La scène centrale de « SECONDS » (1966) de John Frankenheimer

La scène , qui évoque la signature par Faust du pacte vendant son « âme «  est ici :

Voici mon article sur ce film extraordinaire faisant partie ( avec « Sept jours en Mai «  et « Un crime dans la tête ») de la « trilogie paranoïaque «  de John Frankenheimer :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/05/21/john-frankenheimer-seconds-loperation-diabolique-1966/

Mais Paramount a fait supprimer la vidéo de YouTube !

Quel est le sens de cette scène ?

Le banquier Arthur Hamilton (John Randolph) , un homme vieillissant et arrivant à la fin de sa vie et de sa carrière, est « approché » par une mystérieuse « organisation » qui propose à de riches clients vieillissants de leur accorder une « nouvelle vie «  dans un corps plus jeune et plus séduisant (par une chirurgie adaptée) . Leur mort sera simulée dans un accident et tout le monde , y compris la police, les croira morts. Ils pourront laisser de l’argent à leur famille, l’organisation y veillera . Et une fois l’opération diabolique effectuée, l’homme se retrouvera sans attaches et sans responsabilités, avec le métier qu’il souhaite et qui correspond à ses talents, pouvant démarrer une nouvelle existence . « Rebirth » : cela évoque évidemment la nouvelle naissance dans l’Evangile de Jean:

http://www.avoir-la-foi-en-dieu.fr/evangile_selon_jean/la_nouvelle_naissance.htm

http://www.prionseneglise.fr/Les-textes-du-jour/Evangile/Evangile-de-Jesus-Christ-selon-saint-Jean-3-1-8

« Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : Personne, à moins de renaître, ne peut voir le règne de Dieu. » Nicodème lui répliqua : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux ? Est-ce qu’on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois ? »
Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : Personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n’est que chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit qu’il vous faut renaître. Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu’il fait, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l’Esprit. »« 

Sauf qu’ici on reste dans le monde de la chair, dans le plan vital, alors que la nouvelle naissance est naissance à l’Esprit, sur le plan internel ( et selon moi sans passer par la mort, en cette vie même qui est la seule qu’ait un individu )

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/09/chris-marker-la-jetee-1962-mais-lesprit-humain-achoppait-se-reveiller-dans-un-autre-temps-cetait-naitre-une-seconde-fois-adulte/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/10/seconds-1966-de-john-frankenheimer-la-seconde-naissance-travestie-par-la-nouvelle-vie/

Quelle scène extraordinaire ! Arthur Hamilton sent bien qu’on veut lui forcer la main, Will Geer joue le chef de l’organisation , il s’efforce de persuader Hamilton « qu’il n’y a plus rien » , que tout a déjà sombré dans le Néant , amour conjugal, famille , amis et il y réussit très bien . Il persuade Hamilton qu’aucun retour en arrière n’est possible tout simplement parce que le banquier ne le souhaite pas lui même . Revenir en arrière, ce serait faire retour vers la « vanité » dont il a lui même reconnu le néant . Et à la fin Hamilton cède , parce que toutes ses défenses sont enfoncées , et signe le contrat : « I believe in you « 

Et après « l’opération diabolique «  Arthur Hamilton deviendra Tony « Antiochus » Wilson , (Rock Hudson en 1966 , bien avant le SIDA qui l’a tué) , peintre célibataire . Au fond c’est un portrait satirique du « mâle américain quadragénaire «  qui désire en qu’il appelle la « liberté » ( de faire succéder les conquêtes aux conquêtes » ) , c’est à dire l’absence totale de responsabilités , la solitude du « consommateur » dans une société « libérale «  : pour les gagnants cela marche bien, mais pour les autres…

Tout cela se terminera mal:

C’est que dans les accidents maquillés il faut bien avoir un corps, un cadavre pour figurer le corps du disparu : ces cadavres seront ceux des gens qui reviennent pour avoir encore une nouvelle existence.. ils seront servis !

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