#CochetBrunschvicg 24 #ScienceInternelle ni monisme ni dualisme

Venant à la suite de :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/07/08/cochetbrunschvicg-letude-chronologique-dune-philosophie-et-le-present-internel-de-la-reflexion/

J’ai toujours insisté que le dualisme apparent entre plan vital et plan internel dans l’Ouvert :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/a-propos-de-ce-blog-plan-vital-et-plan-spirituel-dans-leur-dualite-qui-est-louvert/

ne peut pas être le denier mot de la Science internelle , parce qu’aucun dualisme ne saurait satisfaire l’esprit, qui est de part en part volonté d’unité :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/22/individuation-universel-et-liberte-le-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/
« Il n’y a rien à chercher dans l’esprit au delà de l’unité”
“C’est le fondement infondé de l’esprit : celui ci n’a pas à chercher la raison de sa volonté d’unité , il est unification”

« Du point de vue de l’esprit -et il n’y a pas d’autre point de vue pour l’être pensant qu’est l’homme- il n’y a qu’un monde, le monde de la conscience”

« l’enjeu philosophique fondamental de cette analyse est la prise de conscience de l’activité créatrice de l’esprit dans les progrès de l’intelligence du réel, ce qui revient, mais par une autre voie que celle de Spinoza, à retrouver la conscience de soi du sage de l’Ethique, une conscience qui n’est plus enfermée dans une individualité particulière , et qui se confond avec la réflexivité des idées vraies (savoir, c’est savoir qu’on sait)une conscience qui exprime la Pensée, cet attribut infini de l’Etre infini et qui réalise l’identité de la puissance vive d’intellection qui est en nous et de la vérité effective. Conscient de soi, du monde et de Dieu »

Nous retrouvons ici les trois axes du Moi, du monde et de Dieu, des trois oppositions fondamentales dans les trois premiers chapitre de « Raison et religion »:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/07/27/brunschvicgraisonreligion-les-trois-oppositions-fondamentales-ou-les-trois-axes-du-mouvement-de-conversion-spirituelle-dans-raison-et-religion/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/07/brunschvicgintroduction-suite-du-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/

De façon analogue, la pensée la plus haute qui se dégage des Unpanishads n’est ni un polythéisme ni un monothéisme, ni , au niveau strictement métaphysique, un monisme ni un dualisme, mais un non-dualisme (advaita), le non-dualisme de Shankara. Il est surprenant que ces penseurs qui n’avaient pas accès à la science, seulement découverte en Europe au 17 eme siècle, aient pu s’avancer aussi loin dans la connaissance métaphysique, laissant loin derrière eux le réalisme et les différentes superstitions propres aux peuplades ignorantes comme d’ailleurs les prétendues avancées métaphysiques des arabo-musulmans ou des juifs comme celles de l’Europe chrétienne avant le « déplacement dans l’axe de la vie religieuse «  au 17ème siècle. La pensée hindoue , à travers les six « darshanas » (points de vue ) contient déjà les représentations de l’Occident moderne.
Mais, comme le dit Marie Anne Cochet (Page 25):

« Après que l’intelligence a eu le rude pouvoir d’effacer les mirages de la foi, trop souvent le rationalisme a reporté la croyance sur les lois du raisonnement . Le mouvement de l’esprit a été pris pour l’esprit lui même ; on a posé la rigidité du mécanisme et du déterminisme sur le libre jeu intellectuel qui les avait engendrés »

C’est pour cette raison que la merveilleuse liberté du sage au livre V de l’Ethique ne contredit pas l’implacable déterminisme des quatre premiers livres, mais se situe à un niveau au dessus. C’est qu’il faut se méfier des faux absolus comme le dit Mioara Mugur Schachter:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/05/31/la-methode-de-conceptualisation-relativisee-mcr-et-de-systemique-relativisee-sr-et-la-theorie-des-id/

« Déterminisme et mécanisme n’atteignent la vie humaine qu’aux époques sociales où l’homme les instaure en absolus. Nul n’attente à sa liberté que lui, ses passions et ses croyances. Le porteur du jugement doit donc encore se libérer de la fixité dans la chose jugée s’il ne veut pas, de nouveau, se représenter et présenter aux autres , un mirage, encore. »

Un tel mirage est celui qui sort de « l’ombre des Lumières «  au 18ème siècle et contamine notre époque « démocratique » dont le nouveau sacré se nomme « droits de l’homme «  , exemple typique de faux absolu : si toutes les croyances ne sont pas traitées comme « égales » alors il y a « discrimination » et l’humanité est en danger. Seulement nul n’attente aux libertés humaines que l’humanité elle même, ses passions et ses croyances; quand le mouvement de l’esprit est pris pour l’esprit lui même, il y a instauration d’un faux absolu , et les sacro-saints « droits de l’homme «  en sont un exemple actuel, attentatoire aux libertés comme on le découvre avec effarement : « l’antiracisme sera le stalinisme du 21eme siècle «  comme dit Finkielkraut , qui ne peut tout de même pas aller jusqu’à dire que ce sera, c’est déjà le « nazisme du 21eme siècle «  ce qui est pourtant l’affolante vérité:

https://www.ouest-france.fr/monde/migrants/migrants-une-activiste-suedoise-empeche-l-expulsion-d-un-migrant-afghan-dans-un-avion-5896174

Car Elin Ersson ne parle pas de ce qui est arrivé à une autre Elin, Elin Krantz, en 2010

http://www.contre-info.com/viol-et-meurtre-dune-suedoise-antiraciste-parmi-tant-dautres

Mais revenons au commentaire de Marie Anne Cochet, qui morte immédiatement après la guerre n’a au moins pas assisté à la destruction de l’Europe au 21 eme siècle par les faux absolus qu’elle a elle même (l’Europe) mis en place .

« Le jugement humain n’est jamais que la courte halte sur la route qui mène à un jugement plus vrai, car la vérité n’est jamais épuisée, car elle manifeste le pouvoir unificateur de l’esprit qui ordonne un multiple, inépuisable aussi. Esprit-vérité. Le rythme qui relie l’un à l’autre est le double battement d’un seul mouvement, pulsation de vie spirituelle comme le battement du cœur est la pulsation vitale du corps. »

Mais c’est ici que vient le passage crucial : ni le dualisme ni le monisme ne sont vrais :

« Cette notion de vérité , acte de présentification en dehors duquel rien n’existe, ne doit pas rester confuse. Malgré le dédoublement qui résulte du passage du présent éternel au présent chronologique essentiellement fuyant, il ne s’agit pas d’un dualisme, car rien n’est séparé dans l’acte spirituel. Il ne s’agit pas non plus d’un monisme, la notion d’un tout accomplissant justement cet arrêt, qui trahit l’acte de l’esprit. Il s’agit d’une propagation de ce pouvoir unitif qui exprime seul le pouvoir d’actualisation, qui soutient le monde des corps et celui de la pensée. Il ne faut pas confondre ce pouvoir du lien, par lequel l’intelligence saisit les choses dans son double mouvement, d’abord en les attachant par une succession chronologique, ensuite en les intégrant toutes dans chacune de leurs articulations séparées , avec une procession de l’un vers le multiple et un retour du multiple vers l’un, selon le mode plotinien. Ceci pour deux raisons :
1 toute procession est chronologique et n’exprime que le terme médiat de l’esprit, son expression diminuée

2 l’un n’est pas transcendant, mais exprimé adéquatement par l’immanence ; c’est par elle qu’il est inséparable du réel, contenu en chacun de ses termes et les contenant tous, connus et inconnus. En vertu de la conception de la vérité telle que nous l’avons exposée et de la connaissance intégrale qui en résulte, la transcendance est ici absolument écartée. Car une Transcendance ne peut se poser que par un jugement ou une croyance affirmative. Mais un jugement de Transcendance seraittranscendant lui même à la chose jugée, qui dépendrait de lui . Et une affirmation la rendrait dépendante d’une croyance, sans vérification possible . La notion de foi exclut celle de vérité ; car une notion connue vraie n’est plus objet de foi et d’une notion mystérieuse, on ne peut savoir si elle est vraie ou fausse. C’est pourquoi les croyants ne peuvent affirmer leur foi que par le martyre, qui d’ailleurs ne prouve aucune vérité. C’est pourquoi Galilée n’avait pas besoin de mourir pour que sa science soit vraie.
L’immanence au contraire est vérifiée sitôt connue, puisqu’elle est l’acte même de présentification »

Pour récapituler : le dualisme ce serait que la dualité entre monde et Esprit , entre plan vital et plan de l’Idée, soit irréconciliable . Cela revient à nier le pouvoir unificateur et ordonnateur de l’esprit , dans son activité libre et son résultat le plus récent et le plus élevé : la science. Cela revient à l’athéisme et au désespoir contemporain, par désorientation de la pensée. Entendons nous : l’athéisme dont je parle ne consiste pas à nier l’existence du Dieu , ou des dieux, des religions existantes ou ayant existé . Cela consiste à nier la capacité de l’intelligence à comprendre et ordonner le monde, à nier la capacité d’unification de l’esprit.

Mais on ne peut unifier que le multiple . Le monisme ce serait de décréter que « Tout est Un «  ( « Εν το Παν« ) sans que l’Esprit ait à intervenir dans son libre jeu. Ou bien de décréter que le travail spirituel d’unification s’arrête en un Tout, que la succession chronologique stoppe en un point :

« Que voulez vous ? L’éternité était usée, il faut bien faire une fin !»

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Romans_et_Contes_de_Théophile_Gautier/Le_Club_des_Haschischins

Ni l’un ni l’autre n’est vrai. L’Un est immanence radicale à l’esprit humain , qui est unification , pouvoir d’ordonner le multiple. Le multiple c’est le monde, le plan vital , qui est fini (l’Infini, c’est Dieu, c’est l’esprit) mais inépuisable, ce qui veut dire que l’activité spirituelle ne s’arrête jamais : il y a toujours du multiple à unifier . Que le monde soit fini signifie qu’il ne peut pas contenter l’esprit de l’homme:

Fini mais inépuisable

https://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft3101.htm

« 
Toutes choses sont toujours en mouvement; personne n’est capable d’en rendre compte. L’œil n’en a jamais assez de voir, ni l’oreille ne se lasse d’entendre. »

« L’obscurité » est une nouvelle bouleversante de Philippe Jaccottet

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L’Obscurité

racontant la chute dans le désespoir d’une incroyable brutalité du « Maître «  , un philosophe-poète , chute à laquelle assiste un ancien disciple revenant d’un séjour à l’etranger
J’ai consacré un blog à ce livre :

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/philippe-jaccottet-lobscurite/

Or la chute du « Maître » s’illustre par un propos sur la vérité :

« rien n’est vrai, rien n’est, hormis le mal de le savoir »

l’exact contrepied du propos de Marie Anne Cochet :

« la vérité n’est jamais épuisée, puisqu’elle manifeste le pouvoir unificateur de l’esprit qui ordonne un multiple, inépuisable aussi « 

comme aussi celui de Brunschvicg à la fin d’ »Introduction à la vie de l’esprit » :

« La vie , comme l’univers, est bonne, absolument bonne, du moment que nous avons su la porter et l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité et de la mort »

L’explication se situe dans le caractère de l’univers (ou du plurivers) : fini mais inépuisable pour une conscience humaine.

Cela veut dire que le travail de vérité dans la science n’aura jamais de fin temporelle .

Cependant il y a quelque chose de plus dans ce que dit Brunschvicg : « l’univers, le fini, est absolument bon « 

Il est bon , non comme occasion de jouissance, mais comme réceptacle de notre esprit, occasion pour notre intelligence de travailler :

«  et une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit, il est incapable de nous rien renvoyer, si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit « 

« Les obstacles qu’on dresse devant nous, les haines qu’on nous manifeste, ne servent qu’à purifier et approfondir notre amour des hommes »

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