Chris Marker : la mémoire impossible comme « voyage temporel » dans « La jetée « 

Les texte du film « Sans Soleil » en 1983 est donné ici, dans cet article :

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/2017/01/19/chris-marker-sans-soleil-1983/

https://chrismarker.org/wp-content/uploads/2013/11/sans-soleil-commentaire-francais.pdf

Le texte parle du film « Vertigo » d’Hitchcock en 1958, un film qui obsède aussi Jean-Pierre Dupuy (qui compare à l’invention de Morel de Bioy Casares

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/27/alain-resnais-lannee-derniere-a-marienbad-1961/

https://conservationmachines.wordpress.com/2012/10/11/lannee-derniere-a-marienbad-et-linvention-de-morel/

http://www.carnetsnord.fr/colloques/cerisy-2007/pdf/cerisy2007_5_doran.pdf

Chris Marker écrit :

« il m’écrivait qu’un seul film avait su dire la mémoire impossible, la mémoire folle, le film de Hitchcock Vertigo. Dans la spirale du générique il voyait le Temps, qui couvre un champ de plus en plus large à mesure qu’il s’éloigne, un cyclone dont l’instant présent est l’oeil« 

Or « La jetée » est interprétée ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/03/02/la-jetee-de-chris-marker-ou-le-cinematogramme-de-la-conscience/

comme un film sur le temps et la mémoire prenant le déguisement d’un film de science fiction, un peu comme « Je t’aime je t’aime » d’Alain Resnais qui avait travaillé en lien étroit avec Chris Marker :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/16/je-taime-je-taime-alain-resnais-1968/

Le voyage temporel vers le passé, interdit par la physique einsteinienne, est dans « La jetée » la mémoire impossible, fixation tellement intense sur une image d’enfance qu’elle donne la faculté de « vivre » dans une image du passé devenant indéfiniment extensible : ce serait ça, le voyage temporel, s’il était possible.

Seulement ceci est interprété dans le film comme une tentation d’Icare, qui aboutit à la mort du personnage abattu sur la jetée d’Orly par un homme qui l’a suivi depuis le camp souterrain : on ne s’évade pas du temps. La tentation d’Icare consiste ici à échapper à la condition chronique de l’homme en se fixant sur une image.

Là se situe aussi la relation avec l’invention de Morel, récit où le narrateur tombe amoureux d’une femme qui n’est qu’une image dans une sorte d’enregistrement automatisé ; la seule possibilité pour lui de la rejoindre est d’entrer dans l’automatisme qu’est l’invention de Morel

Le texte et le monologue de « Sans soleil «  finit sur :

« A ce moment , la poésie sera faite par tous, et il y aura des émeus dans la Zone.

Il m’écrit du Japon, il m’écrit d’Afrique, il m’écrit que maintenant il peut fixer le regard de la dame du marché de Praia, qui ne durait que le temps d’une image.

Y aura t’il un jour une dernière lettre ? »

Dans « La jetée «  le seul moment où l’image fixe s’anime est aussi une scène où l’on voit le clignement d’oeil du regard d’Hélene Châtelain endormie, nue sous un drap.

Ainsi la tentation d’Icare , tentation d’echapper à la condition chronique de l’homme, n’a pas disparu.

La réponse à cette tentation, qui est un véritable obstacle sous la forme d’un danger de régression vers le passé est apportée par Brunschvicg à la fin du « Progrès »

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/brunschvicg_progres_conscience_t2.doc#c23_s3

« Cet idéalisme de la conscience et de la raison, où l’esprit devient transparent à l’esprit grâce à l’approfondissement de la réflexion sur son principe radical, n’a cessé de nous apparaître menacé, au cours de l’histoire, par l’opacité du langage qu’il est obligé d’appeler à son aide pour s’exprimer au dehors. Platon n’a pus réussi à défendre la pureté de l’analyse ascendante, de la participation à l’un, contre la tradition contradictoire de la synthèse descendante, de la participation à l’être. Spinoza et Fichte, pour avoir traduit le spiritualisme de l’immanence dans la terminologie de la causalité divine ou du moi, ont incité des lecteurs impatients ou prévenus à leur double caricature : panthéisme et subjectivisme« 

La conscience où est présente l’unité , qui n’est donc plus « conscience de quelque chose » , est la fin de la voie vers l’Esprit , là où la conscience « devient l’esprit «  : elle a été capable de « surmonter son passé » , et donc la tentation icarienne de « fixer une image d’enfance » .

Brunschvicg répond à la Torah :

« Mais, si « le salut est en nous », c’est que la « Terre promise » est devant nous : l’idée d’une humanité réconciliée avec elle-même, la république des âmes qui, élevées à un même niveau de désintéressement et de sincérité, se rendraient enfin transparentes les unes pour les autres, sans plus se heurter à la malédiction de la tour de Babel, à la dualité du Verbe extérieur et du Verbe intérieur.« 

La terre promise, le plan internel, est devant nous, pas dans une image d’enfance, qui n’est que néant de néant, image du plan vital qui est néant :

« Il faudra donc conclure qu’en dehors de la présence de l’unité dans une conscience qui sait n’être radicalement extérieure à rien, il n’y a rien, non point parce qu’on a été incapable de rien trouver, mais parce qu’il n’y avait rien en effet à chercher. Conclusion négative, pour une théologie de la participation à l’être selon l’absolu imaginaire de la synthèse ; conclusion positive pour une philosophie de la participation à l’un selon le progrès continu de l’analyse« 

En même temps c’est une réponse aux allégations méprisantes d’Attali :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/03/02/jacques-attali-vs-zemmour/

qui , lorsqu’on lui pose la question, répond qu’il « est croyant » , Il place donc la Torah et sa participation imaginaire à l’etre , au dessus de la philosophie grecque et de l’idéalisme de la conscience de Platon et Brunschvicg . Seulement en dehors de la présence d’unité dans une conscience, il n’y a rien : Dieu, l’Un Transcendant, c’est donc rien, Tout c’est rien…

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