« Le grand sommeil » :livre (1939) et film (1946)

La dernière scène du film de Howard Hawks en 1946 est célèbre :

Cela se passe dans la villa de Laverne Terrace :Philip Marlowe réussi à faire abattre le gangster Eddie Mars par ses propres hommes de main.

Puis il dit à Vivian ce qu’il faudra faire : enfermer Carmen, sa sœur psychopathe, dans une clinique où elle sera soignée, et expliquer au vieux général Sternwood que Shawn Reagan, qu’il aimait comme un fils , est mort , tué par Carmen dont il refusait les avànces de femme-enfant plongée dans un délire de toute-puissance. Les deux personnages sont amoureux l’un de l’autre :

« You Forgot someone : me »

« What’‘s wrong with You ? »

« Nothing You can’t fix »

«  tu as oublié quelqu’ Un : moi »

« Qu’est ce qui cloche chez toi? »

« Rien que tu ne puisses réparer »

Musique hollywoodienne , rideau , clap de fin !

Dans le livre rien de tel :

http://ae-lib.org.ua/texts-c/chandler__the_big_sleep__en.htm

« Forget Eddie. I’ll go see him after I get some rest. I’ll handle Eddie.»
«He’ll try to kill you.»
«Yeah,» I said. «His best boy couldn’t. I’ll take a chance on the others. Does Norris know?»
«He’ll never tell.»
«I thought he knew.»
I went quickly away from her down the room and out and down the tiled staircase to the front hail. I didn’t see anybody when I left. I found my hat alone this time. Outside, the bright gardens had a haunted look, as though small wild eyes were watching me from behind the bushes, as though the sunshine itself had a mysterious something in its light. I got into my car and drove off down the hill.
What did it matter where you lay once you were dead? In a dirty sump or in a marble tower on top of a high hill? You were dead, you were sleeping the big sleep, you were not bothered by things like that. Oil and water were the same as wind and air to you. You just slept the big sleep, not caring about the nastiness of how you died or where you fell. Me, I was part of the nastiness now. Far more a part of it than Rusty Regan was. But the old man didn’t have to be. He could lie quiet in his canopied bed, with his bloodless hands folded on the sheet, waiting. His heart was a brief, uncertain murmur. His thoughts were as gray as ashes. And in a little while he too, like Rusty Regan, would be sleeping the big sleep.
On the way downtown I stopped at a bar and had a couple of double Scotches. They didn’t do me any good. All they did was make me think of Silver-Wig, and I never saw her again. »

Marlowe enjoint bien à Vivian de boucler sa sœur Carmen en clinique, mais en la menaçant de tout révéler à la police au bout de trois jours si elle ne le fait pas : c’est bien Carmen la folle qui a tué Rusty Regan, le mari de Vivian, parce qu’il refusait ses avances. Vivian désemparée a alors fait appel à Eddie Mars pour l’aider à cacher le cadavre dans un puits dans le parc. Et depuis Eddie en profite pour la faire chanter et capter la fortune familiale des Sternwood. Le livre se termine par les « réflexions » de Marlowe sur la mort, Maître absolu des êtres humains. Dans la traduction de Boris Vian en 1948, cela donne :

« Je suppose que vous voulez de l’argent «  dit elle d’un ton rauque

« Combien? » dis je en essayant de ne pas ricaner

«  quinze mille dollars « 

«  Ce serait à peu près correct.. le tarif officiel.. « 

« Fumier ! »

« Il est dans le puisard: une pauvre chose horrible, déformée . C’est moi qui l’y ai mis. Tout s’est passé comme vous l’avez dit. J’ai demandé de l’aide à Eddie. Carmen m’a tout avoué, comme une enfant . Elle n’est pas normale.. »

Marlowe regagne sa voiture et lelivre se termine sur son monologue intérieur :

«  Qu’est ce que ça peut faire , où on vous met quand vous êtes mort ? Dans un puisard dégueulasse ou dans un mausolée où au sommet d’une colline ? Vous vous en foutez, vous dormez du grand sommeil.. tant pis si vous avez eu une mort tellement moche. Moi je faisais partie des choses moches, désormais, bien plus que Rusty Regan. Mais le vieux bonhomme, à quoi bon? Qu’il repose tranquille dans son lit à baldaquin, avec ses mains exsangues croisées sur le drap…bientôt, il dormirait lui aussi du grand sommeil…

En redescendant en ville, je m’arrêtai devant un bar et m’envoyai deux whiskies.. cela ne me fit aucun bien. Le résultat c’est que je pensai à Boucles d’Ange , Je ne la revis plus jamais »

C’est à dire que la Mort remplace l’amour comme Maître absolu. Mais rien d’étonnant ce n’est pas l’Amor Dei intellectualis de Spinoza , c’est l’amour sexuel , destiné à remplacer les générations mourantes, entaché de finitude donc..

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/04/28/eros-est-la-negation-dagape/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/12/lamour-agape-est-une-pensee/

Et ce nouveau plan de vie, cette vita nuova, passe par une réforme de l’Intellect, dont Spinoza a donné les fondements dans son Traité de la réforme de l’entendement :

http://www.spinozaetnous.org/forum/viewtopic.php?t=1576&start=30

http://spinozaetnous.org/tre.htm

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/25/expose-de-jean-michel-le-lannou-sur-brunschvicg-la-puissance-de-lidee/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/03/03/jean-michel-le-lannou-sur-brunschvicg-la-puissance-de-lidee/

C’est à dire que l’amour du fini, qui nous retient et nous enlise sur le plan vital («  dans le puisard ») doit céder la place à l’amour du
Souverain Bien, la «  chose éternelle et infinie «  dont la recherche est notre fin véritable.

http://www.actu-philosophia.com/Jean-Michel-Le-Lannou-L-exces-du-representatif

http://www.actu-philosophia.com/Jean-Michel-Le-Lannou-La-puissance-d-etre-partie-769

http://www.actu-philosophia.com/Jean-Michel-Le-Lannou-La-puissance-d-etre-partie

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