#ErosEtAgape une nouvelle interprétation de « La montagne magique » de Thomas Mann

Ce livre extraordinaire, véritable Grand Œuvre hermétique, a déjà été évoqué ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/04/18/lamour-selevera-til-un-jour-mais-quel-amour-eros-ou-agape/

Et le thème des l’amour y est crucial à travers la fin :

« Et c’est ainsi que, dans la mêlée, dans la pluie, dans le crépuscule, nous le perdons de vue.
Adieu, Hans Castorp, brave enfant gâté de la vie ! Ton histoire est finie. Nous avons achevé de la conter. Elle n’a été ni brève ni longue, c’est une histoire hermétique. Nous l’avons narrée pour elle-même, non pour l’amour de toi, car tu étais simple. Mais en somme, c’était ton histoire, à toi. Puisque tu l’as vécue, tu devais sans doute avoir l’étoffe nécessaire, et nous ne renions pas la sympathie de pédagogue qu’au cours de cette histoire nous avons conçue pour toi et qui pourrait nous porter à toucher délicatement de la pointe du doigt le coin de l’œil, à la pensée que nous ne te verrons ni ne t’entendrons plus désormais.
Adieu ! Tu vas vivre maintenant, ou tomber. Tes chances sont faibles. Cette vilaine danse où tu as été entraîné durera encore quelques petites années criminelles et nous ne voudrions pas parier trop haut que tu en réchapperas. À l’avouer franchement, nous laissons assez insoucieusement cette question sans réponse.

Des aventures de la chair et de l’esprit qui ont élevé ta simplicité t’ont permis de surmonter dans l’esprit ce à quoi tu ne survivras sans doute pas dans la chair. Des instants sont venus où dans les rêves que tu gouvernais un songe d’amour a surgi pour toi, de la mort et de la luxure du corps.

De cette fête de la mort, elle aussi, de cette mauvaise fièvre qui incendie à l’entour le ciel de ce soir pluvieux, l’amour s’élèvera-t-il un jour ?

FINIS OPERIS. »

mais c’est aussi le thème principal du livre avec l’histoire de Claudia Chauchat et Hans Castrop qui deviennent amants au cours d’une « nuit de Walpurgis ». Puis Claudia quitte le sanatorium de Davos la matinée suivante, assurant qu’elle reviendra, et lorsqu’elle revient c’est en compagnie du richissime et truculent Mynheer Peperkorn comme protecteur et amant. Et lorsque celui ci meurt (il se suicide parce que la vieillesse l’empêche de profiter de la vie comme il le souhaite) Claudia et Hans renoncent à redevenir amants dans un « grand renoncement « et Claudia repart, définitivement cette fois. . C’est à dire qu’Eros n’a pas le dernier mot. Dans la perspective de la fin , cela ne peut être compris que comme la défaite d’Eros supplanté par Agapé :

« Des aventures de la chair et de l’esprit qui ont élevé ta simplicité t’ont permis de surmonter dans l’esprit ce à quoi tu ne survivras sans doute pas dans la chair. Des instants sont venus où dans les rêves que tu gouvernais un songe d’amour a surgi pour toi, de la mort et de la luxure du corps.« 

fait allusion à ces péripéties : le songe d’amour qui a surgi pour Hans et Claudia est né de leur passion érotique lors de la « nuit de Walpurgis » à l’occasion de la fête de la St-Sylvestre au sanatorium , mais sans le « grand renoncement «  cela reste un songe, sans aucun poids.

L’Amour-Agapé universel ne peut émerger que du renoncement à Éros qui est indivisiblement génération (sexe) et mort. Comme on le comprend lors de la fin du beau film de Michael Cimino « Voyage au bout de l’enfer » en 1978 :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/03/08/voyage-au-bout-de-lenfer-la-roulette-russe-comme-guerre-contre-le-plan-vital-en-personne/

Nick est fasciné par la mort possible lors de ces tournois de roulette russe où il est champion invaincu, c’est quasiment une addiction sexuelle qui le force à revenir et revenir encore à la table de jeu jusqu’à ce que les lois de la probabilité l’emportent et qu’il trouve la mort parce qu’une balle était dans le barillet .

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