#CochetBrunschvicg 22 #BrunschvicgIntroduction devenir l’esprit

Dans cet article récent j’ai dit des bêtises :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/25/julien-duvivier-marie-octobre-1959/

« Le problème est que je ne puis accepter la croyance religieuse du prêtre, qui est aussi celle des rabbins et des imams : « Dieu » n’existe pas, il doit exister.. qu’est ce que cela signifie ? Dieu est une Idée, qui doit être formée par les êtres humains, dans une perspective intersubjective. Or jamais les humains ne se sont mis d’accord sur une telle Idée, l’histoire des guerres de religions, c’est à dire celle de l’idée (fausse, forcément ) du Dieu des guerres de religions, est là pour en témoigner. Et la fin de ce film nous fait comprendre que ce ne sera jamais le cas : il y a en l’être Humain à la fois un animal charnel, mené par ses envies et ses convoitises qu’il travestit derrière de grands idéaux, pour donner le change, aux autres et surtout à soi même, et un esprit. Et jamais l’esprit ne pourra dompter l’animal…« 

Une sorte de Grand Soir spirituel ?

Mais, comme le dit Brunschvicg lui même :

« L’alternative insoluble de l’optimisme et du pessimisme ne concernera jamais que le centre vital d’intérêt; nous pouvons être et à bon droit inquiets en ce qui nous concerne de notre rapport à l’esprit, mais non inquiets de l’esprit lui même que ne sauraient affecter les défaillances et les échecs, les repentirs et les régressions d’un individu, ou d’une race, ou d’une planète« 

Le problème n’est pas de réunir toute l’humanité pour former une Idée de Dieu comme une poule pond un œuf, le problème est de « devenir l’esprit «  selon la belle expression d’André Simha :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/

«  » Devenir l’esprit est donc la norme d’une vie dont la conscience, en progrès incessant, s’étend indéfiniment par sa compréhension de l’univers et d’elle même. Devenir l’esprit donne le sens de l’effort spirituel, orienté par la tâche humaine universelle de penser le réel en vérité. Or cette norme de vie et de pensée, cette intelligence du réel tel que le construit indéfiniment le jugement dans le travail scientifique, a pour Brunschvicg une signification politique et morale fondamentale, puisqu’elle enseigne à chaque homme son humanité, cette vocation à progresser vers la communauté des esprits dans la recherche du vrai et du juste »

Paul Ricoeur, le maître du maître des horloges et bourreau des cœurs d’institutrices, avait soutenu en 1934 devant Léon Brunschvicg, qui était à cette époque et pour quelques années encore le maître des études philosophiques en France, un Mémoire titré «Méthode réflexive appliquée au problème de Dieu chez Lachelier et Lagneau », où il écrit, dans l’Introduction, pages 49-50 ( édition du Cerf):

« Au nom de l’idéalisme, Dieu est l’être même de la pensée, il n’est pas à chercher hors de nous, mais en nous, il est notre meilleur moi, l’âme de notre âme, il nous est plus intérieur que nous mêmes .

Au nom de l’intellectualisme, cette recherche ne peut partir que des foyers les plus clairs de la pensée. C’est en pleine lumière intellectuelle que débute la recherche de Dieu . Qu’elle doive se prolonger par autre chose, le moment n’est pas venu de l’étudier…

enfin, au nom de la méthode analytique, c’est dans la plénitude des réussites concrètes et non dans la pauvreté des concepts purs que nous devons rechercher l’acte divin.

Ajoutons que cette recherche n’engage pas seulement notre connaissance. Idéalisme peut se prendre en deux sens :la pensée est principe théorique de l’etre ; la pensée est idéal pratique de vie. La philosophie réflexive est le noeud même de ces deux points de vue. Pratiquer la méthode réflexive n’est pas un jeu d’idées, mais une discipline de vie. Spéculer n’est pas assister à un spectacle ou se regarder dans un miroir; c’est consentir à ne vivre que par l’esprit et pour l’esprit »

L’un des premiers livres de Sartre est « La Transcendance de l’ego » où il soutient que l’ego est un objet du monde. On voit là combien cette pensée existentialiste, qui a abouti à l’athéisme moderne, est loi du premier Ricoeur qui voyait en Dieu « notre meilleur moi » et de Brunschvicg , dont il avait suivi les cours mais qu’il méprisait comme « idéologue bourgeois » , Brunschvicg qui caractérisait l’alternative à laquelle mène l’idéalisme contemporain :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/la-philosophie-veritable-est-la-philosophie-mathematique-ou-science-internelle-science-des-idees/

« C’est donc à une alternative que nous conduit l’étude de l’idéalisme contemporain :

Ou nous nous détachons des idées qui sont en nous pour chercher dans les apparences extérieures de la matière la constitution stable et nécessaire de l’être, nous nous résignons à la destinée inflexible de notre individu, et nous nous consolons avec le rêve dun idéal que nous reléguons dans la sphère de l’imagination ou dans le mystère de l’au delà

ou bien nous rendons à nos idées mortes leur vie et leur fécondité, nous comprenons qu’elles se purifient et se développent grâce au labeur perpétuel de l’humanité dans le double progrès de la science et de la moralité, que chaque individu se transforme, à mesure qu’il participe davantage à ce double progrès. Les idées, qui définissent les conditions du vrai et du juste, font à celui qui les recueille et s’abandonne à elles, une âme de vérité et de justice; la philosophie, qui est la science des idées, doit au monde de telles âmes, et il dépend de nous qu’elle les lui donne”

Selon la pensée de Sartre et de ses successeurs, les idées doivent être détachées de nous pour exister dans le monde. C’est ce que j’appelle athéisme ontologique contemporain. L’idéalisme est méprisé et cède la place à un réalisme qui est une importante régression civilisationnelle, puisque ce n’était que par une rupture idéaliste avec le réalisme scolastique aristotélicien que la science moderne s’était constituée au siècle de Descartes , permettant ainsi à l’humanité européenne de se donner une nouvelle forme de civilisation, supérieure aux formes anciennes. Dans le langage et le système de Bolzano :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/10/09/le-langage-du-systeme-de-bolzano-1/

les idées sont de nature « lectologique » , n’existent pas dans le monde. Seulement elles ne réfèrent pas à des objets dans le monde ou des qualités de tels objets. L’exemple que je prends toujours est celui des Idées mathématiques : un cercle , un tenseur n’est pas un objet dans le monde. Mais sans ces Idées, impossible d’élaborer une théorie de la gravitation, et les humains en restent au stade des sauvages d’avant Newton, qui reçoivent sur la tête des pommes tombant de l’arbre mais n’en tirent rien, et certainement pas les vaisseaux qui naviguent dans le ciel intersidéral, comme dans le film de Kubrick « 2001 Odyssée de l’espace »

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