L’amour du fini : la mise en esclavage dans l’Egypte du plan vital : les addictions

ALe sexe et les drogues dont l’alcool est la principale ( et au nombre desquelles figure le tabac)  sont les obstacles à la liberté intérieure  les plus évidents dans le monde., qui est ce que j’appelle plan vital , qui comprend trois niveaux étagés : matière, vie et psychisme, plan régi par ce que Badiou nomme axiome du « matérialisme démocratique » : » il n’y a que des corps et des langages «   , croyance ( un axiome est ce qui est admis sans démonstration )  qui est selon Badiou ( et sur ce point je suis d’accord ) responsable de la désorientation spirituelle qui frappe la population occidentale, et en particulier la jeunesse qui se réfugie pour cette raison dans les paradis artificiels  , c’est à dire dans l’immédiateté du plaisir . Avoir une relation sexuelle satisfaisante n’est pas de l’ordre de l’immédiateté , cela exige une stratégie de séduction qui n’est pas à la portée de n’importe qui, aussi l’alcool et le tabac se développent ils à une vitesse préoccupante chez les jeunes, suffisamment préoccupante pour que le législateur s’en soit soucié aidé par les inévitables « experts «  dans les différents « comités de pilotage »  qui occupent les somptueux locaux administratifs des beaux quartiers . Ces honorables personnes s’inquiètent plutôt des frais pour la Sécurité sociale  que toute cette toxicomanie  engendre, plutôt que du bonheur et de la santé des jeunes générations. D’ailleurs chacun sait que le vin , ce n’est pas de l’alcool, n’est ce pas ? Mais il existe dans nos sociétés, qui ont , c’est bien connu,  inventé le bonheur, une idée neuve en Europe, une voie par laquelle le sexe vient se mettre à la hauteur d’une bouteille d’alcool , c’est à dire pas très haut, s’agissant de l’immédiateté de la « consommation »  : c’est la prostitution , qui préoccupe aussi nos belles âmes dans les bureaux à moquette neuve. Car  on craint pour finir que cela noie la « digue du cul » sous les eaux glacées du calcul égoïste : vous n’allez quand même pas prétendre qu’Amour Maître des cieux se vend pour quelques billets. D’ailleurs le cash, qui est traqué, ne plaît plus à nos autorités , bancaires en particulier. Et puis on a bien besoin de la légende urbaine et romantique de l’Amour avec un grand A pour faire tenir la société tranquille, éviter trop de casse sur les Champs Elysées ou ailleurs . On ne va pas désespérer la banlieue Ouest, pas vrai ? Ce serait se tirer une balle dans le pied !

Le tabagisme est bien un esclavage , mais surtout économique , graces en soient rendues aux comités d’experts en écoomie publique qui ont imaginé une politique  de taxation intensive pour faire baisser la consommation : bientot le paquet sera à 10 euros . Seulement ces gens tres malins, plutôt qu’intelligents, ne se rendent même pas compte qu’ils poussent les populations défavorisées à la rage, surtout que ce prélèvement financier vient s’ajouter à ceux des radars et amendes routières. Résultat : plus d’un million de conducteurs « oublient » de s’assurer , risquant ainsi, en cas d’accident grave où leur responsabilité serait engagée, de devoir payer toute leur vie pour rembourser , et de laisser leur dette à leurs enfants s’ils sont libérés de cet esclavage par une faucheuse compatissante . Par contre on a rarement vu une consommation excessive de tabac provoquer une dépression où le sujet a peur de tout, et en particulier de se lever de son lit. Enfin je n’en sais rien, je n’ai jamais fumé et je m’ en félicite tous les jours..

Le plan vital , vanité des vanités , est celui des générations successives :

https://www.info-bible.org/lsg/21.Ecclesiaste.html

«Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.Vanité  des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.Quel  avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le solei Une génération  s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. »

Le sexe, condition du remplacement des générations, est donc une autorité , un « archonte » auquel tout le monde est soumis , car sans lui, le monde prendrait fin . On voit bien qu’il ne se situe pas au même niveau que les drogues, et pourtant il mène souvent à une addiction , décrite par Balzac dans «  La cousine Bette » :

 

https://fr.m.wikisource.org/wiki/La_Cousine_Bette_(ed._Houssiaux)

«   Elle s’arrêta tout épouvantée en reconnaissant la voix du baron, qui, séduit par les charmes d’Agathe, en était arrivé par la résistance calculée de cette atroce maritorne, à lui dire ces odieuses paroles : — Ma femme n’a pas long-temps à vivre, et si tu veux tu pourras être baronne. Adeline jeta un cri, laissa tomber son bougeoir et s’enfuit.

Trois jours après, la baronne, administrée la veille, était à l’agonie et se voyait entourée de sa famille en larmes. Un moment avant d’expirer, elle prit la main de son mari, la pressa et lui dit à l’oreille : — Mon ami, je n’avais plus que ma vie à te donner : dans un moment tu seras libre, et tu pourras faire une baronne Hulot.

Et l’on vit, ce qui doit être rare, des larmes sortir des yeux d’une morte. La férocité du Vice avait vaincu la patience de l’ange, à qui, sur le bord de l’Éternité, il échappa le seul mot de reproche qu’elle eût fait entendre de toute sa vie.

Le baron Hulot quitta Paris trois jours après l’enterrement de sa femme. Onze mois après, Victorin apprit indirectement le mariage de son père avec mademoiselle Agathe Piquetard, qui s’était célébré à Isigny, le premier février mil huit cent quarante-six.

— Les ancêtres peuvent s’opposer au mariage de leurs enfants, mais les enfants ne peuvent pas empêcher les folies des ancêtres en enfance, dit maître Hulot à maître Popinot, le second fils de l’ancien ministre du commerce, qui lui parlait de ce mariage. «

Mais toutes les addictions, qui ont en commun la perte ou l’absence  de la liberté , ne révèlent elles pas cette contradiction fondamentale de la pensée et de la vie soumise à l’amour du fini dont j’ai parlé dans l’article précédent ?  Apparemment le sujet de l’addiction ne peut tenir ses promesses, c’est le bien connu serment de l’ivrogne  : « désormais je ne boirai plus une goutte «  . Mais le peut il, être fidèle à ses promesses, ou à sa femme, le pauvre homme ? Il aspire sincèrement à autre chose, il ne sait pas très bien quoi, mais il croit dur comme fer à la réalité de cette bouteille, ou de cette somptueuse paire de fesses, qui enfin va le rendre heureux , Un verre c’est trop, mille verres pas assez, on y perd son latin comme son arithmétique .

 

Et là ,nous sommes sans aucun doute dans l’ontologie du fini : la bouteille est toujours vide le lendemain matin !

Ce sont de faux biens , qui laissent après eux hébétude et impossibilité de réfléchir , alors pourquoi est ce si difficile de les quitter pour le Vrai Bien ? Parce qu’on croit que ce sont des bien réels , alors que le vrai bien est hypothétique : ne va t’on pas abandonner « un  bien certain pour une chimère ?  C’est ce que se dit Spinoza jusqu’à ce qu’il réfléchisse et se rende compte que ces biens si assurés sont des maux certains :

http://spinozaetnous.org/tre.htm

« Et bientôt une méditation attentive me conduisit jusqu’à reconnaître que je quittais, à considérer le fond des choses, des maux certains pour un bien certain. Je me voyais en effet jeté en un très-grand danger, qui me faisait une loi de chercher de toutes mes forces un remède, même incertain ; à peu près comme un malade, attaqué d’une maladie mortelle, qui prévoyant une mort certaine s’il ne trouve pas un remède, rassemble toutes ses forces pour chercher ce remède sauveur, quoique incertain s’il parviendra à le découvrir ; et il fait cela, parce qu’en ce remède est placée toute son espérance. Et véritablement, tous les objets que poursuit le vulgaire non-seulement ne fournissent aucun remède capable de contribuer à la conservation de notre être, mais ils y font obstacle ; car ce sont ces objets mêmes qui causent plus d’une fois la mort des hommes qui les possèdent et toujours celle des hommes qui en sont possédés.«

 

plusieurs commentateurs ont souligné le ton tragique inhabituel de Spinoza dans ce prologue , mais c’est parce que l’amour du fini asservit même la pensée, qu’il empêche d’être  instrument  de libération  comme elle le devrait . La pensée asservie croit à la réalité substantielle du fini, du monde, alors que l’Esprit universel est conçu comme irréel, superstructure de la matière . Pour sortir de cette impasse , il est donc nécessaire que le sujet se trouve comme un malade en train de mourir, ce qu’il est effectivement souvent, et qu’il place sa seule espérance de sauver sa vie en le remède, qui est simple : renoncer totalement et instantanément au faux bien, sexe, alcool ou autre drogue.

j’ai souvent répété ici le propos obscur et magnifique  de Léon Brunschvicg à la fin d’Introduction à la vie de l’esprit :

« La vraie religion c’est  le renoncement  à la mort «

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

« Rien ne peut interdire à l’intelligence de rencontrer dans le monde uniquement ce qui est fait pour elle, la loi d’où naît la vérité. Il n’y a pas d’évènement quelqu’inattendu qu’il soit , quelque contraire à nos tendances personnelles, qui ne serve à enrichir le domaine de notre connaissance.

Nous n’avons à redouter d’autre ennemi que l’erreur; et l’erreur, si nous savons l’avouer avec sincérité et nous en délivrer scrupuleusement, ne fait qu’augmenter le prix de la vérité définitvement possédée.

Rien ne peut empêcher la volonté de rencontrer dans le monde uniquement ce qu’elle cherche, l’occasion de se dévouer à l’intérêt supérieur de l’humanité; elle n’a rien  à craindre, hors ses propres défaillances.

Une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit..

il est incapable de nous rien renvoyer si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit.

Et dés lors, ce que nous avons dit de l’univers, il faut le dire aussi de la vie.

La vie est bonne absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort »

Le renoncement à la mort c’est le renoncement aux faux biens vrais maux, c’est le renoncement au fini qui est notre nature humaine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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