L’Amour s’élèvera t’il un jour ? mais quel amour ? Éros ou Agapé ?

La fin du Grand Oeuvre hermétique de Thomas Mann « La montagne magique «  est ici

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/22/cochetbrunschvicg-6-la-conversion-de-la-chair-a-lesprit-dans-le-temps-hermetique/

« Où sommes nous? Qu’est ce que cela? Où nous à transportés le songe?
Crépuscule, pluie et boue, rougeur trouble du ciel incendié. Un sourd tonnerre résonne sans arrêt, emplit l’air humide, déchiré par des sifflements aigus, par des hurlements rageurs et infernaux…

…Ah, toute cette belle jeunesse avec ses sacs et ses baïonnettes, ses manteaux boueux et ses bottes ! On pourrait avec une imagination humaniste et enivrée de beauté rêver d’autres images. On pourrait se représenter cette jeunesse : menant et baignant des chevaux dans une baie, se promenant sur la grève avec la bien-aimée, les lèvres à l’oreille de la douce fiancée, ou s’apprenant avec une amicale gentillesse à tirer l’arc. Au lieu de cela, elle est couchée, le nez dans cette boue de feu. C’est une chose admirable et dont on reste confondu qu’elle s’y prête joyeusement, encore qu’en proie à a une inexprimable nostalgie de ses mères, mais ce ne devrait pas être une raison de la mettre dans cette situation.
Voici notre ami, voici Hans Castorp ! De très loin déjà nous l’avons reconnu à la barbiche qu’il s’est laissé pousser à la table des Russes ordinaires. Il brûle, transpercé par la pluie, comme les autres. Il court, les pieds alourdis par les mottes, le fusil au poing. Voyez, il marche sur la main d’un camarade tombé, sa botte cloutée enfonce cette main dans le sol marécageux criblé d’éclats de fer. C’est pourtant lui. Comment ? Il chante ? Comme on fredonne devant soi, sans le savoir, dans une excitation hébétée et sans pensée, ainsi il tire parti de son haleine entrecoupée et chantonne pour lui-même :
Ich schnitt in seine Rinde
So manches liebe Wort…
Il tombe. Non, il s’est jeté à plat ventre, parce qu’un chien infernal accourt, un grand obus brisant, un atroce pain de sucre des ténèbres. Il est étendu, le visage dans la boue fraîche, les jambes ouvertes, les pieds écartés, les talons rabattus vers la terre. Le produit d’une science devenue barbare, chargé de ce qu’il y a de pire, pénètre à trente pas de lui obliquement dans le sol comme le diable en personne, y explose avec un effroyable excès de force, et soulève à la hauteur d’une maison un jet de terre, de feu, de fer, de plomb et d’humanité morcelée. Car deux hommes étaient étendus là, c’étaient deux amis, ils s’étaient réunis dans leur détresse : à présent ils sont confondus et anéantis.

Ô honte de notre sécurité d’ombres ! Partons ! Nous n’allons pas raconter cela ! Notre ami a-t-il été touché ? Un instant il a cru l’être. Une grosse motte de terre a frappé son tibia, sans doute a-t-il eu mal, mais c’est ridicule. Il se redresse, il titube, avance en boitant, les pieds alourdis par la terre, chantant inconsciemment :
Und sei – ne Zweige rauschten Als rie – fen sie mir zu…
Et c’est ainsi que, dans la mêlée, dans la pluie, dans le crépuscule, nous le perdons de vue.
Adieu, Hans Castorp, brave enfant gâté de la vie ! Ton histoire est finie. Nous avons achevé de la conter. Elle n’a été ni brève ni longue, c’est une histoire hermétique. Nous l’avons narrée pour elle-même, non pour l’amour de toi, car tu étais simple. Mais en somme, c’était ton histoire, à toi. Puisque tu l’as vécue, tu devais sans doute avoir l’étoffe nécessaire, et nous ne renions pas la sympathie de pédagogue qu’au cours de cette histoire nous avons conçue pour toi et qui pourrait nous porter à toucher délicatement de la pointe du doigt le coin de l’œil, à la pensée que nous ne te verrons ni ne t’entendrons plus désormais.
Adieu ! Tu vas vivre maintenant, ou tomber. Tes chances sont faibles. Cette vilaine danse où tu as été entraîné durera encore quelques petites années criminelles et nous ne voudrions pas parier trop haut que tu en réchapperas. À l’avouer franchement, nous laissons assez insoucieusement cette question sans réponse.

Des aventures de la chair et de l’esprit qui ont élevé ta simplicité t’ont permis de surmonter dans l’esprit ce à quoi tu ne survivras sans doute pas dans la chair. Des instants sont venus où dans les rêves que tu gouvernais un songe d’amour a surgi pour toi, de la mort et de la luxure du corps.

De cette fête de la mort, elle aussi, de cette mauvaise fièvre qui incendie à l’entour le ciel de ce soir pluvieux, l’amour s’élèvera-t-il un jour ?

FINIS OPERIS. »

Le « songe d’amour » qui a surgi pour Hans Casorp comme pour tout aventurier de l’esprit, de la mort et de la luxure du corps, c’est Éros mais plus que cela : la certitude qu’au delà d’Eros et de la « fête de la mort » existe un autre Amour , qui peut s’élever un jour : Agapé.

de Pornéïa à Agapé… les différentes formes d’amour par Jean Yves Leloup

https://www.steinbach68.org/eros.htm

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/04/12/lerotisme-comme-nostalgie-de-la-continuite-perdue-ciel-den-bas-et-ciel-celeste-de-lidee-eros-et-agape/

C’est ce que Wronski appelle « union absolue », au delà de l’Eglise et de l’Etat , qui ne sont pas remis en cause.

Voir par exemple le début du « Document historique « 

https://balzacwronskimessianisme.wordpress.com/wronski-document-historique-secret-sur-la-revelation-des-destinees-providentielles-des-natins-slaves-et-des-destinees-actuelles-du-monde/

« L’Union Absolue dont la formation par les nations slaves, est ici l’objet principal, doit constituer publiquement cette troisième association morale, qui, complétant les deux associations précédentes, l’Etat et l’Eglise, devient indispensable, dans les critiques conditions actuelles de l’umanité, pour la garantie du salut des États et de la Religin. En outre, cette Union Absolue, véritable Sainte Alliance des hommes, qui a pour base fondamentale, le respect inconditionnel des institutions politiques existantes, et pour but final à côté de l’abstention de toute influence pratique, la simple promulgation spéculative de la Vérité , de la Vérité Absolue, que la doctrine du Messianisme, produite par un des membres de la grande famille des slaves, vient enfin dévoiler au monde, cette Union Absolue, dis-je, doit s’établir publiquement, par la raison décisive que loin d’être dangereuse pour les États et la Religion, elle en sera désormais l’unique soutien concevable, La publication de ce Document historique servira, d’abord, à constater la vérité des faits qu y sont exposés, et de plus à écarter l’idée de toute association secrète que l’Union Absolue repousse entièrement « 

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