Philosophie, science et #ScienceInternelle

Ces lignes sont extraites de l’introduction page 65 à « Approche de la criticité » de Jean Vioulac:

« Destituée de son rang de savoir de l’universel, et de couronnement de l’édifice de la science, la philosophie devient alors elle même un champ spécialisé soumis aux mêmes exigences techniciennes ( que la science en tant que champ de recherche, fondée sur le projet d’un secteur d’objectivité délimité , donc nécessairement particulière) . Son destin devient histoire, sa tradition devient corpus. Husserl soulignait dans les années 30 qu’en philosophie « le souci d’une historicité scientifique fut exclu absolument pendant toute une époque », et que jusqu’ici le rapport du philosophe à l’oeuvre consistait à « recevoir sans critique ce qui s’offrait à lui comme un fait de tradition »: c’est en effet le propre de la tradition que d’octroyer un espace de pensée , de transmettre un contexte par ses textes, sur lequel chaque génération nouvelle pourra faire fond par le biais d’une institution. A partir du moment où cette tradition est soumise à analyse critique par les exigences méthodologiques de l’historicité scientifique, elle est dépossédée de son statut de fond , au profit d’un dispositif de recherche qui devient fondement véritable de toute investigation, et il faut donc constater un déplacement de fondement , une dis-location du discours. En d’autres termes la tradition philosophique était historiale, elle constituait l’ensemble des conditions de possibilité de la pensée héritées de la tradition dans le cadre d’une institution, elle est devenue historique, elle est traitée comme un objet empirique d’une science positive dans le cadre d’un dispositif de recherche »

Dans la Krisis, qui est de 1936 je pense, Husserl oppose aussi la réussite des sciences qui progressent à la stagnation de la philosophie, seulement « dans la détresse de notre vie, cette science n’a rien à nous dire. «  Entendons : elle ne répond pas aux « grandes questions » qui engagent le sens et la totalité de notre existence , les jugeant comme « n’étant pas scientifiques « .

Il y a une part de vérité dans ce que disent Husserl et Vioulac, reconnaissons le. Cependant quelle serait la situation d’une discipline rationnelle où l’ on ne pourrait plus émettre de jugement sur la vérité ou la fausseté d’une œuvre du passé, à la manière dont Brunschvicg juge sévèrement la physique dite aristotélicienne à la lumière de la physique mathématique qui lui a succédé à partir du 17 eme siècle ? Cette discipline où toute critique serait médiatisée par une institution, ressemblerait fort à une religion, et cette « institution » à une Église. Le remplacement de l’ancienne physique par la nouvelle est, pour reprendre les termes de Brunschvicg vers 1930 , donc à la lumière de la Relativité einsteinienne, restreinte et générale , et des premiers tâtonnements de la mécanique quantique, « un déplacement dans l’axe de la vie religieuse «  , si non un « déplacement de fondements ».

Je pense véritablement qu’on ne peut plus concevoir aujourd’hui une philosophie à l’ ancienne . La philosophie, si elle ne doit pas disparaître purement et simplement dans « les parages du vide » et de l’inconsistance , doit devenir rigoureuse à la manière de la science. C’est la raison pour laquelle je parle ici d’une « science internelle » ou « Mathesis universalis «  qui serait apte à constituer de nouveau le couronnement de l’édifice des sciences, ce que ne peut plus faire la philosophie sans déclencher l’hilarité de ceux qui connaissent la science . Cette science internelle prend une direction inverse de celle de la physique tout en empruntant ses méthodes, c’est à dire que ses objets ne sont plus les données du laboratoire extérieur, mais les Idées mathématiques elles mêmes nées du travail de la physique mathématique . Cela n’empêche pas sa progression, à la manière des sciences- puisqu’il est impossible de penser un arrêt dans l’apparition de nouvelles formes mathématiques, de nouvelles Idées.

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