Une difficulté: que signifie « présence de l’unité dans une conscience. « ?

Ce blog accorde une grande importance au propos de Brunschvicg au dernier paragraphe de son grand œuvre « Le Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/brunschvicg_progres_conscience_t2.doc#c23_s3

« l faudra donc conclure qu’en dehors de la présence de l’unité dans une conscience qui sait n’être radicalement extérieure à rien, il n’y a rien, non point parce qu’on a été incapable de rien trouver, mais parce qu’il n’y avait rien en effet à chercher. « 

Certes il s’agit d’un livre écrit par un philosophe et quel philosophe .

La signification de cette phrase doit donc se trouver dans le reste du livre. Mais l’unité est ici considérée comme une Idée, celle de l’Un, qui se confond avec l’Idée d’Etendue Intelligible , « lieu » des Idées, qui assure leur unité, grâce à quoi elles sont Une , malgré leur pluralité (on parle des Idées, au pluriel) , de même que les multiples éléments d’un ensemble dans le « compte-pour-un » de cet ensemble, de façon analogue mais pas identique car l’Etendue intelligible, Idée de l’Un , c’est à dire unité de la totalité des Idées , n’est pas un ensemble au sens mathématique. Les ensembles et autres entités mathématiques sont des idées humaines, des mathèmes d’Idées intelligibles, et il existe une hiérarchie de ces modèles : certains modèles sont « meilleurs » que d’autres . Nous avons vu que ce qu’on appelle en mathématiques : ∞-cosmoi , dont Emily Riehl et Dominic Verity ont commencé la théorie, sont les meilleurs modèles de l’Idée d’Etendue Intelligible :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/19/scienceinternelle-8-∞-cosmoi/

Un ∞-cosmos est défini axiomatiquement comme une catégorie ayant pour objets les ∞-catégories, or les ∞- catégories sont les modèles des Idées, donc tout ∞-cosmos est un modèle du « lieu » des Idées, qui est lui même une Idée, celle d’Etendue intelligible. On connaît déjà grâce aux travaux de Riehl et Verity plusieurs ∞-cosmoi

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/08/07/travaux-de-riehl-verity-et-shulman-hott-∞-cosmoi/

« Présence del’unité dans une conscience «  aurait donc pour signification : présence de l’Idée d’ Étendue Intelligible dans une conscience, mais alors une nouvelle question apparaît : que signifie « présence de l’Idée d’Un dans une conscience «  ? Est ce que cela veut dire que cette conscience comprend totalement la notion d’∞-cosmos ou de tout autre modèle mathématique de l’Idée d’Etendue Intelligible ?

On voit tout de suite que cela ne peut pas être le cas, car cela voudrait dire que seules les personnes connaissant les derniers développements en mathématiques peuvent parvenir à la dernière étape de la voie suprême : « présence de l’unité dans une conscience ». D’autre part j’ai affirmé à plusieurs reprises que le progrès de la connaissance mathématique était identique au « progrès de la conscience » dont parle Brunschvicg, parce que l’esprit humain crée ainsi des mathèmes qui « s’approchent » de plus en plus de l’Idée dont ils sont les modèles jusqu’à un matheme parfait qui s’identifie à l’ idée mais comment saurons nous cela avec certitude ? Et si cela se produit à une certaine époque historique, cela impliquerait il que le progrès en mathématiques est terminé? Ou bien limité à de simples améliorations techniques ?

Non le sens véritable du propos de Brunschvicg me semble se situer, et cela ne doit pas surprendre s’agissant d’un philosophe spinoziste encore plus que cartésien, dans le Traité de la réforme de l’entendement :

http://spinozaetnous.org/tre.htm

Voici ce que dit Spinoza dans III : règles de vie, et qui est en même temps une réponse aux objections d’Isabelle Stengers à la théorie d’Einstein dans l’article précédent:

« Mais, tandis que nous nous efforçons d’y atteindre et de mettre l’intelligence dans la bonne voie, il nous faut vivre cependant ; et c’est pourquoi nous devons convenir de certaines règles de conduite que nous supposerons bonnes, savoir, les suivantes :
(6) I. Mettre ses paroles à la portée du vulgaire et consentir à faire avec lui tout ce qui n’est pas un obstacle à notre but. Car nous avons de grands avantages à retirer du commerce des hommes, si nous nous proportionnons à eux, autant qu’il est possible, et nous préparons ainsi à la vérité des oreilles bienveillantes.
(7) II. Ne prendre d’autres plaisirs que ce qu’il en faut pour conserver la santé.
(8) III. Ne rechercher l’argent et toute autre chose qu’autant qu’il est nécessaire pour entretenir la vie et la santé, et pour nous conformer aux mœurs de nos concitoyens en tout ce qui ne répugne pas à notre objet.« 

Les présupposés que nous ne pouvons nous empêcher de faire dans la conduite et la régulation de nos vies ne sont pas une difficulté, tant qu’elles ne contrecarrent pas notre fin, qui est l’atteinte du Bien Suprême, à savoir une « chose éternelle et infinie « , qui passe par une réforme de l’entendement nous permettant de comprendre la véritable perfection de l’être humain : l’union de l’esprit avec la Nature tout entière.

Tant que les croyances que nous ne pouvons nous empêcher d’avoir, et qui bien souvent ont été implantées en nous par notre éducation, notamment religieuse ou anti- religieuse (mon père bouffait du curé à tous les petit déjeuners) ne gênent pas notre recherche du Vrai Bien, nous pouvons nous abstenir de lutter contre elles, ce qui est une déperdition de l’énergie énorme dont nous avons besoin pour atteindre notre fin. Ce que Spinoza appelle « notre fin véritable «  , qui est l’atteinte du Vrai Bien, est ce qui est appelé ici depuis le début « transition du plan vital et de son esclavage au plan spirituel-internel » et cela nécessite une réforme de l’entendement qui n’est pas forcément l’étude de la théorie des catégories ou de la théorie homotopique des types, mais ce parcours , cet « itinéraire de la conscience en Dieu » , selon l’expression de Saint Bonaventure, a pour but le Bien Suprême qui est pour moi identique à la « présence de l’unité dans la conscience « 

Ce Biren Suprême , cette « chose éternelle et Infinie «  que la foule nomme « Dieu » et imagine sous la forme d’un Être personnel à l’image de l’homme, mais Tout- Puissant, peut donc être appelé ici Un, c’est une Idée, et la présence de l’Un dans la conscience n’est autre que l’atteinte du Bien Suprême grâce à la compréhension du Traité de Spinoza, qui peut donc être caractérisé comme l’ouvrage philosophique fondamental, qui prend la place de la Bible et du Coran

« Méditer l’être nous éloigne de Dieu; méditer l’un nous y ramène « 

Dieu n’est pas cette Idole des masses religieuses fanatisées et haineuses, mais cette « présence de l’unité dans la conscience « , en dehors de quoi « il n’y a rien »
En même temps nous comprenons enfin le sens de ce propos de Brunschvicg : «  la vraie religion est le renoncement à la mort »
renoncer à la mort, c’est renoncer au plan vital tout entier dévoré par l’obsession des biens relatifs et éphémères : gloire, richesses, plaisirs. Céline a raison, cette existence est une « mort à crédit »

Renoncer à cette « mort à crédit «  c’est, comme y invité Spinoza, « ne penser à rien moins qu’à la mort » , c’est à dire pas du tout, la pensée étant toute entière attachée au Vrai Bien : atteindre notre nature supérieure, qui est la plan internel :

« et ce qui serait le souverain bien, ce serait d’entrer en possession, avec d’autres êtres, s’il était possible, de cette nature supérieure. Or, quelle est cette nature? nous montrerons, quand il en sera temps 3 que ce qui la constitue, c’est la connaissance de l’union de l’âme humaine avec la nature tout entière.« 

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