelligibilité supplémentaire tandis que les mathématiques du « modèle standard » elles, permettent de comprendre …

http://clea-astro.eu/archives/cahiers-clairaut/CLEA_CahiersClairaut_071_07.pdf

Laissons la parole à Lacuria:

« Cette grande distinction de l’être et du non-être est la source de toutes les distinctions et les renfermé toutes. Et en effet Dieu ne peut concevoir la distance qui sépare l’être du néant sans concevoir tous les degrés intermédiaires; la notion du non-être implique celle du moindre être «

Ici « Dieu » n’est qu’un mot employé par Lacuria ( qui est prêtre) pour désigner l’Intellect (humain) parfait d’ailleurs ne dit il pas plus loin :

«  la limite substantielle de Dieu n’est pas puisque le non être n’est pas; mais s’il n’a point de limite substantielle il a une limite intelligible, puisque le non être qui n’est pas est perçu par son intelligence , et c’est par là que Dieu se distingue et voit sa propre forme; c’est pourquoi l’Intelligence est dite la forme de Dieu, mais cette idée du non-être à son état d’intelligibilité s’exprime par le nombre »

Dans le système défendu ici c’est l’Un qui n’est pas ( résultat du Parménide de Platon sous la forme retenue par Badiou); Dieu est une Idée qui est identique (ou équivalente, homotopique ) à l’Idée de l’Un :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/22/premiere-pierre-pour-une-nouvelle-science-internelle-mathesis-universalis-lidee-de-lun/

“Le langage ordinaire et le langage des Nombres sont donc l’un vis-à-vis de l’autre comme la découpure qu’on a faite dans la feuille de papier et ce qui reste de ce même papier une fois la découpure enlevée, tous deux donnent la même forme : l’un par le plein, l’autre par le vide.. ce n’est donc que par une fiction que nous comprenons le langage des nombres: nous substituons dans notre esprit un sens positif à une expression toute négative..Aussi Dieu , quand il se considère lui même du côté positif, se sert du langage ordinaire et se donne le nom Être..expression la plus positive, la plus simple, la plus nue… quand il prend le langage des nombres et se considère sous un point de vue négatif, il se nomme non par ce qu’il est, mais par ce qu’il exclut;il s’appelle Infini, expression la plus négative, la plus compliquée qui soit,puisqu’elle consiste à exclure toutes les limites, dont le nombre est sans borne »

« Le substantif unité qui est le fondement de tout le langage mathématique, appartient aussi au langage ordinaire , voilà pourquoi il est le seul terme mathématique qui soit positif et exprime l’etre, mais encore il engendre de lui même et nécessairement tous les nombres »

« Dieu se distingue par le non-être, il se conçoit par la substance; il y a dons nécessairement dans l’intelligence divine une double opération, et voilà le type éternel et l’origine du nombre 2 et par lui de tous les autres »

Nous trouvons ici les trois Idées équivalentes : Dieu, Infini, Un. Par contre nous refusons de placer ici à un rang équivalent ( homotopique) l’Etre, la Substance .

L’Intellect humain est ce qui crée les Idées, comme Dieu ou Unité, et les Idées sont des Formes , de nature mathématique donc .il est difficile de ne pas associer les deux langages, positif et négatif, de Lacuria à la dualité du Verbe et des structures mentales signalée par Brunschvicg au début du »Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

« l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός.« 

Nous appelons Mathesis universalis ce que Lacuria nomme « langage des Nombres ». Il y a donc deux types de structure mentale : l’illusion substantialiste associée à la vie dans le monde et au langage ordinaire trompeur des logoi, et la structure adossée aux relations (mathemata) de la Science, à la Mathesis et ses normes de vérité . Les Idées ont la prédominance sur l’Etre et l’attitude mentale inverse, qui consiste à accorder la priorité à l’illusion des substances en jugeant que les Idées ne sont que des superstructures sur ce qui est , est un préjugé dû au « langage de la tribu » . La notion de « suture des situations sur l’Etre » chez Badiou, dans « L’être et l’événement «  est proche à mon avis de cette appréhension négative dans la Mathesis :

http://formandformalism.blogspot.fr/2011/04/suture-entry.html

Les Idées, appartenant au plan internel, ont une autre forme de temporalité que les étants du monde : prolongée de manière indéterminée , la durée devient l’illusoire éternité , à laquelle s’oppose l’internité des Idées.

Quelle est la nature de l’expérience spirituelle provoquée par la vue des moulages en plâtre de Pompéi ? L’internité « négative »des Idées, semble apparaître, de manière bouleversante, dans la lumière « positive » du monde et de l’Etre.

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