De « L’être décomposé » de Jean Michel Le Lannou à l’ontologie ensembliste de Badiou dans « L’être et l’évènement « 

N« L’être décomposé » est un livre récent de Jean-Michel Le Lannou, philosophe de tendance idéaliste dont j’ai parlé ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/03/18/jean-michel-le-lannou-lexces-du-representatif/

Qu’est ce qui nous emprisonne dans le plan vital et le règne de la finitude et empêche notre émancipation ? C’est « l’amour du fini » régnant dans l’appropriation qui fait que nous ne voulons pas de la libération et ne la recherchons pas. Dans les termes du Traité de la réforme de l’entendement de Spinoza, cela signifie que nous ne connaissons pas notre fin véritable, et croyons que les biens du plan vital : richesses, gloire, plaisirs des sens sont les seuls biens, et qu’il n’y a pas de Bien véritable au delà de ces biens, qui sont certains, mais qui sont en réalité des maux, qui risquent de nous posséder plutôt que nous ne les possédons.

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/03/12/une-difficulte-que-signifie-presence-de-lunite-dans-une-conscience/

L’amour du fini renvoie à une contradiction fondamentale dans la pensée qui la rend impuissante à se libérer . Cette contradiction repose en la dogmatique adhésion de l’homme à lui même qui fait croire que l’on ne peut être sans être particularisé et que l’on ne peut qu’adhérer au fini. Elle se situe entre les conditions de l’être dans le monde, ce que j’appelle ici plan vital, et l’aspiration à dépasser ce plan pour s’orienter vers ce que j’appelle plan internel . Elle est si l’on veut entre le fini et l’être. Ici j’ai fait le choix de rabattre l’être sur le monde, de limiter ainsi l’être au fini . Suis je ainsi victime de l’amour du fini ? Sans doute ! Il faut donc corriger cette erreur, admettre qu’être peut se dire en d’autres sens que dans celui « d’être dans le monde » c’est à dire d’exister. L’amour du fini force la pensée à laquelle il impose ses exgences à tenir le fini pour réel. L’être humain possédé par l’amour du fini ne comprend l’être qu’à partir de son propre mode d’être, le mode d’être fini.
Il y a donc une scission entre ce qui est donné à la conscience, et ce qui est, l’être.à savoir les conditions de la phénoménalisation, et l’être, qui ne peut qu’apparaitre A la conscience.. L’aspirationà la plénitude d’être buté sur la réalité de notre Moi fini, et la pensée est ici impuissante : la philosophie ne fait rien, parce que la finitude nous la sommes, si nous sommes internés en « une âme et un corps ». ( un biopsychisme ) nous sommes enlisés dans le plan vital : le fini est pour nous la seule réalité, parce que nous jugeons de tout selon notre mode d’être : nous sommes du monde, pas au monde.
Il y a ici une analogie avec le début, les premières lignes prodigieuses de « L’être et l’événement » de Badou, dont le texte traduit en anglais est ici :

http://incainstitute.org/pdf/alain-badiou-being-and-event.pdf

La méditation 1, «  l’un et le multiple : conditions a priori de toute ontologie possible » commence par :

« L’expérience dont l’ontologie, depuis sa disposition Parménidienne, fait le portique d’un temple ruiné, est la suivante :

ce qui se présente est essentiellement multiple, ; ce qui se présente est essentiellement un .

La réciprocité de l’un et de l’être est certes l’axiome inaugural du discours philosophique, que Lebniz énonce parallèlement : «  ce qui n’est pas  un être n’est pas un être « 

 

la conclusion de Badiou, pour sortir de l’impasse des tourniquets du Parménide, est conforme à celle de Brunschvicg : «  ENS et UNUM non reciprocuntur », autrement dit l’Un n’est pas, mais Badiou refuse de céder sur  « ce que Lacan épingle au symbolique comme son principe  : il y a de l’un «  : l’un est  seulement comme opération, . Il n’y as d’un, il n’y a que le compte-pour-Un. L’un , d’être une opération, n’est jamais une présentation . Et Badiou appararait fort embarrassé quand il énonce ce qui peut mettre à bas tout son système, « la chute de la maison Badiou »:

«  il y a lieu de prendre tout à fait au sérieux que Un soit un nombre (1) ; et sauf à pythagoriser , il n’y a pas lieu de poser que l’être, en tant qu’être, soit nombre .. est ce à dire que l’être n’est pas un multiple ? à la rigueur, oui, il n’est multiple qu’autant qu’il advient à la présentation »

autrement dit, l’être n’est multiple que « pour nous humains «  et c’est là que se situe la correspondance avec les thèses de Jean Michel Le Lannou : l’etre en tant que multiple , dans la présentation, c’est l’être évalué  selon notre mode d’être fini, qui est le mode d’être proprement humain, sur le plan vital.

«  L’être  n’est multiple qu’autant qu’il advient à la présentation «  cela signifie que l’amour du fini impose ses exigences à la pensée dans ses  conditions de phénoménalisation : l’être multiple pour autant que présenté , c’est l’être qui apparaît à la conscience, entravée par la déficience de la finitude et de la séparation, dont elle est impuissante à se libérerpuisqu’elle Est entravée par n’alourdis du fini, c’est à dire l’amour de soi, qui s’impose à la pensée et à la vie.

Or tout le système de Badiou se fonde sur cette affirmation: l’ontologie, c’est à dire le discours philosophique sur L’être en tant qu’être , c’est la théorie exiomatisée par Zermelo- Fraenkel’ des ensembles.

Le discours sur l’ être en tant qu’etre, pas sur l’etre En tant qu’il apparaît. Et Badiou répète que l’ontologie ensembliste est la théorie du multiple pur, multiple de multiples, etc,..Il rattaché la théorie des catégories et des topoi  à la logique de l’apparaître  en un monde , et la théorie des ensembles à l’être  pur, être en tant qu’être  .

Or l’être  qui apparaît en un monde, qui apparaît à une conscience, c’est l’être fini, puisque l’amour du fini s’impose à la pensée, même mathématique.

Badiou le reconnaît quand il dit que « l’être n’est multiple qu’autant qu’il advient à la présentation . Ce qui se présente est essentiellement multiple, mais ce qui se présente est essentiellement un. Ce qui apparaît, essentiellement multiple, c’est l’être qui apparaît  à une conscience entravée par l’amour du fini;  ce qui se présente, essentiellement un, c’est l’être pur , selon une pensée libérée de l’amour du fini.

Nous retombons sur le même paradoxe que nous avons déjà cROISEÉ  à propos de la signification de « présence de l’unité dans une conscience « :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/03/12/une-difficulte-que-signifie-presence-de-lunite-dans-une-conscience/

La pensée libérée de l ‘amour du fini, après la difficile ascèse décrite par Spinoza dans le « Traité de la réforme de l’entendement «  ce serait la pensée mathématicienne, et la difficile ascèse ce serait la pratique des mathématiques, dans leur aspect fondationnel ( théorie des ensembles , des catégories, des espaces de Chu, HoTT) pas les mathématique de l’ingénieur, ce qui veut dire que la libération vis à vis du plan vital serait réservée aux mathématiciens , ce qui est clairement inacceptable.

une réforme de l’intellect .vement nécessaire pour libérer la pensée entravée par l’amour du fini , mais aussi d’une ascèse vitale, car la vie est aussi entravée , pas seulement la pensée : l’amour du fini c’est la recherche des faux biens dont parle Spinoza : richesses, gloire, plaisirs.

L’etre humain libéré de l’amour du fini, à la fois dans la pensée par la pratique de l’ascèse intellectuelle des mathématiques et dans la vie par l’ascèse vitale du renoncement aux faux biens du monde, est celui qui est libre de s’orienter vers notre fin véritable : la recherche du Douverain Bien, Amor Dei intellectualis de Spinoza.

 

 

 

 

 

 

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