Herman Melville : Moby Dick

Le livre en pdf et traduit en français est ici :

http://tybbot.free.fr/Tybbow/Livres/Autre/moby_dick.pdf

ou bien :

https://www.weblitera.com/title/?id=59&lng=4&l=fr#.Wzedy4q-ihA

Jean Pierre Melville, dont le vrai nom était Grumbach , avait choisi son nom de cinéma d’après celui de l’écrivain, qu’il admirait.

https://www.criterion.com/current/posts/303-le-cercle-rouge-great-blasphemies

« The final effect of Le cercle rouge is to fling at the audience the same question the American Melville hurled in Moby-Dick: “Where do murderers go, man! Who’s to doom, when the judge himself is dragged to the bar?” As Huston said of Moby-Dick, Le cercle rouge is a great blasphemy « 

Achab est un personnage biblique, un roi d’Israel « impie »:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Achab_(roi)

« À la différence de nombreux rois d’Israël et de Juda, sa vie est très développée dans la Bible (plus de 6 chapitres du Premier livre des Rois[3]), sans doute à cause de ses démêlés avec le prophète Élie, qui a une grande importance dans la religion juive.

La Bible le présente comme un roi impie. Selon l’usage de l’époque, son alliance avec la Phénicie lui fit épouser Jézabel, une princesse phénicienne, et elle l’amena à honorer son dieu, Baal, auquel il éleva un temple. Cette alliance et le culte qui en résultait l’opposèrent aux prophètes qu’il persécuta, notamment Élie.« 

J’interprète la baleine blanche à la poursuite de laquelle se voue Achab dans le roman de Meville comme personnifiant le plan vital, c’est à dire que l’impiété d’Achab consiste à « traiter » le plan vital comme prenant la place du plan spirituel, ce qui est exactement la même idolâtrie que celle de l’Islam , qui est celle des nazaréens dits « judéo-chrétiens « 

https://legrandsecretdelislam.com

Le roman commence par « Appelez moi Ismael » :

https://www.persee.fr/doc/rfea_0397-7870_1997_num_71_1_1673

Peut être l’explication se situe t’elle dans cet ordre d’idées ?

La dernière partie de la chasse à la baleine blanche, qui se termine par la mort d’Achab dont le bateau est entraîné dans les profondeurs de la mer, est pleine d’images symboliques, on peut la lire ici :

https://www.weblitera.com/book/?id=59&lng=4&ch=137&l=fr#.WzeiMYq-ihA

« Il est des hommes qui meurent au jusant, d’autres à la marée basse, d’autres au paroxysme de la marée haute… et je me sens pareil à la vague ourlée d’écume et qui va déferler, Starbuck. Je suis vieux. Serrons-nous la main, homme.« 

« Oh ! Achab, s’écria Starbuck, il n’est pas trop tard, même en ce troisième jour, pour renoncer. Vois, Moby Dick ne te cherche pas ! C’est toi, toi seul qui le cherches dans ta folie !« 

« Achab chancela et porta la main à son front :

– Je deviens aveugle… hommes, tendez-moi la main que je puisse tâtonner encore pour trouver mon chemin. Fait-il nuit ?

– La baleine ! Le navire ! s’écrièrent les rameurs en se dérobant craintivement.

– Aux avirons ! aux avirons ! Abaisse-toi jusqu’en tes profondeurs, ô mer, qu’avant qu’il ne soit trop tard, Achab puisse glisser jusqu’à son but pour la dernière, l’ultime fois ! Je vois : navire ! le navire ! Souquez, hommes souquez ! Ne sauverez-vous pas mon navire ?« 

« Des cerises ? Je ne souhaiterais qu’être au pays où elles poussent. Oh ! Stubb, j’espère que ma pauvre mère a touché ma part de paie avant ce moment, sinon elle ne verra pas un sou, car le voyage est fini.

À l’avant du navire, les hommes à présent sont pétrifiés, le dernier geste qu’ils étaient en train de faire a figé dans leurs mains les marteaux, les morceaux de bordés, les lances et les harpons. Envoûtés, ils fixent la baleine, ils la regardent balancer de droite et de gauche son front, porteur du destin et contemplent le vaste demi-cercle d’écume que son élan soulève devant elle. Elle est la vision même du Jugement dernier, de la vengeance immédiate, de l’éternelle malice devant l’impuissance humaine. Le solide contrefort de son front blanc frappa la proue par tribord, faisant rouler les pièces de construction et les hommes. Quelques-uns s’abattirent face au sol. Comme des pommes de mât déboîtées, les têtes des harponneurs en vigie furent ébranlées sur leurs cous de taureaux. Par la brèche, ils entendirent s’engouffrer l’eau comme celle d’un torrent de montagne dans une rayère.

– Le navire ! Le corbillard !… le second corbillard ! s’écria Achab de sa baleinière, et dont le bois ne serait qu’un bois d’Amérique !

Plongeant sous le navire qui enfonçait, la baleine courut en frémissant le long de la quille, mais se retournant dans l’eau, elle réapparut promptement à la surface, loin de l’étrave, par bâbord, mais à peu de distance de la baleinière d’Achab. Et là, elle se tint immobile un moment.

– Je me détourne du soleil. Ohé, Tashtego, fais-moi entendre ton marteau. Oh ! vous mes trois mâts invincibles… toi, contre-quille intacte… coque par Dieu seul intimidée… toi, ferme pont, barre fière, proue pointée vers le Pôle… navire à la mort glorieuse, devras-tu périr sans moi ? Suis-je frustré de la dernière satisfaction d’orgueil du plus misérable des capitaines ? Oh ! solitaire mort après une vie solitaire ! Oh ! je sens à présent que mon extrême grandeur est dans ma douleur extrême. Oh ! accourez des plus lointains rivages pour gonfler, ô vagues intrépides de toute ma vie passée, cette lame unique de ma mort qui va déferler ! Vers toi je roule, baleine destructrice qui ne récolte que le néant, je suis aux prises avec toi jusqu’au dernier instant, du cœur de l’enfer je te frappe, au nom de la haine je crache contre toi mon dernier souffle. Sombrez tous cercueils, tous corbillards dans la mare commune puisque nuls ne peuvent êtres miens, que je sois déchiqueté et lié à toi en te chassant, baleine maudite ! C’est ainsi que je rends les armes !« 

La fin.

«  Et le harpon fut lancé, la baleine frappée chargea, la ligne courut dans son engoujure en s’enflammant, puis se noua. Achab se pencha pour la démêler et il y parvint, mais le nœud coulant en plein vol lui enserra le cou et sans voix, comme la victime des bourreaux muets des sultans, il fut emporté hors de la baleinière avant que les hommes aient eu le temps de s’en apercevoir. L’instant d’après, la lourde épissure à œil de l’extrémité de la ligne gicla hors de la baille vide, renversa les canotiers et, frappant la mer, disparut dans les profondeurs.

L’équipage pétrifié resta un moment immobile, puis se retourna : « Le navire ? Grand Dieu, où est le navire ? »

Bientôt ils le virent dans une atmosphère trouble, bouleversante, fantôme évanescent, vu comme à travers les brouillards de la fée Morgane. Seuls les trois mâts émergeaient encore et soit aberration, fidélité, ou destin, au sommet de leurs perchoirs élevés, les harponneurs païens guettaient toujours la mer. Maintenant, les cercles concentriques se resserrèrent autour de la baleinière esseulée et de son équipage, saisissant chaque aviron qui flotte, chaque hampe de lance, les êtres animés, les objets inanimés, les emportant en rond dans un unique maelström, leur dérobant la vue de la plus petite épave du Péquod.

Mais tandis que les derniers tourbillons se refermaient sur la tête de l’Indien au grand mât, laissant encore émerger sa flèche ainsi que le penon qui flottait paisiblement de toute sa longueur, la dérision d’une coïncidence voulut qu’au-dessus des lames destructrices qui le touchaient presque, un bras rouge tenant un marteau sortit de l’eau et d’un geste large, se mit à clouer plus fort et toujours plus fort le drapeau à l’espar qui pointait encore. Un aigle de mer avait suivi, provoquant, la descente du grand mât loin de sa vraie demeure parmi les étoiles, harcelant Tashtego en piquant du bec le drapeau ; son aile se mit à battre entre le marteau et le bois et, sentant aussitôt ce frisson éthéré, le sauvage noyé, dans la convulsion de son agonie, le cloua.

Ainsi l’oiseau du ciel au cri d’archange, le bec impérial levé, le corps captif du drapeau d’Achab, sombra avec son navire qui, tel Satan, ne descendit pas en enfer sans avoir entraîné à sa suite une vivante part de ciel pour s’en casquer.

Et maintenant de petits oiseaux volaient en criant au-dessus du gouffre encore béant, une blanche et morne écume battait ses flancs escarpés, puis tout s’affaissa, et le grand linceul de la mer roula comme il roulait il y a cinq mille ans.

A la suite vient l’épilogue, la fin du récit d’Ismael , qui cite le livre de Job :

https://www.weblitera.com/book/?id=59&lng=4&ch=138&l=fr#.WzelTYq-ihA

« 
Et je me suis échappé, moi seul, pour t’apporter cette nouvelle…

JOB.

Le drame est joué. Pourquoi, dès lors, quelqu’un s’avancera-t-il ? Parce que quelqu’un survécut au naufrage.

Il arriva qu’après la disparition du Parsi le destin me désigna pour premier rameur de la baleinière d’Achab, Achab prenant la place du disparu. C’est moi qui me trouvai abandonné à l’arrière lorsque trois hommes furent jetés à l’eau. Ainsi, surnageant loin de cette scène, pourtant tout entière livrée à mon regard, l’aspiration du navire qui sombrait m’attira lentement vers son tourbillon. Quand je l’atteignis, ce n’était plus qu’un étang mousseux. Et je tournai et tournai, me rapprochant sans cesse de la bulle noire au centre de cette roue en mouvement. Je tournai, tel un nouvel Ixion, jusqu’à ce qu’ayant atteint ce point vital, la bulle noire gonfla et creva entraînant dans son effort, et grâce à sa flottabilité, le cercueil-bouée qui, projeté avec force, bondit sur l’eau, se renversa et vint en surface à mes côtés. Soutenu par ce cercueil pendant près d’un jour et d’une nuit, je flottai sur un Océan qui chantait doucement un hymne funèbre. Les requins inoffensifs glissaient, muselés, autour de moi et les aigles sauvages de la mer avaient le bec au fourreau. Le second jour, une voile approcha, toujours plus près et me recueillit enfin. C’était l’errante Rachel qui, rebroussant chemin, en quête de ses enfants perdus, n’avait trouvé qu’un autre orphelin.

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