Les alternatives au « matérialisme démocratique »

« Matérialisme démocratique «  est un terme d’Alain Badiou pour nommer les régimes prétendument « démocratiques » implantés dans les pays occidentaux ( Amérique, Australie, Japon après le 6 août 1945, Europe de l’Ouest) , plutôt agnostiques qu’athées. «  Il n’y a que des corps et des langages » ,tel pourrait être le mot d’ordre de ces régimes, mais les religions ne sont pas rejetées, plutôt louées comme « messages de paix et de tolérance « , car elles sont pourvoyeuses de « sens » .

A ce mot d’ordre Badiou oppose le slogan qui pourrait être celui de sa propre voie d’immanence des vérités : «  il n’y a que des corps et des langages- sinon qu’il y a des vérités » . La voie suivie ici est différente et peut être caractérisée comme duale de celle de Badiou, qu’il nomme « dialectique matérialiste » , et cette dualité est celle de l’être et de l’Un découverte par Frank Jedrzejewski

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/02/12/resume-de-la-these-de-frank-jedrzejewski-diagrammes-et-categories-lun-comme-dual-de-letre/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/24/en-france-du-nouveau-franck-jedrzejewski-diagrammes-et-categories-these-et-introduction/

En plus du monde des corps et des psychés, il y a le monde spirituel des Idées, qui ont des modèles dans l’esprit humain appelés « mathèmes «  : les vérités, ou théorèmes , sont des rapports entre les mathèmes, et peuvent être vues comme des morphismes entre les mathèmes comme objets d’une catégorie, ou d’une ∞-catégorie .

Badiou s’en tient à la conclusion du Parménide de Platon : «  l’Un n’est pas » , et parle des vérités , qui ne « font pas un «  car elles ne sont pas seulement mathématiques, mais aussi politiques : il y a une vérité de la révolution française ou russe. Ici, les vérités sont des morphismes entre les mathèmes dans une ∞-catégorie appelée Mathème , qui contient donc toutes les vérités , les théorèmes .

La voie préconisée ici , duale de celle de la « dialectique matérialiste «  peut s’appeler idéalisme mathématisant et rationaliste de l’immanence réflexive de La vérité , et son mot d’ordre pourrait être le magnifique texte de Bruschvicg à la fin du « Progrès de la conscience « :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/brunschvicg_progres_conscience_t2.doc

« Il faudra donc conclure qu’en dehors de la présence de l’unité dans une conscience qui sait n’être radicalement extérieure à rien, il n’y a rien, non point parce qu’on a été incapable de rien trouver, mais parce qu’il n’y avait rien en effet à chercher. Conclusion négative, pour une théologie de la participation à l’être selon l’absolu imaginaire de la synthèse ; conclusion positive pour une philosophie de la participation à l’un selon le progrès continu de l’analyse« 

Ces lignes font partie du dernier paragraphe « l’immanence de la réflexion «  venant après «  La transcendance de la révélation « .

En dehors de ces deux voies duales de l’immanence, il y a donc une voie que j’appellerai « de la Transcendance de la Tradition » qui est celle associée à l’oeuvre et à la pensée de René Guénon, la pensée traditionnelle selon laquelle la Vérité totale se situe dans le passé de la Tradition primordiale. Cet avis de Brunschvicg s’y oppose quasiment mot pour mot :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/la-philosophie-veritable-est-la-philosophie-mathematique-ou-science-internelle-science-des-idees/

« Le philosophe n’est pas autre chose que la conscience du géomètre et du juste; mais il est cela, il a pour mission de dissiper tout préjugé qui leur cacherait la valeur exacte de leur oeuvre, qui leur ferait attendre, au delà des vérités démontrées ou des efforts accomplis, la révélation mystérieuse de je ne sais quoi qui serait le vrai en soi ou le bien en soi; le philosophe ouvre l’esprit de l’homme à la possession et à la conquête de l’idéal, en lui faisant voir que l’idéal est la réalité spirituelle, et que notre raison de vivre est de créer cet idéal.

La création n’est pas derrière nous, elle est devant nous; car l’idée est le principe de l’activité spirituelle« 
C’est à dire que la Vérité est création de l’esprit, dans l’avenir et non dans le passé d’une Tradition primordiale ; d’ailleurs il y a seulement des traditions qui ne font pas une à l’intérieur d’une Tradition primordiale.

Les Idées divines ne sont pas créées, seuls les rapports entre les modèles des Idées sont créés par l’esprit humain.

La création de la Vérité est le seul sens possible du Temps historique ; sinon il n’y a que le temps cyclique du plan vital, à quoi s’applique le chapitre 1 de l’Ecclésiaste ou la fin de Moby Dick : 

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/30/herman-melville-moby-dick/

« et le grand linceul de la mer roula comme il roulait il y a cinq mille ans.« 

https://www.info-bible.org/lsg/21.Ecclesiaste.html

« Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent.
1.8
Toutes choses sont en travail au delà de ce qu’on peut dire; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.
1.9
Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
1.10
S’il est une chose dont on dise: Vois ceci, c’est nouveau! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés.
1.11
On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard. »

C’est à dire que sans la création des vérités, des théorèmes, qui sont les rapports entre les mathèmes, par l’esprit humain, le monde n’a pas de sens ni de valeur.

Donc récapitulons : le matérialisme démcratique est destructeur , nihiliste et relativiste, pour lui tout se vaut , et ne vaut rien : chacun sa vérité, chacun sa secte , sa « religion » . Il n’y pas de Vérité . Celle ci, qui est le seul sens de l’existence, paraît dans la voie de l’immanence réflexive, immanence ou présence de l’Un à la conscience au terme de sa libération. Elle se trouve aussi dans la voie de la Tradition primordiale, mais Transcendante à la conscience en tant que Révélation.
Par contre dans la « dialectique matérialiste «  il y a des vérités multiples, mais l’Un n’est pas, il n’y a pas de présence de l’unité à la conscience au terme du chemin spirituel; dans le matérialisme démocratique, il n’y a pas de vérités, seulement des corps vivants et des psychés individuelles.

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