Voyage au bout de l’enfer : la roulette russe comme guerre contre le plan vital en personne ?

http://www.slate.fr/story/120541/mort-cimino-voyage-au-bout-de-enfer

Le très beau film de Michael Cimino « The deer hunter « («  Voyage au bout de l’enfer «  1978) est visible ici :

https://m.ok.ru/video/31819237900

Les trois amis Mike, Nick et Steve prisonniers du Viêt-cong (=« Charlie ») sont forcés de jouer à ce « jeu » anti-naturel ( car celui qui y joue n’est pas dans la position du candidat au suicide, il veut vivre et doit se tirer dans la tête avec moins d’ue chance sur six de survivre). La scène de jeu forcé par les geôliers Viêt-cong est ici :

Mike et Steve réussissent à retourner au pays, mais Nick reste au Vietnam, où il devient un « compétiteur » en roulette russe, car ce jeu peut devenir aussi un jeu d’argent, où les spectateurs misent sur le dernier joueur qui restera en vie.
Mike retrouve Nick et joue contre lui en essayant de le persuader de renoncer, mais peine perdue : Nick se tue au cours du match

Quelle peut être la « motivation » de celui qui joue à ce « jeu », en dehors des gains d’argent (je suppose qu’une partie des mises revient au joueur survivant et que tout ne va pas à son manager)? Y a t’il là une volonté de suicide ? Pas forcément , mais peut être l’attrait d’une sorte de « plaisir » plus puissant que le plaisir sexuel. S’y mêle sans doute le « sentiment » d’etre « plus fort » que le monde, qui de toute façon n’offre comme issue que la mort aux individus vivants. Celui qui se tire dans la tête sans savoir si il se tuera ou non ( la probabilité dépend du nombre de balles qu’il restent dans le barillet ) gagne s’il reste en vie, mais aussi, sans le savoir consciemment, en quelque sorte « métaphysiquement «  s’il percute une balle et se tue, car il croit s’être montré « plus fort » que les autres vivants . Impression fallacieuse, car du point de vue du plan vital, de la nature, son individualité n’est d’aucune importance , pas plus que celle d’un autre . Comme disait Napoléon à propos des pertes en vies humaines au cours d’une bataille : « Paris me les rendra en une nuit ».

Donc seul quelqu’un de profondément malade intérieurement peut prendre goût à ce « jeu » au point d’y participer volontairement et régulièrement . C’est d’ailleurs le thème du film de Michael Cimino : montrer les ravages psychologiques que produit cette guerre sur ceux qui y prennent part.

http://www.slate.fr/story/120541/mort-cimino-voyage-au-bout-de-enfer

Mais la plus belle scène du film est à mon avis la scène finale, où tous les amis survivants se retrouvent autour d’une table à chanter « God bless America «  et ensuite Mike (Robert de Niro) porte un toast , partagé par les autres, à Nick, qui n’est pas rentré…

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