Carlo Suares sur le premier verset de la Bible : dualité entre Essence – YHVH et Existence- Elohim

« Le mythe judeo- chrétien » est un ouvrage crucial de Carlo Suares que je viens de retrouver dans mon fatras de livres

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Carlo_Suarès

http://www.revue3emillenaire.com/blog/la-fin-du-grand-mythe-iii-par-carlo-suares/

La dualité, qui est celle de l’Ouvert , que nous avons découverte dans le premier terme de la Bible entre l’univers-Maison dans be (=dans) et le Principe Reschit :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/16/louvert-dans-le-premier-terme-de-la-bible/

Est retrouvée par Carlo Suares dans la suite du texte entre les deux noms YHVH et Elohim ( qui est un pluriel)

« Au livre deuxième interviendra un personnage composé : YHVH- Elohim. Et Yhvh n’apparait seul pour la première fois que par la bouche d’Eve après l’expulsion d’Eden lorsqu’enfantant Cain elle dit «  j’ai acquis un homme avec le secours de YHVH »

https://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0104.htm

Carlo Suares interprète Elohim comme l’ensemble des forces créatrices existentielles et YHVH comme l’Essence ineffable :

« L’équation se trouve ainsi posée : d’un Principe se dégage une dualité et celle ci se compose d’une résistance R universelle et d’une vitesse infinie =∞
Le postulat initial peut donc s’ecrire : ∞ contre R. Le choc de cette vitesse = ∞ et de la résistance = R révèle le fait que cette Résistance R n’est autre que l’Univers U et engendre la plus grande vitesse dont est susceptible U, soit la Lumière L. L’équation devient :

∞ → U= L

Selon Carlo Suares «  c’est maintenant que commence la véritable création en acte, et non plus en puissance , création qui est une différentiation . Créer c’est rendre hétérogène ce qui n’était qu’homogène . Ainsi (les) Elohim sépare les ténèbres de la lumière , les eaux d’en haut des hâtes d’en bas, les eaux d’en bas du sec etc… »

« L’Univers du fait qu’il existe est la preuve que le Mouvement Infini ( le souffle de « Dieu » ) est satisfait dans le Nombre (le Nombre de l’univers est la vitesse de la Lumière ) car si le Mouvement n’était satisfait il ferait éclater l’univers mais par ailleurs le Mouvement est prisonnier du Nombre , l’Infini est prisonnier du fini qui est le plan vital, l’Univers .

« Cette satisfaction de l’infini du fait de son emprisonnement dans le fini constitue le mouvement vital de ce qui est. En termes mythiques « Dieu » (l’infini) est « satisfait » de se voir «  vaincu «  (emprisonné dans le fini du plan vital) «  et ici Carlo Suares évoque le combat de Jacob contre l’Ange qui lui dit « ton nom ne sera plus Jacob mais Israël car tu as combattu contre Dieu et tu l’as emporté « 
Mais ici se trouve un élément dont Carlo Suares ne parle pas : cette « satisfaction » de l’infini , à chaque palier de l’évolution , est associée au mot hébreu Tov (bon)

Par exemple au verset 10 :

« Dieu nomma le sol la Terre, et l’agglomération des eaux, il la nomma les Mers. Et Dieu considéra que c’était bien.« 

ce qui traduit l’hébreu :

וַיַּרְא אֱלֹהִים, כִּי-טוֹב »
« Et Elohim vit, que bon »

Ici dans les trois lettres ירא ( « vit » ) nous reconnaissons comme deux dernières lettres רא, les mêmes que celles du mot bara’ ברא qui est traduit par « créa » mais qui est selon moi le redoublement du mot Reschit (« Principe « ) dans le premier terme de la Genèse :

בראשׁית

Qui signifie l’alliance de l’Univers (le fini) et du Principe (l’infini)

Or le mot Tov se retrouve dans l’Arbre de la connaissance du bien et du mal:

https://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0102.htm

(Verset 17)

הַדַּעַת טוֹב וָרָע

Ha da’at tov va ra’ : connaissance du bien et du mal

Les deux lettres qu forment le terme traduit par « Mal «  (רע) sont les mêmes que celles de « voir » (רא) soit les deux dernières lettres de « créa » בּרא sauf que Aleph est remplacé par Ayin ע

Tov (traduit par bien, bon) ne signifie-t-il pas « bon pour la préservation de la vie, du fini » et Ra’ (traduit par Mal) signifie cet aspect de l’infini qui ne peut se concilier avec le fini, l’existence . L’arbre de la connaissance dubien et du Mal serait la même chose que ce que j’appelle ici, après le philosophe Jean- Michel Le Lannou «  amour du fini »

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/25/expose-de-jean-michel-le-lannou-sur-brunschvicg-la-puissance-de-lidee/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/25/jean-michel-le-lannou-un-temple-pur-leon-brunschvicg-lecteur-de-spinoza/

« La raison seule doit être reconnue comme émancipatrice. Léon Brunschvicg l’affirme en s’opposant à la critique du rationalisme, à celle de l’universalité dénoncée comme abstraite, par les philosophies de la vie et le mouvement de « retour au concret » qui se développent en cette fin de xixe siècle1. Être libre, c’est être gouverné par la raison seule. Mais de quoi précisément émancipe-t-elle ? Que signifie raison seule ? Comment et par qui la puissance de la raison est-elle énoncée ? – Par Spinoza.« 

L’amour du fini est le refus de reconnaître que le plan des Idées est supérieur au plan vital , que l’Infini est supérieur au fini, au monde . Il cède , en tant que pensée ontologique, à la « puissance de l’Idée «  , en tant que pensée idéaliste , pensée du plan internel :

« Jean Michel Le Lannou assigne pour tâche à la philosophie (voir le fichier pdf ci dessus) de “parler de la philosophie et ce faisant réaliser ce dont elle parle, en œuvrant dans la représentation mais contre la représentation”
Œuvrer contre la représentation et dans le but, comme les vraies Lumières, de “libérer l’esprit de l’amour du fini”, c’est œuvrer contre l’emprise du plan vital pour libérer les consciences des fidèles de la philosophie, qui sont les “clercs” selon Julien Benda, en orientant ces consciences vers le plan spirituel, domaine des Idées et des valeurs cléricales selon Julien Benda (c’est à dessein que j’emploie ici une terminologie religieuse : la philosophie idéaliste telle que conçue ici, qui est la même que l’idéalisme de Brunschvicg ou de JM Le Lannou, est selon moi la discipline qui mène à la religion véritable consistant à “renoncer à la mort, si elle est accompagnée d’une sévère ascèse vitale impliquant la tentative sincère de parvenir à la chasteté et à l’abstinence sexuelle absolue, ou, au minimum, à la fidélité conjugale, ce qui revient au même, ascèse devant s’accompagner de pauvreté en esprit: s’abstenir de lectures et de spectacles dictés par la seule curiosité et l’attrait de l’information plutôt que de la connaissance, et de la pauvreté dans la vie :pas d’alcool ni de vacances ni de loisirs, nourriture frugale, peu de sommeil bref pour résumer le contraire exact de la vie de l’occidental ) J’ai déjà dit que cette ascèse vitale est totalement inutile si elle ne va pas de pair avec une ascèse intellectuelle « 

Résumons : « manger du fruit de l’arbre au milieu du jardin, arbre de la connaissance du bien et du mal » signifie l’enfermement dans le plan vital , le « jardin » par l’amour du fini , l’ignorance de l’Infini et de l’Idée

Advertisements
This entry was posted in Bible, Christianisme, Cochet-Brunschvicg, DIEU, judaisme, Ouvert : dualité plan vital-plan spirituel, Philosophie, Plan vital-plan spirituel, Religions, Science-internelle, Shabbatai Tsevi-Jacob Frank-Hitler-nazaréens-islam, Symbolismes initiatiques. Bookmark the permalink.