#ScienceInternelle : les Idées, invention-création humaine ou non ?

« Le mathématicien est il un inventeur ou un explorateur-découvreur ? » : c’est un débat qui existe depuis longtemps et qui forme la trame, par exemple, des entretiens entre le mathématicien Alain Connes et le biologiste Jean-Pierre Changeux dans le livre passionnant « Matière à idées »: Alain Connes , comme un grand nombre de mathématiciens, est partisan de la thèse de la « découverte «  ou du « platonisme réaliste » telle qu’elle est dénommée : les entités mathématiques existent de tous temps dans une « contrée » ( que Malebranche appelait « pays des vérités), un « monde intelligible » que les mathématiciens ne font que découvrir; A l’inverse Jean-Pierre Changeux pense que les théorèmes, les vérités mathématiques, sont des inventions, des créations du cerveau des mathématiciens.
Wittgenstein opte pour la thèse des mathématiques invention humaine.
Mais ce blog a défendu une affirmation un peu extrême, voire extrémiste : ce que nous appelons ici les Idées sont toutes, sans exception , des formes mathématiques :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/01/10/scienceinternelle-recapitulation-connaissance-naturelle-et-connaissance-scientifique/

Il y a deux genres de connaissance : la connaissance naturelle, par les logoi, les mots du langage, et ce que Lacuria nomme la « connaissance par limite », négative :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/12/28/le-lemme-de-yoneda-et-la-connaissance-par-limite-chez-lacuria/

connaissance et existence « négative » dont le chef d’œuvre bouleversant de Roberto Rossellini , « Voyage en Italie » (1954), montre un exemple « physique » à Pompéi :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/12/26/voyage-en-italie-de-roberto-rossellini-1954-existence-positive-et-existence-negative-etre-et-autrement-quetre-dieu-idee-lun-n/

Il y a une relation avec les thèses de Max Tegmark dans « Our mathematical universe »:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/03/23/la-these-de-max-tegmark-our-mathematical-universe-devient-si-clair-dans-le-cadre-de-louvert/

Nous sommes au point de prendre une décision résolue : les Idées sont elles une création de l’homme, cet animal vivant pourvu d’intelligence abstraite, ou bien « existent-elles «  de tous temps dans le « pays des vérités » , le « ciel » de l’ Idéal ?

En fait, et je l’ai dit ici depuis le début, les Idées ne sont pas des étants, des objets « éternels » qui subsisteraient à jamais dans une perpétuité qui ne concerne aucun des êtres du monde ; elles ne sont pas (à la manière des êtres du monde) , elles sont mais de façon « autrement qu’être » , elles sont intemporelles, plutôt qu’éternelles à la manière du monde, et j’ai forgé le mot « internelles » pour dépeindre leur mode intemporel d’existence.

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Il_existe_un_autre_monde

Au delà du monde sensible il y a le plan internel des Idées.
Maintenant si je dis que les Idées (dont la plus haute d’entre elles, Dieu, qui n’est pas un Être Suprême, mais une Idée) sont créées par l’homme, est ce que n’introduis pas subrepticement le temps (du monde) dans l’intemporel du plan internel ? Car de deux choses l’une, soit une Idée est inventée , à un moment de l’Histoire, par un individu génial, qu’il soit mathématicien ou philosophe, ou « Sage » ou bien cette Idée naît de l’accord intersubjectif d’un groupe d’initiés, et ensuite enseignée à la population dans les centres d’enseignement, que ce soit des « écoles de Mystère « , des centres initiatiques ou, à l’époque moderne, des universités. Dans les deux cas cette Idée nait à une certaine date, elle n’est donc pas intemporelle (internelle).

Pour cette raison, je pense qu’il est préférable de dire que les Idées sont internelles, elles se situent sur le plan internel où arrivent à les voir ceux qui s’élèvent (élèvent leur conscience grâce à la progression de la conscience dans la philosophie et la science occidentale) jusqu’à ce plan intemporel qui se situe dans le Présent Éternel de la réflexion acte unifiant de l’Esprit, « qui contient tous les temps et tous les espaces », dont parle Marie-Anne Cochet :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/21/cochetbrunschvicg-3-les-deux-aspects-de-limmanence/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/23/cochetbrunschvicg-7-dissolution-de-lhumanite-dans-lesprit/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/22/cochetbrunschvicg-6-la-conversion-de-la-chair-a-lesprit-dans-le-temps-hermetique/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/25/cochetbrunschvicg-8-la-vie-de-la-pensee-cest-la-conversion-incessante-vers-lunite-de-lesprit/

Je suis convaincu que cet acte salvateur du « temps retrouvé «  dans «  A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust n’est autre que l’accession de l’esprit individuel ( qui cesse pa là même d’être individuel et « devient » universel dans une âme été un corps) à ce Présent éternel du plan internel.

Cependant l’homme a un rôle essentiel à jouer dans cette vie des Idée, aussi peut il être dit à la fois découvreur et inventeur puisque tout se situe dans le Présent intemporel de l’acte unifiant de l’Esprit ; l’homme n’est pas le berger de l’être , selon la formule de Heidegger, mais le hérault, le choryphante des Idées.

Soit l’Idée de Dieu, la plus importante de toutes , qui n’est autre que (∞,1)Cat, ∞-catégorie des (∞,1)-catégories :

https://ncatlab.org/nlab/show/%28infinity%2C1%29Cat

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/16/scienceinternelle-19-recherches-sur-lidee-de-dieu-qui-est-dieu-∞-categorie-des-∞-categories/

aurais je pu dire cela avant l’invention des ∞-catégories ? Non !

Et demain, avec la progression des mathématiques, ce sera peut être un autre ∞-cosmos qui sera proposé comme Idée de Dieu

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/19/scienceinternelle-8-∞-cosmoi/

Il y a dans le grand film Agora, qui date de 2009 et que l’on peut voir ici:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/16/agora-2009-en-vf/

un moment bouleversant où Hypathie, réfléchissant aux phénomènes célestes, a l’intuition de ce que les Savants européens découvriront à l’orée de la modernité et s’ écrie , effrayée de sa propre audace :

« Peut être la Terre est elle en mouvement ? »

Ce qu’une expérience confirmera …

Mais ne faut il pas dire :

« Peut être l’expression de la Vérité change ? »

ou, si l’Idée de Dieu change , devient un autre ∞-cosmos que (∞,1)Cat :

« Peut être que la Vérité, que Dieu bouge ? »

si l’on se rappelle ce que dit Spinoza dans le « Court Traité »:

« La vérité est Dieu »

Cette thèse selon laquelle les Idées et leurs rapports (les vérités, les théorèmes) sont vues dans le plan internel évoque la vision en Dieu de Malebranche : c’est exactement la même thèse dite différemment puisqu’ici Dieu n’est pas conçu comme un Être, mais comme une Idée, l’Idée de l’Un, du plan internel.

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