Stanley Kubrick : dans une forêt obscure..

J’ai déjà écrit plusieurs fois sur « Fear and desire «  (1952) le premier film de Stanley Kubrick:

https://tractatustoposophicus.wordpress.com/2012/11/15/fear-and-desire-de-stanley-kubrick-un-chef-doeuvre-absolu/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/09/13/stanley-kubrick-fear-and-desire-v-o-st-fr-1952/

C’est un film que Kubrick détestait et qu’il aurait voulu détruire, sans doute parce que Kubrick n’y faisait pas encore du Kubrick, mais c’est pour moi, qui certes ne suis pas un cinéphile averti (je connais très peu de la technique des plateaux) son plus grand film (ici en vostfr):

https://m.ok.ru/video/312775936653

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fear_and_Desire

C’était la période immédiate après la « seconde » guerre mondiale, l’année 1952 où je suis né.

« Il y a la guerre dans cette forêt (There is war in this forest ) , pas une guerre qui a eu lieu ou qui aura lieu mais LA guerre (but any war)

Ces ennemis qui luttent ici n’existent pas, à moins que nous ne les appelions à l’existence humaine.. (unless we call them into being : à moins que nous leur donnions un caractère humain).

Cette forêt et ce qui se passe maintenant est donc en dehors de l’histoire .. il n’y a que les formes inaltérables de la peur, du doute et de la mort qui soient de notre monde.
Ces soldats que vous voyez parlent notre langue, sont de notre époque mais n’ont pas d’autre patrie que l’esprit (mind) »

Et la séquence finale, si belle…
Le soldat qui voit un vivant et un mort sur un radeau:

« Je crois que je n’ai pas vraiment été préparé à ça «  (I was not prepared for this)

L’officier (on ne le voit pas ) « Personne ne l’a jamais été ! (nobody was) ! C’est un truc qu’on accomplit, pour ne pas mourir immédiatement « ( it’s a trick we perform, rather we die immediately)

Allons y (come on) »

Fin du film .

Cette forêt « métaphysique » qui est le plan vital, la condition humaine, de l’homme non guidé par l’Etoile polaire de l’Esprit , comme Thalès de Milet le premier savant, le premier occidental:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Thalès

http://www.bibmath.net/bios/index.php?action=affiche&quoi=thales

https://alzazou.wordpress.com/2009/12/18/thales-et-le-puits/

https://leserpentvert.wordpress.com/2010/01/14/le-rire-de-la-servante-de-thrace/

Thalès qui, gardant le regard vers le ciel, vers les étoiles, qui sont son objet d’études , tombe dans un puits (de la vérité ?) à ses pieds, ce qui provoque l’hilarité d’une servante thrace, qui personnifie le réalisme, alors que Thalès personnifie l’idéalisme , cette forêt m’évoque la forêt obscure de Dante :

https://krapooarboricole.wordpress.com/2009/06/11/dante-alighieri-la-divine-comedie-lenfer-chant-i-la-foret-obscure/

« Au milieu du chemin de notre vie
je me retrouvai par une forêt obscure
où la voie droite était perdue.
 » 

La condamnation du christianisme dans le texte cité de Harrison est juste, sauf qu’il n’y a pas de « loi chrétienne » , ni civile ni divine (le christianisme n’est pas l’islam, ni même le judaïsme). La seule loi (mais ce n’en est pas une) est d’aimer autrui autant que soi même et Dieu par dessus tout.

« Je vous invite à lire l’étude qu’en a fait Robert Harrison, dans son livre excellent sur l’imaginaire des forêt en occident, “Dante fait fausse route” :

“Les forêts de comédie prennent une nouvelle dimension avec la Divine Comédie de Dante. Quand il se perd dans une « forêt obscure » au début de l’Enfer, Dante se trouve lui aussi dans l’ombre de la loi, non pas la loi civile, mais la loi morale de Dieu. Le pèlerin est encore une espèce de hors-la-loi, et la forêt où il erre encore un monde inversé, à cette différence près que Dante n’est pas un innocent. En effet, contrairement à la loi temporelle, la loi divine est infaillible. La « forêt obscure » ne constitue donc pas un refuge contre l’injustice de la loi mais représente l’allégorie du péché chrétien en général. Il n’empêche que le processus de la rédemption suit des schémas comiques qui nous sont déjà familiers. Notre approche herméneutique du poème de Dante demande une attention et des précautions toutes particulières. Les forêts allégoriques sont déjà trompeuses ; mais dans le cas d’une allégorie théologique, elles le sont davantage encore »

La « voie droite » dont parle Dante est l’orientation de l’âme vers l’Esprit , vers le « ciel » du plan internel de l’Idée. Les religions existantes, dont le christianisme historique, sont toutes des falsifications de la seule vraie religion, qui est de renoncer à la mort, à la forêt obscure, à la guerre incessante ( y compris les guerres de religions):

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

« Une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit,
il est incapable de nous rien renvoyer si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit.

Et dés lors, ce que nous avons dit de l’univers, il faut le dire aussi de la vie.

La vie est bonne, absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort;

elle fait que rien ne passe et rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme « 

La forêt de « Fear and desire «  m’évoque aussi la forêt profonde dont Descartes se propose de sortir avec méthode et sagesse, c’est à dire science internelle, spirituelle :

http://philolarge.hypotheses.org/1720

http://www.philomag.com/les-livres/fiche-de-lecture/dans-le-milieu-dune-foret-essai-sur-descartes-et-le-sens-de-la-vie-6084

http://www.philolog.fr/descartes-la-morale-provisoire-discours-de-la-methode-iii/

Cette forêt est le plan vital, le monde elle est l’histoire si celle ci est conçue comme manquant totalement de la dimension spirituelle humaine. La seule stratégie pour sortit de la forêt de l’Etre est donc l’orientation vers l’Esprit, l’Idée.

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