L’érotisme comme « nostalgie de la continuité perdue », ciel d’en bas et ciel céleste de l’Idée, Éros et Agapé

J’ai dans cet article :

https://lhommeoccidental.wordpress.com/2018/04/11/simone-weil-et-georges-bataille/

Qui rappelle cette page sublime du livre « Le bleu du ciel » de Georges Bataille (où Simone Weil apparaît comme le personnage de Lazare):

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

Tracé l’équivalence entre le « ciel d’en bas » que découvrent les deux protagonistes ( Dirty et Troppman) qui font l’amour dans le cimetière de Trèves et la « mort » , symbole comme la génération du plan vital:

« A un tournant du chemin, un vide s’ouvrit au dessous de nous. Étrangement, ce vide n’était pas moins illimité, à nos pieds, que le ciel étoilé sur nos têtes. Une multitude de petites lumières, agitées par le vent, menaient dans la nuit une fête silencieuse, inintelligible. Ces étoiles, ces bougies, étaient par centaines en flammes, sur le sol; le sol où s’alignait la foule des tombes illuminées. Je pris Dorothea par le bras. Nous étions fascinés par cet abîme d’étoiles funèbres. Dorothea se rapprocha de moi. Longuement elle m’embrassa dans la bouche. Elle m’enlaça, me serrant violemment : c’était la première fois depuis longtemps qu’elle se déchaînait. Hâtivement nous fîmes dans la terre labourée, hors du chemin, les dix pas que font les amants. Nous étions toujours au dessus des tombes. Dorothea s’ouvrit, je la dénudai jusqu’au sexe. Elle même elle me dénuda. Nous sommes tombés sur le sol meuble et je m’enfonçai dans son corps humide comme une charrue bien manœuvrée s’enfonce dans la terre. La terre, sous ce corps, était ouverte comme une tombe, son ventre s’ouvrit à moi comme une tombe fraîche. Nous étions frappés de stupeur, faisant l’amour au dessus d’un cimetière étoilé. Chacune des lumières annonçait un squelette dans une tombe, elles formaient ainsi un ciel vacillant, aussi trouble que les mouvements de nos corps mêlés . Il faisait froid, mes mains s’enfonçaient dans la terre: je dégrafait Dorothea, je souillai son linge et sa poitrine de la terre fraîche qui s’était collée à mes doigts. Ses seins, sortis de ses vêtements, étaient d’une blancheur lunaire. Nous nous abandonnions de temps à autre, nous laissant aller à trembler de froid: nos corps tremblaient comme deux rangées de dents claquent l’une dans l’autre.
Le vent fit dans un arbre un bruit sauvage. Je dis en bégayant à Dorothea, je bégayais, je parlais sauvagement :
-…mon squelette.. Tu trembles de froid..tu claques des dents…

Je m’étais arrêté je pesais sur elle, sans bouger, je soufflais comme un chien. Soudain j’enlaçai ses reins nus. Je me laissai tomber de tout mon poids. Elle poussa un terrible cri. Je serai les dents de toutes mes forces. A ce moment nous avons glissé sur le sol en pente.
Il y avait plus bas une partie de rocher en surplomb. Si je n’avais , d’un coup de pied, arrêté ce glissement, nous serions tombés dans la nuit; et j’aurais pu croire, émerveillé , que nous tombions dans le vide du ciel”

Ce « ciel d’en bas » est constitué par les bougies allumées au dessus de chaque tombeau contenant un cercueil avec un squelette, qui brillent dans la nuit comme des étoiles dans le vide du ciel.

Il fascine les deux amants qui font l’amour au dessus des tombes. Or Georges Bataille dans « L’érotisme » déclare que « nous sommes des êtres discontinus » et que l’érotisme est une « nostalgie de la continuité perdue », donc finalement une nostalgie de la mort, où la discontinuité des corps vivants est annulée, comme dans l’amour . Mais c’est là une conception matérialiste, physique de l’amor-Eros qui s’oppose à l’amour-Agapé comme l’union d’esprit à esprit s’oppose à l’union des corps dans l’acte sexuel. Ainsi la mort en détruisant les corps rétablirait la continuité perdue, et c’est là sa parenté avec le sexe dans l’Eros. Mais la mort annule aussi l’esprit et rend impossible l’union spirituelle !

Résumons : le « ciel vacillant d’en bas » s’identifie à l’Eros comme à la mort, aux deux portes, d’entrée et de sortie, du plan vital. Le ciel des Idées est le plan internel qui seul rend possible l’union d’esprit à esprit.

Il y a aussi une relation avec la « montée au ciel » que permet la guerre, selon le comte de Lauzin dans « Nos années folles » d’André Téchiné:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/04/10/retour-sur-nos-annees-folles-dandre-techine-monter-au-front-est-ce-monter-au-ciel/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/03/24/andre-techine-nos-annees-folles-2017/

Le soldat qui sacrifie sa vie au front trouve le « ciel d’en bas », il trouve une « âme plus grande que la sienne » qui n’est autre que celle de sa Nation ou communauté pour laquelle il donne sa vie, mais en aucun cas l’Universel , qui n’est pas non plus la totalité de l’humanité. Cet Un universel , n’est donné que par l’expérience intellectuelle du principe d’unité, le plus haut de la Science internelle.

Donc le ciel d’en bas s’identifie à l’Eros, au plan vital, à la génération sexuelle et à la mort comme à l’héroisme à la guerre , qui consiste à sacrifier sa vie pour une communauté limitée, nationale pour ce qui est des sociétés supérieures, occidentales, ou tribale, clanique

Le ciel vraiment céleste de l’Idée est le plan internel, et s’identifie à l’Un universel , l’Infini, « Dieu ».

En aucun cas l’accès à cet Un, au plan internel, n’est rendu possible par la « montée au ciel » au front, lors de la guerr, expérience au cours de laquelle le soldat qui se sacrifie s’identifie à sa Nation ou à sa communauté particulier.

Il y ala l’explication des thèses de René Guénon sur la supériorité de la caste des Brahmanes ( Jnana yoga, connaissance par l’expérience intellectuelle) sur la caste des Kshatriyas (guerriers )

Donc résumons les équations obtenues:

Éros = union des corps (sexe)= ciel d’en bas = particularisme national ou ethnique (« religieux ») =mort =guerre=plan vital =déchéance ontologique de l’Un = théorie des ensembles

Agapé = union spirituelle = Un = universalisme véritable = théorie des catégories = expérience intellectuelle de l’Hénosophia visée de la science internelle = renoncement à la mort et au sexe dans la religion véritable =plan internel

Mathématiquement cela se traduit par l’opposition de l’universalisme abstrait ensembliste à l’universalisme concret catégorique:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/21/cochetbrunschvicg-3-les-deux-aspects-de-limmanence/

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/deux-universalismes-concret-categorique-henologique-et-abstrait-ensembliste-ontologique/

https://coranetmathesis.wordpress.com/application-de-la-these-des-deux-universalismes-mathematiques-aux-trois-monotheismes-abrahamiques/

comme aux deux formes de mathématiques chez Badiou:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/03/15/theorie-des-ensembles-et-theorie-des-categories-et-des-topoi-selon-alain-badiou/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/03/15/les-deux-theories-mathematiques-privilegiees-par-badiou-topoi-et-ensembles-correspondant-aux-deux-plans-vital-ontologique-et-spirituel/

Au fond cette dualité est celle des plans, vital (monde) et internel-spirituel.

En même temps cela permet d’expliquer et de comprendre l’opposition virulente des prétendus « universalistes » aux nationalismes : « le nationalisme c’est la guerre » (mais bizarrement ils ne dénoncent pas les différents tribalismes et communautarismes permis par le recul des Nations ), seulement ces prétendus « universalistes «  se contredisent eux mêmes en scandant « jouir sans entrave » ou « faites l’amour pas la guerre «  ; si le plan vital (sexe , mort et guerre) s’identifie au « ciel d’en bas » , alors faire l’amour c’est faire la guerre. Et donc favoriser les différents particularismes, tout en dénonçant un seul d’entre eux le nationalisme.

Faux universalisme = particularismes = Éros =plan vital = universalisme abstrait ensembliste = sexe =mort

Universalisme véritable = idéalisme intellectualiste mathématisant = Science Internelle =Henosophia = Théorie des catégories + HoTT = renoncement à la mort donc au sexe = Plan Internel de l’Idée de l’Un

Bien entendu dans ces « équations «  les signes = d’égalité ne recouvrent pas des égalités strictes et doivent être remplacés par des signes d’équivalence ≃
ou ≈ ≅ ( à préciser )

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