« so this is what happens to the dreams of youth « 

Je ne cesse de m’extasier devant la scène centrale du film « Seconds « :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/08/08/la-scene-centrale-de-seconds-1966-de-john-frankenheimer/

une scène inquiétante, voire effrayante, rappelant sans aucun doute la légende de Faust, sa confrontation avec Méphistophélès et la signature en lettres de sang du contrat où Faust , un « savant » humain de la fin du Moyen âge, avant donc l’irruption de la science moderne, vend son « âme immortelle » contre la possibilité d’avoir une nouvelle existence terrestre loin du « cabinet de réflexion «  encombré de livres et d’alambics..

Will Geer , le vieil homme qui est le chef de l’organisation, évoque sans nul doute Méphistophélès qui persuade le banquier Arthur Hamilton de signer le contrat, en lui faisant reconnaître que sa vie présente ne vaut rien et que malgré ses responsabilités familiales envers sa fille, déjà mariée, et son épouse, , « il n’y a plus rien » ..comme le dit Méphistophélès (Satan) dans le Second Faust de Goethe , « tout est raflé dans le Néant « .

Devant le désarroi d’Arthur Hamilton, qui pense à ces choses pour la première fois, le vieillard fait ce constat amer :

«  ainsi voilà le destin des rêves de jeunesse « 

et la nouvelle vie qu’il propose permettra au vieux banquier de « réaliser ses rêves «  : belle voiture, belle maiso en Californie, jolies femmes toutes folles de lui.. c’est que les « rêves » ne brillent généralement pas par l’originalité, tout le monde fait les mêmes, on désire ce que tout le monde désire, dans un mimétisme généralisé, comme dit l’employé de l’organisation « vous avez ce que désire tout mâle américain d’âge moyen : la liberté «  … c’est à dire le célibat, l’absence de responsabilités familiales, qui ouvre la possibilité de conquêtes, de séductions indéfinies..

seulement lorsqu’il revient déçu dans les locaux de l’organisation, Hamilton déclare : « je crois que je n’ai jamais eu de rêve.. et en tout cas, ce n’était pas de devenir Antiochus Wilson »

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/08/09/le-theoreme-zero-applique-a-la-nouvelle-naissance-dans-seconds-de-john-frankenheimer/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/08/10/brunschvicgraisonreligion-un-autre-exemple-de-la-premiere-opposition-fondamentale-entre-moi-vital-et-moi-spirituel/

Mais dans la scène du film Hamilton rechute tout de suite dans l’illusion du « choix » : dans sa prochaine existence, promis juré , ses choix existentiels profonds devront être respectés … il y aura donc forcément échec, déception, sauf qu’il n’y aura pas de prochaine existence , et Hamilton- Wilson sera tué pour fournir le « cadavre » d’un autre « rené ».. la fameuse « liberté de choix «  du consommateur !
C’est que le Moi spirituel ne se perd pas dans les rêves, qui ménent tous à la déception, qu’ils visent le chimérique ou le « trop humain », trop ordinaire, puisque le plan vital est le domaine de la finitude, et que rien de fini ne peut véritablement contenter l’être humain : « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » :

http://chabrieres.pagesperso-orange.fr/texts/consolation.html

Non, l’homme intérieur, spirituel a un idéal plutôt qu’un rêve :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/01/27/leon-brunschvicg-la-philosophie-est-la-science-des-idees/

et « Tout idéalisme est incomplet et impuissant qui conçoit l’idéal en l’opposant à la réalité; l’idéal, c’est alors ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne pouvons pas être, le chimérique ou l’inaccessible. Et ainsi se constitue le faux idéalisme, celui qui célèbre doctement la banqueroute de la science humaine, afin de fonder la vérité divine sur l’absurdité de la croyance, ou qui s’associe joyeusement sur terre à l’oeuvre d’iniquité, afin de mieux réserver la justice au Ciel..« 
mais au contraire « mais si l’idéal est la vérité, il est la vie même de l’esprit. L’idéal, c’est d’être géomètre, et de fournir d’une proposition une démonstration rigoureuse qui enlève tout soupçon d’ erreur; l’idéal c’est d’être juste, et de conformer son action à la pureté de l’amour rationnel qui enlève tout soupçon d’égoïsme et de partialité. Le géomètre et le juste n’ont rien à désirer que de comprendre plus ou de faire plus, de la même façon qu’ils ont compris ou qu’ils ont agi, et ils vivent leur idéal. Le philosophe n’est pas autre chose que la conscience du géomètre et du juste; mais il est cela, il a pour mission de dissiper tout préjugé qui leur cacherait la valeur exacte de leur oeuvre, qui leur ferait attendre, au delà des vérités démontrées ou des efforts accomplis, la révélation mystérieuse de je ne sais quoi qui serait le vrai en soi ou le bien en soi; le philosophe ouvre l’esprit de l’homme à la possession et à la conquête de l’idéal, en lui faisant voir que l’idéal est la réalité spirituelle, et que notre raison de vivre est de créer cet idéal. La création n’est pas derrière nous, elle est devant nous; car l’idée est le principe de l’activité spirituelle… C’est donc à une alternative que nous conduit l’étude de l’idéalisme contemporain Ou nous nous détachons des idées qui sont en nous pour chercher dans les apparences extérieures de la matière la constitution stable et nécessaire de l’être, nous nous résignons à la destinée inflexible de notre individu, et nous nous consolons avec le rêve dun idéal que nous reléguons dans la sphère de l’imagination ou dans le mystère de l’au delà ou bien nous rendons à nos idées mortes leur vie et leur fécondité, nous comprenons qu’elles se purifient et se développent grâce au labeur perpétuel de l’humanité dans le double progrès de la science et de la moralité, que chaque individu se transforme, à mesure qu’il participe davantage à ce double progrès. Les idées, qui définissent les conditions du vrai et du juste, font à celui qui les recueille et s’abandonne à elles, une âme de vérité et de justice; la philosophie, qui est la science des idées, doit au monde de telles âmes, et il dépend de nous qu’elle les lui donne”

Et à la fin prodigieuse de son livre de 1901 « Introduction à la vie de l’esprit « :

« La vie est bonne, absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de la fragilité et de la mort. La vraie religion est le renoncement à la mort, elle fait que rien ne meurt et rien ne passe pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît, et qui semble disparaître elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme . Alors, vivant dans notre idéal et nous en entretenant avec nous même , nous connaissons le sentiment de sécurité profonde et de repos intime qui est l’essence du sentiment religieux, et qui n’est autre que la pureté absolue de l’esprit »

Or les rêves et les croyances rendent le temple de l’esprit, qui ne doit recevoir que ce qu est de l’ordre de l’idéal, les Idées, impur . Parce que les rêves et les croyances Sont de l’ordre du plan vital, et que l’Esprit doit demeurer …spirituel.

Advertisements
This entry was posted in Cinéma, Occident faustien, Ouvert : dualité plan vital-plan spirituel, Philosophie, Plan vital-plan spirituel. Bookmark the permalink.