Le style si particulier de Melville

Dans Le Samouraï

à 55minutes 22

Jeff ( Alain Delon ) revient dans le bar de Martey , où il a tué le patron au début, s’assied sur un tabouret au bar, commande un whisky

Le barman en chef (qui était dans la combine du meurtre) s’approche et lui glisse : « si vous aviez été l’homme que la police recherche, on pourrait dire que l’assassin revient toujours sur les lieux du crime »

Sans un mot, Jeff jette un billet en paiement et s’en va sans avoir touché au verre de whisky.

Dans le même ordre d’idées , au début du « Deuxième souffle »:

https://hottandphilosophy.wordpress.com/2018/05/04/le-deuxieme-souffle-1966-de-melvillle/

à 6 minutes 40, au bar de Ricci à Marseille,

L’indic (L’ange Nevada) : » ce sera pour le 28 décembre »

Paul Ricci (Raymond Pellegrin): «  bien.. si ça réussit, tu toucheras ce dont on a convenu « 

« Et si ça ne réussit pas ? »

Paul s’éloigne sans répondre…

À cette époque, disons au début des années 70, je n’avais pas du tout l’habitude de ce genre d’endroit, j’ai rejoué la scène de Delon au bar : commander un verre, payer, se retirer sans en consommer une goutte

Que ne suis resté toute ma vie fidèle à cette ligne de conduite melvilienne !

De même dans le « Deuxième souffle » au cours du hold up dans La montagne, Antoine Ripa,le gangster gitan, vise le motard et fait le signe de croix avant de tirer. « Superstition d’un tueur catholique «  pensera t’on. Et c’est sans doute le sens de cette scène. Mais comme il a été dit ici, le sens de La Croix est dans le croisement des deux axes : vertical pour le monde spirituel, horizontal pour le monde sensible historique de la durée perpétuelle ( jusqu’au big crunch final éventuel)
Or chez Melville les tueurs ont à voir avec la mort et le plan spirituel.

C’est pour cela que les héros melvilliens ne sont pas des hommes à femmes, se détournent de la génération ( par exemple dans « Le Samouraï «  Delon au volant et au feu rouge regarde la conductrice et se détourne, celle ci démarre en trombe)

C’est chez certains philosophes que ce sens de La Croix est explicité, ainsi Louis Lavelle parle du centre de la croix comme situé « à la croisée du temps et de l’éternité »

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