L’usage métaphorique des expressions « spiritualistes «  à propos du « plan spirituel » ou du «  monde intelligible »

« Pas de monde intelligible sans un effort humain d’intelligibilité » : tel est le verdict de Brunschvicg et il doit être selon moi pleinement approuvé .

Les différents mouvements sectaires ou « religieux », qui sont souvent occultistes, qui parlent de « monde spirituel «   ou même de « cieux » et de hiérarchies célestes , s’abstiennent de cette précaution et conduisent à un obscurcissement et une confusion synonymes d’inintelligibilité justement. Quand Malebranche, cartésien, évoque la « vision en Dieu » des Idées , dans ce qu’il appelle « Étendue intelligible », » voir » prend une dimension d’intelligibilité qui est propre à la philosophie et à la psyché occidentale , le verbe grec θεωρειν, qui est à la racine du mot théorie, signifiant « contempler » ; en climat juif, c’est le verbe « écouter » qui a la priorité sur le regard quand il s’agit des choses divines :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Chema_Israël

Mais l’écoute est parasitée, voire supprimée, anéantie, par la modernité occidentale, c’est le sens de l’oreille tranchée dans « Blue Velvet » de David Lynch en 1986; les frères Coen reprennent cette histoire sur le mode parodique dans « The Big Lebowski », avec la bagarre finale où Walter, joué par John Goodman , arrache en la mordant l’oreille de l’un des « nihilistes » . Mais dans « A serious man » l’écoute est parasitée par les écouteurs que porte le fils de Larry à l’école hébraïque :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/A_Serious_Man

Bref ceci vient de loin : si la vision des Idées est d’ordre intellectuel et non de la vision d’un objet dans le monde au sens physique ( ou bien est ce un nouveau « sens » venant en supplément des cinq sens physiques, auquel Husserl faisait peut être allusion quand il parlait de « Wesenschau » = « vision des essences »), pourquoi parler sur un registre optique, sinon selon la tradition spéculaire pointée par Rorty dans « L’homme spéculaire » ? En tout cas la physique einsteinienne est venue trancher (mais pas comme dans « Blue Velvet ») entre l’oeil et l’oreille : ce sont des signaux de lumière, et non de fumée ou des ondes sonores, qu’échangent les observateurs éloignés, dans la théorie de la Relativité, pour synchroniser leurs horloges, et le mur absolu des vitesses n’est pas la modeste vitesse du son, dépassée par les avions supersoniques, mais celle de la lumière .
Mais c’est ici que prend place une autre correspondance métaphorique à propos du « monde des Idées » appelé ciel : va t’on observer les Idées qui en sont les astres grâce au téléscope de la Mathesis universalis de Leibniz :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/08/04/leibniz-la-scienceinternelle-ou-mathesisuniversalis-comparee-a-un-telescope-pour-contempler-les-idees/

ou bien va t’on s’y rendre en chair et en os, effectuer le voyage ? Ceci a t’il un sens et lequel ?

Rien d’autre que l’idéal ultime de « devenir l’esprit » dont parle André Simha dans « Manifeste pour l’autonomie » :

« Serons nous une chose ou deviendrons nous l’esprit ? »telle est selon Léon Brunschvicg l’alternative qui se pose à toutes les démarches et à tous les actes de la vie humaine :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/07/brunschvicgintroduction-suite-du-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/

Tel est le sens de la déification dans cette philosophie… « devenir immortel et puis mourir » …car la déification n’empêche pas de mourir :

«  … il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. « 

Nous nous trouvons donc devant deux possibilités : soit pousser à la limite la pensée platonicienne de l’Amour dans le Banquet , et de l’amoureuse initiation de Socrate par Diotime :

« Le sentiment, qui devait s’installer dans l’absolu d’une parfaite unité, apparaît impuissant à triompher de l’ambiguïté qu’il ne cesse d’éprouver comme une menace et comme un péril. De là, dans notre tradition d’Occident, le spectacle dont le Banquet de Platon offre l’esquisse profonde et prophétique. Ou il arrivera que le mysticisme, embarrassé par la hauteur de son ambition, compromette son inspiration idéaliste, soit qu’il se tourne vers le monde pour faire la preuve d’un pouvoir surnaturel dans le maniement des choses et dans le cours des événements, soit qu’il se réconcilie avec la « fonction fabulatrice », se mettant à l’abri d’un groupe social, professant le mystère d’une secte, l’orthodoxie d’une Église. Ou bien il se dépassera lui-même, afin de suivre jusqu’au bout l’appel de lumière que Diotime découvrait à Socrate et dont elle annonçait qu’il s’épanouit dans la transparence intellectuelle du μἀθημα. « 

Soit suivre jusqu’au bout l’appel de lumière que constituent les mathèmes, modèles mathématiques des Idées, et devenir l’esprit, c’est à dire quitter totalement, en ce qui concerne la conscience, le plan vital pour l’Etendue intelligible de l’Idée

C’est là le sens dans la Bible de l’émigration hors d’Egypte en direction de la « terre promise », qui n’est pas une terre, sauf dans les mythèmes grâce auxquels cette terre est devenue un lieu de guerre depuis des milliers d’années, ou bien du retour vers l’Orient comme vrai lieu de l’âme chez les néoplatoniciens de Perse.

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