#CochetBrunschvicg 21 #ScienceInternelle le dualisme antagoniste entre Raison et rationalité, objet et objectivité

Le livre de Marie Anne Cochet s’ouvre , comme de juste puiqu’il s’agit du « commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg » sur un des principes fondamentaux de cette philosophie qui est une « connaissance intégrale », « savoir, la distinction entre la notion seconde d’un objet refermé sur lui même, qui implique l’immuabilité dogmatique de ce qui est considéré, et celle d’objectivité, qui désigne une opération nécessairement préalable, qui demeure progressive , établissant une convergence des lignes de connaissance diversement engendrées vers un centre commun »

« La même opposition se retrouve entre la Raison, fixée par ses propres lois, et la rationalité, incessante organisation du multiple en relations de connexion; et , encore, entre la croyance , prisonnière d’elle même, étouffant ainsi l’élan qui l’a suscitée , et la tendance désintéressée vers la vérité , entraînant à un perpétuel effort de vérification, purifiant l’esprit de ce qui lui est étranger, et transmettant, à travers les générations des penseurs, cette conscience intellectuelle qui marque, avec la conscience sensible, l’opposition même entre le règne animal et le règne humain »

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/13/cochetbrunschvicg-objet-et-objectivite-raison-et-rationalite/

Cette opposition fondamentale dans la pensée de Brunschvicg a été associée dans le dernier article de ce hashtag :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/25/cochetbrunschvicg-la-scienceinternelle-comme-connaissance-integrale-gnosis/

À la dualité entre l’être et l’un qui n’est autre que celle qui est appelée ici « l’Ouvert »; le terme de « dualité » peut prendre ici un sens mathématique, puisque nous avons déterminé des formes mathématiques , des mathèmes de ces deux Idées : Set, catégorie ou topos des ensembles et CAT , catégorie de toutes les catégories

https://ncatlab.org/nlab/show/CAT

https://ncatlab.org/nlab/show/Set

https://ncatlab.org/nlab/show/ETCS

Il existe justement sur ce sujet des dualités un livre fort documenté « Natural dualities for the working algebraist »

http://www.gbv.de/dms/goettingen/236043951.pdf

Voir aussi cet article

http://www.kurims.kyoto-u.ac.jp/EMIS/journals/AMUC/_vol-68/_no_2/_davey/davey.pdf

Nous y reviendrons avant peu…mais continuons à feuilleter les premières pages du livre de Marie Anne Cochet

« Ainsi l’objectivité n’est pas circonscrite entre les limites qu cernent un objet, fût il l’univers, ou une personne, fût elle Dieu; la vérité n’est pas fixée par un dogme, ni la rationalité dans ses lois, mais objectivité, vérité, rationalité sont inscrites par les traces de l’esprit, au cours du développement de la conscience intellectuelle de l’homme. Elles ne sont pas des causes mais des effets.

Nous retrouverons cette distinction essentielle, comme principe de travail, sur tous les plans de l’oeuvre de Mr Brunschvicg. C’est pourquoi nous y insistons au début de cette étude . Elle évite bien des erreurs et permet de préciser la parole citée plus haut : « La philosophie est une connaissance intégrale » parce qu’elle est connaissance, non de la nature des choses mais de l’esprit humain saisi à sa source la plus pure : le sillon qu’il trace dans sa recherche désintéressée du vrai.

Ici les nietzschéens et les freudiens , adeptes du soupçon, objecteront : il n’y a rien de désintéressé dans les choses humaines et surtout pas la Raison. Cela revient à dire qu’il n’y a que le plan vital , cela revient donc à un monisme du plan vital, du « monde » de l’espace-temps, que nous avons ici appelé « athéisme » et qui n’est que l’aboutissement de cette pensée « Dieu est « 

Pour citer encore Brunschvicg :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l’effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l’humanité de l’idée qu’elle s’est formée d’elle-même….

…si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon. »

Mme Cochet précise ensuite qu’elle adopte, comme il se doit, la terminologie du philosophe qu’elle étudie. Elle emploie donc les mots « esprit » et « éternel «  , quoiqu’elle préférerait , compte tenu des sens trompeurs que peuvent avoir ces mots, le terme « intelligence » (qui traduit le grec « noûs » νους) et « atemporel. J’ai forgé pour ma part le mot « internel », mais je lis dans « atemporel » le changement de nos conceptions du temps impulsé par l’étude de la physique relativiste :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/23/cochetbrunschvicg-scienceinternelle-la-relativite-du-temps/

et qui n’est autre, selon moi, que le « renoncement à la mort » dont parle Brunschvicg comme étant « la seule vraie religion »

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

« La vie est bonne absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort;

elle fait que rien ne passe et rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme »

Seulement il convient de comprendre ceci correctement :

« il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir. Rien ici qui ne soit d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l’univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu’une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne…. »

Cet « ordre du temps «  que la pensée a réussi à faire surgir en se détachant de son centre biologique n’est autre que cette opération préalable de l’objectivité dont parle Mme Cochet « opération qui demeure progressive, établissant une convergence des lignes de connaissance diversement engendrées vers un centre commun »

Or il est remarquable que « l’ordre du temps » soit le titre du livre récent de Carlo Rovelli :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/05/08/carlo-rovelli-lordre-du-temps/

selon le dict d’Anaximandre :

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2018/05/08/la-parole-danaximandre/

« « Les choses se transforment l’une dans l’autre selon la nécessité et se rendent justice selon l’ordre du temps »

Le Présent anthropomorphique déconstruit par la Relativité générale n’est absolument pas le « Présent éternel » dont parle Mme Cochet, qui se révèle à notre réflexion une fois que nous avons « enlevé la poussière du temps » qui nous empêche de contempler « l’éternelle beauté du tableau » …mais j’ai déjà précisé que je préfère « internelle beauté «  qui corrige (comme on essuie la poussière) l’éternité comme « prolongation perpétuelle de la durée »

«

 La Sainte de l’Abîme est plus sainte à mes yeux

« 

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