#ErosEtAgape l’empire des sens (1976) : la véritable histoire d’Abe Sada

L’empire des sens sorti en 1976 est ici :

https://m.ok.ru/video/36308126278

L’histoire de ce film est celle d’Abe Sada :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Sada_Abe

une ancienne prostituée qui en mai 1936 , à l’age de 31 ans, tua son amant par étranglement , au cours de jeux « sexuels » à dominante « mystique ( l’homme était d’accord et ne s’est pas défendu) , puis elle lui trancha le sexe et erra plusieurs jours dans Tokyo avant d’être retrouvée et arrêtée par la police, portant les « parties intimes tranchées de son amant Kichizo dans la ceinture de son kimono)

Ce film documentaire raconte son histoire (leur histoire ?) . Elle affirma aux enquêteurs qu’elle avait tué cet homme parce qu’ils s’aimaient d’un amour absolu, pour ne faire plus qu’un avec lui et pour que le plaisir de leur union ne se termine plus jamais et soit en quelque sorte éternel :

Un film sur Abe Sada a également été réalisé en 1975 :

Comme on le sait le grand Yukio Mishima a tenté en 1970 de retenir le Japon sur la pente tragique sur laquelle celui ci glissait, par la faute des japonais eux mêmes, depuis 1945 . Voyant qu’il avait échoué et que sa tentative de coup d’état ne déclenchait que l’hilarité et l’hostilité des officiers japonais qu’il essayait de rallier à sa cause, il se « suicida » lors d’un « seppuku » traditionnel, assisté par l’un de ses compagnons

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Hara-kiri

Je ne sais pas si l’on peut parler de suicide à ce propos, n’ayant que des connaissances très limitées sur la spiritualité japonaise . Quoiqu’il en soit il mourut et le Japon continua sa chute accélérée vers le néant d’aujourd’hui, mais nous connaissons cela en Europe et surtout dans la France championne du monde de Macron et Benalla.

« Le pavillon d’or » est un roman du grand Mishima , racontant l’histoire d’un moine bouddhiste novice qui mit le feu à ce qu’il connaissait de plus beau et de plus admirable : le temple du Pavillon d’or. Ce jeune homme connut avant son acte de destruction une sorte d’initiation sexuelle avec une prostituée . Je n’ai pas le livre sous les yeux être répugne à en parler ici, surtout compte tenu de l’importance de ce sujet:
la vie, la mort, le sexe, bref ce que j’appelle ici le « plan vital » et la Beauté «  éternelle » ou plutôt « atemporelle » ,ce que j’appelle ici « plan internel ». Mais il serait intéressant de relire ce livre dans l’optique des questions qui sont posées ici.

Bien entendu , la plupart des réactions primaires à cette histoire, surtout en Occident « libéré » et « démocratique «  (y compris donc le Japon depuis les années 70, tendront à conclure : » quoi ?!! Une histoire de sexe qui se terminerait par un assassinat horrible ? Cela ne peut qu’être dû à des résidus de la mentalité archaïque japonaise d’avant la seconde guerre mondiale «  comme cela est d’ailleurs suggéré dans le film documentaire par la scène dans « L’empire des sens «  où Kichizo va faire un tour et croise un régiment montant au front alors que la foule nationaliste donc méchante agite des drapeaux. Heureux encore si l’acte d’Abe Sada n’est pas considéré par nos modernes « intellectuels de gauche » admirateurs des LGBT comme une révolte féministe contre la « mentalité patriarcale ».

L’Un est conçu ici comme le plus haut principe de la spiritualité, mais le grand danger est de comprendre ce principe comme Un séparé, transcendant , comme dans le Coran et un peu comme dans la Torah et l’Evangile , ainsi d’ailleurs que chez les néo-platoniciens

Cet article :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/01/15/le-principe-dunite-dans-le-coran-et-la-torah/

fait la différence entre Coran (sourate 112) et le « Shma’ Israël «  dans la Torah (au Deutéronome ) en rattachant les deux livres aux deux logoi ou Verbes distingués philosophiquement par Léon Brunschvicg : Verbe-langage extérieur ( Coran) et Verbe Raison intérieur (Bible )
Mais cette distinction peut être appliquée à l’acte quasi-rituel d’Abe Sada (avec l’assentiment de son amant Kichizo et même à la demande de celui ci ) . Plus qu’un meurtre , c’est une sorte de sacrifice où les deux amants, la sacrificatrice et le sacrifié, espèrent accéder à l’Un en se fondant l’un en l’autre pour « l’éternité ». C’est en tout cas ce que laisse comprendre de ce type acte le film « L’empire des sens » qui certes date de 1976 donc une œuvre déjà entachée de la mentalité occidentale moderne qui ne peut plus rien comprendre à rien (sauf peut être les expéditions nocturnes et alcoolisées dans les cimetières, ayant des visées nécrophiles). Mais c’est aussi le cas à mon avis de la tentative « érotico-mystique «  de 1936. La fusion recherchée par les amants dans l’acte sexuel et son intensification dans l’acte sacrificiel rituel de 1936 est un exemple de l’union « de personne à personne «  que Léon Brunschvicg oppose à l’union « d’esprit à esprit «  comme dans ce passage au chapitre 1 de « Raison et religion »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

« Par sa vie et par sa mort, Socrate a enseigné que la justice P029 doit être conçue et suivie pour elle-même dans une subordination radicale, dans un oubli joyeux, de tout avantage personnel. La seule récompense qui soit digne de l’âme juste, c’est précisément d’être cette âme juste ; et, de même, celui qui aime véritablement aime pour aimer et non pour être aimé. Il est incapable de supporter que la prévenance ou la froideur des autres, leur reconnaissance ou leur ingratitude, disposent de ses propres sentiments. Spinoza, à la cinquième partie de l’Éthique, démontre le théorème XIX : il est impossible que celui qui aime Dieu désire que Dieu l’aime à son tour. La religion rationnelle aura pour caractère qu’elle nous rend capable d’aimer Dieu pour lui, non pour nous.
Mais ce n’est là qu’une solution spéculative. La victoire d’un tel idéalisme n’est-elle pas imaginaire ? Nous est-il loisible d’admettre que le moi se dépersonnalise et se spiritualise jusqu’à trouver son centre dans un plan de conscience que les fonctions d’origine physiologique ou sociale n’atteignent pas ?
On sait avec quelle finesse, avec quelle vigueur, La Rochefoucauld a contesté cette aptitude du moi à rompre son attache égoïste. Faisant justice de tous les sophismes, de toutes les équivoques, accumulés autour de la notion de personne, allant au-devant des investigations auxquelles la psychanalyse contemporaine doit ses succès les plus notables, il dénonce l’apparence de désintéressement que l’amour-propre revêt pour se dissimuler à lui-même comme aux autres : « Il vit partout et il vit de tout, il vit de rien ; il s’accommode des choses et de leur privation ; il passe même dans le parti des gens qui lui font la guerre, il entre dans leurs desseins ; et, ce qui est admirable, il se hait lui-même avec eux, il conjure sa perte, il travaille même à sa ruine » (Maxime 1re de 1665).« 

et quelques lignes plus loin :

« Il importe donc avant tout de nous mettre en garde contre la tendance à incarner et à matérialiser le moi dans le « système clos » d’une chose en soi. Si la vie spirituelle s’ouvre avec la personne, cela ne veut nullement dire qu’elle se ferme sur la personne. Dans l’ordre juridique, lorsqu’il s’agit de créer des rapports entre les hommes, la personnalité constitue une barrière infranchissable aux influences extérieures, qui commande le P031 respect réciproque des croyances et des volontés, la liberté entière des expressions et des actes qui les traduisent. Mais si nous transportions l’ordre juridique dans le plan de la religion, alors nous serions dupes d’une sorte de projection du dehors sur le dedans, nous briserions l’élan de pensée qui ne saurait se poursuivre sans un détachement continu à l’égard du centre organique, de la conduite sociale, du passé révolu. Au moi strictement personnel s’oppose le moi réellement spirituel, source impersonnelle de toute création véritable.
Une semblable opposition est, à nos yeux du moins, irréductible et fondamentale. Ce que nous sommes devant nous-même décidera de ce que nous serons devant Dieu, ou, plutôt encore, de ce que Dieu sera devant nous et pour nous. Auquel des deux moi la religion devra-t-elle s’attacher, au moi enfermé dans la définition sociale de l’individu, limité à la périphérie de l’organisme, moi dont les titres s’inscrivent sur les cartes de visite et sur le tombeau ; ou bien au moi qui fonde le premier et qui le juge ? Sur ce point capital, la pensée moderne se partage.« 

La pensée moderne occidentale se partage , mais la réponse de Brunschvicg , inspirée par Descartes, est évidemment que la religion véritable , qui est « renoncement à la mort donc à la personne » devra s’attacher au Moi spirituel . Quant à l’Orient , il décrète que le Moi est de l’ordre de l’illusion individuelle , et que la libération consiste à… se libérer de cette illusion.

Brunschvicg reste comme Descartes fidèle à l’esprit de l’evangile , comme en témoigne la fin de ce chapitre 1:

« Il reste alors à savoir si cet attachement invincible à ce qui nous constitue dans la racine et l’originalité de notre individu, si cette préoccupation du salut qui rive le moi à son centre d’intérêt personnel, qui lui interdit de se dépasser à l’intérieur même de son être et de s’oublier absolument, est elle-même salutaire. Et là-dessus encore l’Évangile avertit d’avoir à longuement réfléchir : Quiconque cherche à sauver son âme la perd, et quiconque l’aura perdue la vivifiera (Luc, XVII, 33).
A la lumière d’une telle parole, nous comprendrons Descartes. P032 Lorsque dans la suite des Méditations il demande au sujet pensant de se replier sur soi pour y retrouver le fondement inébranlable de l’existence, il ne nous propose pas une opération simplement psychologique ; ce qu’il découvre comme constitutif de son être, c’est la pensée, telle qu’elle se manifeste effectivement par la création de l’analyse mathématique et de la physique rationnelle. Or, cette connexion de l’intime et de l’universel, liée au désintéressement et à la générosité de la raison, témoigne d’une présence autre qu’individuelle, celle que le vieil Héraclite invoquait déjà, et qui va permettre à Descartes de formuler le principe du spiritualisme religieux : « J’ai en quelque façon premièrement en moi la notion de l’infini que du fini, c’est-à-dire de Dieu que de moi-même »« 

Dans l’acte d’amour physique , et le sacrifice de 1936 ne sort pas vraiment de ce cadre, puisqu’il arrive à l’issue d’un « marathon d’amour » , les amants parviennent à une union de « corps à corps » si l’on veut et de « personne à personne «  , mais à l’union « d’esprit à esprit » qui seule permet aux deux consciences séparées d’accéder à l’Un qui ne doit pas être conçu comme dans les (fausses, enlisées dans le plan sensible ) religions comme « Un séparé » (Dieu qui est ) mais comme opération radicalement immanente à la conscience intellectuelle, celle qui juge.

Au début de ce chapitre 1, Brunschvicg écrit encore :

« C’est évidemment un préjugé de prétendre qu’en remontant vers l’élémentaire et le primitif nous nous rapprochons d’un fond permanent sur quoi nous devrions appuyer le redressement du sentiment religieux. Bien plutôt, un effort méthodique est requis afin d’arracher à la nuit de l’inconscience le résidu de l’élémentaire et du primitif, afin d’en faire décidément justice. Or, en travaillant pour découvrir le visage de cet ennemi invisible à travers les artifices séculaires par lesquels l’homme s’est déguisé à lui-même son égoïsme radical, on s’aperçoit que ces artifices portent en quelque sorte malgré eux témoignage d’une vocation de désintéressement. Ils préparent le mouvement de conversion par lequel, de Dieu à l’homme, la communication intime entre esprit et esprit prendra la place de la relation externe entre personne et personne. C’est le moment de rappeler la rude et salutaire parole de Hamann, que Kant aimait à citer : la connaissance de soi, c’est la descente aux enfers, qui ouvre la voie de l’apothéose ; parole que nous prierons qu’on ne perde pas de vue au cours des réflexions qui suivent. »

Bref cette pensée amoureuse vraiment religieuse, qui seule peut surmonter la mort (en « renonçant à la mort «  dernier artifice de la personne ):

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/12/lamour-agape-est-une-pensee/

elle ne sera pas découverte en remontant vers un prétendu « âge d’or » (comme René Guénon qui affirmait l’unicité de la Tradition Primordiale lors d’un âge très ancien) .

Elle sera trouvée lors d’un mouvement de conversion par lequel « la communication d’esprit à esprit remplacera celle propre à l’ordre juridique du plan vital de personne à personne «  . Cette « conversion véritable «  qui est le sommet de la pensée brunschvicgienne dans « De la vraie et de la fausse conversion »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

est l’objet du livre de Marie Anne Cochet «  Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Brunschvicg » qui est étudié ici dans le hashtag :

#CochetBrunschvicg

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/07/08/cochetbrunschvicg-letude-chronologique-dune-philosophie-et-le-present-internel-de-la-reflexion/

Les amants , même lors d’un sacrifice sanglant, ne parviennent pas à cette « union d’esprit à esprit «  qui est la véritable « montée au ciel «  mais les soldats qui sacrifient leur vie au front (ou dans des opérations kamikaze ) non plus :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/04/10/retour-sur-nos-annees-folles-dandre-techine-monter-au-front-est-ce-monter-au-ciel/

et c’est le mérite de René Guénon d’avoir réaffirmé la supériorité des brahmanes sur les kshatriyas, du jnana yoga sur le bhakti yoga et le karma yoga, et (pour ce qui est de la pensée de Brunschvicg commentée par Marie Anne Cochet ) de la
Réflexion intellectuelle sur l’action même prenant le masque de l’altruisme « révolutionnaire «  ou à notre époque, du combat pour les « droits de l’homme « . Seule la vraie conversion fera refluer les « eaux glacées du calcul égoïste «  et c’est cela le jour où « l’amour s’élèvera « :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/04/18/lamour-selevera-til-un-jour-mais-quel-amour-eros-ou-agape/

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