« Kennedy et moi » (1999)

https://m.ok.ru/video/95966464750

Deux « objets » gouvernent la vie de Simon Polaris (Jean-Pierre Bacri) : un revolver, chargé, qu’il s’est procuré il y a longtemps, et une montre , qui a paraît il appartenu au président J F Kennedy et que celui ci portait le 22 Novembre 1963, le jour de l’assassinat : c’est du moins l’histoire que lui a racontée son psychanalyste, qui l’aurait acquise auprès d’un commerçant , et qu’il porte depuis dans la poche gauche de son pantalon, cela a intrigué Polaris de voir toujours sa main farfouiller dans cette poche comme s’il se livrait à un autre genre d’activité et c’est à cette occasion que le psy lui raconte cette histoire, dont on ne saura jamais si elle est vraie ou non. Mais elle fascine tellement Simon que celui ci braquera à la fin avec son revolver le psy pour qu’il lui donne cette montre.

« Un revolver c’est en acier. C’est un objet. Se heurter enfin à l’objet » : telle est la fin du « Feu follet » de Dieu La Rochelle : Alain Leroy se suicide en se tirant une balle . Les deux objets ont donc un rapport différent au temps : le revolver retire brusquement le temps de la vie , qui s’étirait dans un ennui semblant sans fin. Par contre la montre égrène les secondes du « temps vital » . Et Polaris se pose la questin « qui retirera la montre de mon poignet quand je serai mort? » . Pour Kennedy, c’était, dans l’histoire racontée par le psy, une infirmière . C’est lui, Simon, qui a retiré la montre de son père lors de son décès. Mais de nos jours, on a de plus en plus tendance à enterrer les morts en leur laissant la montre au poignet et ces montres à quartz continuent, pendant un an, à donner l’heure exacte dans le cercueil, là où cette notion n’a plus aucun objet. Le film finit ainsi : Simon est vivant, il porte la montre au poignet, il a le revolver dans le tiroir devant lui, et pour la première fois depuis longtemps il se sent bien. Auparavant ce n’était pas le cas, Simon , à 48 ans, , écrivain, ne faisait plus rien de ses journées et se murait dans le silence, ressentant un mépris cordial pour ses proches , y compris pour ses enfants. « middle Life crisis «  diagnostique son éditeur : c’est ce passage difficile où l’individu en crise sait que le temps de vie qui lui reste sera moins « intéressant » que celui déjà passé. Tel est la façon dont l’époque moderne comprend ce que Dante appelait « le milieu de notre vie » , où commence « La divine comédie »

https://fr.m.wikisource.org/wiki/La_Divine_Comédie_(traduction_Lamennais)

Polaris , lui, ne fait plus rien : il se contente d’attraper les mouches au vol (comme Spinoza organisait des combats de mouches et d’araignées ) et d’observer ses proches.

Mais à la fin, la crise semble résolue , grâce aux deux objets , montre et revolver, qui « représentent » le temps de façon différente voire opposée : durée linéaire ou brutale profération de l’éclair instantané, ce que nous symbolisons ici par les deux branches de La Croix : horizontale pour la durée indéfinie du monde, verticale pour la brusque « descente » (ou détente ?) de l’esprit . Au centre, à «  la croisée du temps et de l’éternité «  se situe la « porte étroite » de l’Instant

https://saintebible.com/matthew/7-13.htm

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