Julien Duvivier : Marie-Octobre (1959)

J’avais déjà rédigé cet article après avoir vu ce film extraordinaire par l’intensité qui y règne :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/13/marie-octobre-julien-duvivier-1959/

1959 c’était seulement 15 ans après la Libération en 1944, autant dire rien, j’avais sept ans, et je n’étais rien, ce qui n’a guère changé.

Je parle beaucoup dans l’article passé de cette époque funèbre de connerie Yé yé des années 60 (les débuts de la télévision de masse ) qui allait mener à 1968 et ses cortèges imbéciles.

Le lien que j’avais donné ne marche plus, il est remplacé par celui ci :

Ce qui nous fascine tellement dans ce film est que les deux plans se font face en quelque sorte : plan vital de la pure et simple vie charnelle d’après la fin de la guerre, (vivre pour vivre ) et plan des hauteurs de l’époque de la Résistance , des « valeurs «  pour lesquelles certains héros ont sacrifié leur vie

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Marie-Octobre

Le plan vital est représenté par les survivants du réseau qui se réunissent ce soir là, le plan des « valeurs » par Castille, le chef du réseau qui a été tué ce soir là en 1944 parce que parmi les survivants se trouve un traître qui a dénoncé le réseau à la police allemande.

Seulement les deux plans se trouvent entrelacés de manière complexe : on apprend que Marie Octobre était la maîtresse de Castille, aussi quand elle tue le traitre une fois que celui ci a avoué, est ce justice ou bien vengeance ?

La position du Bien n’est elle pas celle du prêtre ? Seul Dieu peut juger, toute justice humaine n’est qu’hypocrisie, voile de grands mots et de grands idéaux jeté sur ce qui est « humain trop humain » : seulement en cette époque de 1942-43 on tuait facilement , le film de Melville « L’armée des ombres «  commence d’ailleurs par une mission difficile : exécuter un traitre sans alerter par le bruit les voisins et la police.

Le problème est que je ne puis accepter la croyance religieuse du prêtre, qui est aussi celle des rabbins et des imams : « Dieu » n’existe pas, il doit exister.. qu’est ce que cela signifie ? Dieu est une Idée, qui doit être formée par les êtres humains, dans une perspective intersubjective. Or jamais les humains ne se sont mis d’accord sur une telle Idée, l’histoire des guerres de religions, c’est à dire celle de l’idée (fausse, forcément ) du Dieu des guerres de religions, est là pour en témoigner. Et la fin de ce film nous fait comprendre que ce ne sera jamais le cas : il y a en l’être Humain à la fois un animal charnel, mené par ses envies et ses convoitises qu’il travestit derrière de grands idéaux, pour donner le change, aux autres et surtout à soi même, et un esprit. Et jamais l’esprit ne pourra dompter l’animal…

Jamais les deux plans, celui de la vie et de ses pulsions (dont la pulsion de mort, qui reste toujours à la fin) et celui des « valeurs » et des Idées, ne seront réconciliés même dans le sacrifice du premier ( qui est sans doute le sens du acrifice d’Isaac par son père Abraham) : car il se peut toujours que ce sacrifice ait pour vrai mobile la pulsion de mort justement, la passion d’en finir une fois pour toutes..

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