L’importance de l’horreur «  sacrée «  que nous inspire l’inceste parent- enfant

Les matérialistes purs et durs s’exposent à ne rien comprendre aux interdits sexuels ( encore qu’ils aient sans doute la réponse à ce genre d’argument). Si ce n’est qu’une question de pénétration d’un corps vivant dans un autre et d’échanges de fluides, d’où vient l’horreur que nous inspire le viol ou la pédophilie ? Bien sûr ce n’est pas très agréable pour la victime, mais c’est Jack Lang qui avait raison quand il osait déclarer aux lendemains de l’affaire DSK :
« Après tout, il n’y a pas mort d’homme » (je ne sais pas si ce genre de propos serait aussi bien reçu après l’affaire Weinstein)

Encore cette horreur n’arrive t’elle pas au niveau de celle que nous inspire la simple évocation d’une séance sexuelle avec notre fille, ou notre mère, ou, si nous sommes de sexe féminin, avec notre fils ou notre père. Je me trompe peut être mais il me semble que cette réaction d’horreur surpasse de loin celle que nous inspire un rapport entre frère et sœur.
C’est que le rapport de parenté, qui est indubitablement de nature vitale, à souvent symbolisé les rapports entre le Dieu père, créateur, et sa créature humaine représentée comme fils ( et dans un certain christianisme cette filialité s’étend au Christ, comme Fils dans la Trinité .. et il me semble me rappeler que Jésus prononce « Ma mère le Saint-Esprit »)

Bien sûr ce n’est qu’une déchéance du spirituel au niveau du vital, mais cela explique la force des sentiments qu’éveille ce genre de représentation en nous.

Quel est le sens de ceci ? Que le règne de l’attrait sexuel, représentant privilégié du plan vital, ne s’étend pas à tout, à la totalité de la sphère de l’existence humaine , Qu’il y a autre chose , quej’appelle ici le plan spirituel des Idées, qui n’obéit pas à ce règne .

A l’inverse , si «  l’inceste ce n’est pas si grave «, et si ce n’est pas comme je le prétends un « crime métaphysique contre l’humanité «   il n’y a que le plan vital, et la jouissance vitale doit être vraiment « sans entraves ». Et le film de Louis Malle «  Le souffle au cœur » ou les œuvres de Georges Bataille comme « Ma mère » sont « normales « , comme les autres ( ce que ne pensait pas Bataille lui même ) . Circulez, y a rien à voir :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/01/theme-de-linceste-louis-malle-le-souffle-au-coeur-1971/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/07/09/georges-bataille-sur-le-bleu-du-ciel-1935/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

Voici ce qu’ecrit Georges Bataille :

« “Je tiens d’abord à préciser à quel point sont vaines ces affirmations banales, selon lesquelles l’interdit sexuel est un préjugé, dont il est temps de se défaire. La honte, la pudeur, qui accompagnent le sentiment fort du plaisir, ne seraient elles-mêmes que des preuves d’inintelligence. Autant dire que nous devrions faire table rase et revenir au temps — de l’animalité, de la libre dévoration et de l’indifférence aux immondices. Comme si l’humanité entière ne résultait pas de grands et violents mouvements d’horreur suivie d’attrait, auxquels se lient la sensibilité et l’intelligence. Mais sans vouloir rien opposer au rire dont l’indécence est la cause, il nous est loisible de revenir — en partie — sur une vue que le rire seul introduisit.
C’est le rire en effet qui justifie une forme de condamnation déshonorante. Le rire nous engage dans cette voie où le principe d’une interdiction, de décences nécessaires, inévitables, se change en hypocrisie fermée, en incompréhension de ce qui est en jeu. L’extrême licence liée à la plaisanterie s’accompagne d’un refus de prendre au sérieux — j’entends : au tragique — la vérité de l’érotisme.”

et , toujours de Bataille dans la préface de “Madame Edwarda”:

“Le plaisir serait méprisable s’il n’était ce dépassement atterrant, qui n’est pas réservé à l’extase sexuelle, que les mystiques de différentes religions, qu’avant tout les mystiques chrétiens ont connu de la même façon. L’être nous est donné dans un dépassement intolérable de l’être, non moins intolérable que la mort. Et puisque, dans la mort, en même temps qu’il nous est donné, il nous est retiré, nous devons le chercher dans le sentiment de la mort, dans ces moments intolérables où il nous semble que nous mourons, parce que l’être en nous n’est plus là que par excès, quand la plénitude de l’horreur et celle de la joie coïncident.
Même la pensée (la réflexion) ne s’achève en nous que dans l’excès. Que signifie la vérité, en dehors de la représentation de l’excès, si nous ne voyons ce qui excède la possibilité de voir, ce qu’il est intolérable de voir, comme, dans l’extase, il est intolérable de jouir ? si nous ne pensons ce qui excède la possibilité de penser« 

Cette vérité tragique de l’érotisme est décrite par lui ailleurs:

: nous sommes des êtres discontinus. Et l’érotisme est nostalgie de la continuité perdue »

La « continuité perdue «  est retrouvée ( comme dans la mort d’ailleurs ) dans un « dépassement atterrant « , celui de l’orgie sacrée et la seule différence entre l’extase sexuelle (la «  petite mort « ) et la mort, c’est que cette dernière reprend tout de suite, avec la conscience, ce qu’elle donne « 

« L’être nous est donné dans un dépassement intolérable de l’être, non moins intolérable que la mort. Et puisque, dans la mort, en même temps qu’il nous est donné, il nous est retiré, nous devons le chercher dans le sentiment de la mort, dans ces moments intolérables où il nous semble que nous mourons, parce que l’être en nous n’est plus là que par excès, quand la plénitude de l’horreur et celle de la joie coïncident.« 

Si l’inceste ce n’est pas si grave, alors le règne de l’Eros, qui n’est que le règne de la mort, est vraiment sans limites et total. Et l’Amour- Agapé n’est que vanité des vanités «  vaine est notre foi »

http://saintebible.com/1_corinthians/15-14.htm

« Et si Christ n’est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine« 

Ce blog n’est pas chrétien , et c’est par dérision que je parle ici de « foi ».
La résurrection du Christ est comprise ici comme itinéraire de l’âme du plan vital au plan spirituel, et il me semble que l’horreur de l’inceste, est une sorte de »preuve » du fait que le plan vital n’est pas tout, que le règne de l’Eros n’est pas total ni donc totalitaire, et qu’au delà l’Amour- Agapé peut se lever un jour .. jour eschatologique du Jugement dernier, assurément !

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/22/cochetbrunschvicg-6-la-conversion-de-la-chair-a-lesprit-dans-le-temps-hermetique/

« Où sommes nous? Qu’est ce que cela? Où nous à transportés le songe?
Crépuscule, pluie et boue, rougeur trouble du ciel incendié. Un sourd tonnerre résonne sans arrêt, emplit l’air humide, déchiré par des sifflements aigus, par des hurlements rageurs et infernaux…

…Ah, toute cette belle jeunesse avec ses sacs et ses baïonnettes, ses manteaux boueux et ses bottes ! On pourrait avec une imagination humaniste et enivrée de beauté rêver d’autres images. On pourrait se représenter cette jeunesse : menant et baignant des chevaux dans une baie, se promenant sur la grève avec la bien-aimée, les lèvres à l’oreille de la douce fiancée, ou s’apprenant avec une amicale gentillesse à tirer l’arc. Au lieu de cela, elle est couchée, le nez dans cette boue de feu. C’est une chose admirable et dont on reste confondu qu’elle s’y prête joyeusement, encore qu’en proie à a une inexprimable nostalgie de ses mères, mais ce ne devrait pas être une raison de la mettre dans cette situation.
Voici notre ami, voici Hans Castorp ! De très loin déjà nous l’avons reconnu à la barbiche qu’il s’est laissé pousser à la table des Russes ordinaires. Il brûle, transpercé par la pluie, comme les autres. Il court, les pieds alourdis par les mottes, le fusil au poing. Voyez, il marche sur la main d’un camarade tombé, sa botte cloutée enfonce cette main dans le sol marécageux criblé d’éclats de fer. C’est pourtant lui. Comment ? Il chante ? Comme on fredonne devant soi, sans le savoir, dans une excitation hébétée et sans pensée, ainsi il tire parti de son haleine entrecoupée et chantonne pour lui-même :
Ich schnitt in seine Rinde
So manches liebe Wort…
Il tombe. Non, il s’est jeté à plat ventre, parce qu’un chien infernal accourt, un grand obus brisant, un atroce pain de sucre des ténèbres. Il est étendu, le visage dans la boue fraîche, les jambes ouvertes, les pieds écartés, les talons rabattus vers la terre. Le produit d’une science devenue barbare, chargé de ce qu’il y a de pire, pénètre à trente pas de lui obliquement dans le sol comme le diable en personne, y explose avec un effroyable excès de force, et soulève à la hauteur d’une maison un jet de terre, de feu, de fer, de plomb et d’humanité morcelée. Car deux hommes étaient étendus là, c’étaient deux amis, ils s’étaient réunis dans leur détresse : à présent ils sont confondus et anéantis.

Ô honte de notre sécurité d’ombres ! Partons ! Nous n’allons pas raconter cela ! Notre ami a-t-il été touché ? Un instant il a cru l’être. Une grosse motte de terre a frappé son tibia, sans doute a-t-il eu mal, mais c’est ridicule. Il se redresse, il titube, avance en boitant, les pieds alourdis par la terre, chantant inconsciemment :
Und sei – ne Zweige rauschten Als rie – fen sie mir zu…
Et c’est ainsi que, dans la mêlée, dans la pluie, dans le crépuscule, nous le perdons de vue.
Adieu, Hans Castorp, brave enfant gâté de la vie ! Ton histoire est finie. Nous avons achevé de la conter. Elle n’a été ni brève ni longue, c’est une histoire hermétique. Nous l’avons narrée pour elle-même, non pour l’amour de toi, car tu étais simple. Mais en somme, c’était ton histoire, à toi. Puisque tu l’as vécue, tu devais sans doute avoir l’étoffe nécessaire, et nous ne renions pas la sympathie de pédagogue qu’au cours de cette histoire nous avons conçue pour toi et qui pourrait nous porter à toucher délicatement de la pointe du doigt le coin de l’œil, à la pensée que nous ne te verrons ni ne t’entendrons plus désormais.
Adieu ! Tu vas vivre maintenant, ou tomber. Tes chances sont faibles. Cette vilaine danse où tu as été entraîné durera encore quelques petites années criminelles et nous ne voudrions pas parier trop haut que tu en réchapperas. À l’avouer franchement, nous laissons assez insoucieusement cette question sans réponse.

Des aventures de la chair et de l’esprit qui ont élevé ta simplicité t’ont permis de surmonter dans l’esprit ce à quoi tu ne survivras sans doute pas dans la chair. Des instants sont venus où dans les rêves que tu gouvernais un songe d’amour a surgi pour toi, de la mort et de la luxure du corps.

De cette fête de la mort, elle aussi, de cette mauvaise fièvre qui incendie à l’entour le ciel de ce soir pluvieux, l’amour s’élèvera-t-il un jour ?
FINIS OPERIS. »

L’horreur de la guerre , fête de la Mort et de l’Eros, n’est pas le dernier mot de l’humanité : voilà ce qui est au fond de l’importance donnée à la question de ce « crime métaphysique contre l’humanité «  qu’est l’inceste

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