André Malraux (1901-1976): préface à «  Sanctuaire » de William Faulkner

Ce n’est pas la totalité du texte, seulement une partie :

http://www.wikipoemes.com/poemes/andre-malraux/prface-sanctuaire-de-william-faulkner1111818123.php

La partie de la préface qui vient avant :

«  Faulkner sait fort bien que les détectives n’existent pas; que la police ne relève ni de la psychologie, ni de l perspicacité, mais bien de la délation; et que ce n’est point Moustachu ni Tapinois, modestes penseurs du quai des orfèvres, qui font prendre le meurtrier en fuite, mais la police des garnis; car il suffit de lire les mémoires des chefs de police pour voir que l’illumination psychologique n’est pas le fort de ces personnes, et qu’une bonne police est une police qui a su, mieux qu’une autre, organiser ses indicateurs. Faulkner sait aussi que le gangster est d’abord un marchand d’alcool. Sanctuaire est donc un roman d’atmosphere policière sans policiers, de gang aux gangsters crasseux, parfois lâches, sans puissance. Mais l’auteur acquiert par là une sauvagerie que le milieu justifie, et la possibilité de faire accepter, sans quitter un minimum de vraisemblance, le viol, le lynchage, l’assassinat, les formes de la violence que l’intrigue fera peser sur tout le livre.
Sans doute est ce une erreur que de voir dans l’intrigue, dans la recherche du criminel, l’essentiel du roman policier. Limitée à elle même , l’intrigue serait de l’ordre du jeu d’échecs- artistiquement nulle . Son importance vient de ce qu’elle est le moyen le plus efficace de traduire un fait éthique ou poétique dans toute son intensité. Elle vaut par ce qu’elle multiplie.

Que multiplie t’elle ici ? Un monde inégal, puissant, sauvagement personnel , non sans vulgarité parfois. Monde où l’homme n’existe qu’écrasé… »

Bien à la suite le texte du lien supra, jusqu’à la conclusion célèbre qui termine cette splendide préface , qui m’avait intrigué lorsque le l’avais lue pour la première fois, en 1967:

« 

Sanctuaire, c’est l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier

 »

Je ne suis pas d’accord avec l’auteur de cette critique :

https://brumes.wordpress.com/2013/11/09/le-spectacle-du-mal-sanctuaire-de-william-faulkner/

puisque je suis persuadé que l’essence du tragique est sa vertu cathartique : faire voir toute l’horreur du monde, du plan vital , pour purifier l’âme du spectateur et lui faire admettre que ce monde d’horreur est le même que celui où les plus grandes œuvres de l’art et de la philosophie sont possibles. En d’autres termes le monde décrit par Sanctuaire, celui de Popeye qui découpe les oiseaux et les chatons avec des ciseaux, le monde du viol avec l’épi de maïs , est le même monde où est écrit une œuvre telle que «  Sanctuaire ». La réflexion d´Alexandre Kojeve sur Spinoza n’a ici plus cours :

« L’Ethique de Spinoza explique tout, sauf la possibilité pour un homme vivant dans le temps historique de l’écrire »

Cette nature cathartique , purgative du tragique est un autre moyen , non philosophique-mathématique , de caractériser l’unité du réel et du monde, non dualisme de la dualité des plans dans l’Ouvert .

Faulkner avait aussi écrit la scénario du film d’Howard Hawks en 1946 : «  Le grand sommeil «  .. un film où le détective ( Humphrey Bogart ) est bien présent pour débrouiller une intrigue fort compliquée…

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/12/01/le-grand-sommeil-1946-en-vf/

Que dire de plus ? Ah oui, « ce qu’il faut bien appeler «  ( trouvé dans l’edition De La pléiade ou une autre ?) l’alcoolisme de Faulkner » .. je donne ce lien :

http://depluspres.blogspot.fr/2013/08/faulkner-est-mort-alcoolique-et-tu-vas.html

« Faulkner est mort alcoolique «  ( sic)

Qui a la vertu de pointer vers le lien où l’on peut écouter le discours de réception du prix Nobel de Faulkner en 1950:

https://www.nobelprize.org/mediaplayer/index.php?id=1397

tout en me rappelant ce que disait le livre sur « ce qu’il faut bien appeler l’alcoolisme de Faulkner « : il devait participer à un congrès ou séminaire sur la littérature ( et Dieu sait que c’est passionnant , les congrès )

Dès son arrivée Bill ( Faulkner ) est allé s’acheter une bouteille de bourbon et s’est enfermé seul dans sa chambre pour se saouler »

Ceci se passait au début des années 30.. Faulkner avait la trentaine..

Dans « Le cercle rouge «  de Jean-Pierre Melville, le commissaire Mattéi (Bourvil ) dit lui aussi à François Périer «  il n’y a pas de police sans indicateurs.. tu le sais bien »

https://actu.fr/loisirs-culture/cercle-rouge-arte-bourvil-montand-delon-monthyon-seine-marne_13560986.html

https://m.ok.ru/video/44068768330

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