Simon Frank : la distinction entre « ce qui est donné » et « ce qui est présent «  dans l’évidence immédiate

 

On peut le lire ici :

http://sophia.free-h.net/spip.php?article403

Ce texte est tiré du livre « La connaissance et l’être  » c’en est le chapitre  3.

Simon Frank est un philosophe intéressant, très influencé par Nicolas de Cuse :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Siméon_Frank

Il a commencé par le marxisme, pour lequel il avait de la sympathie, puis s’est converti au christianisme orthodoxe en 1912, de même que Husserl s’était converti au protestantisme en 1886.

On note donc que parmi les juifs admirables retenus ici , Léon Brunschvicg avait pris ses distances , comme son inspirateur Spinoza , qui lui avait été rejeté de la «  nation d’Israel » par le hères de 1656 prononcé par les rabbins d’Amsterdam :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/le-herem-destruction-de-spinoza/

Selon Etienne Gilson, Brunschvicg « nous reprochait, à nous autres catholiques, d’être  encore  trop juifs » :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/le-haricot-de-brunschvicg/

Simone Weil  , admiratrice des Cathares, est accusée d’antisémitisme (!!!) pour avoir comparé dans les années 30, Moise à Charles Maurras . On a vu que Husserl et Simon Frank avaient choisi le christianisme, ce que se préparait à faire Henri Bergson qui y renonça pour ne pas abandonner ses frères de race dans l’épreuve à la fin des années 30…

je pense que l’on peut mettre en relation cette attirance de certains philosophes juifs pour le christianisme avec le tableau que donne Marie Anne Cochet :u

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/24/cochetbrunschvicg-12-trois-types-detres-humains-donc-trois-conceptions-de-dieu-trois-dieux-en-guerre/

à propos des trois niveaux des conceptions de « Dieu » dans les trois religions abrahamiques : judaïsme et islam ont pour Dieu le « Dieu de la matière » où Dieu créateur; le deuxième niveau est celui des dieux de la vie, Père sans père ou Absolu de la paternité et Fils sans fils ou Absolu de la filialite  et le christianisme correspond à ce niveau . C’est pour cette raison que l’Eglise nie que Jésus ait eu une descendance, il en a certainement eu en tant qu’homme, mais Jésus considéré comme Dieu-Fils n’est pas Jésus en tant qu’homme.

Enfin troisième niveau : Dieu est Esprit, c’est le niveau purement philosophique , le Dieu des philosophes et des Savants, Dieu purement divin s’opposant au Dieu humain, anthropomorphique, dans la troisième opposition fondamentale de Brunschvicg dans « Raison et religion »

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/14/brunschvicgraisonreligion-troisieme-opposition-fondamentale-dieu-humain-ou-dieu-divin/

Il y a une relation d’ordre entre les trois niveaux : le niveau philosophique (Dieu est Esprit)  est supérieur au niveau propre au christianisme, celui de la vie, lequel s’élève au dessus de celui du Dieu de la matière. C’est la raison pour laquelle les philosophes juifs sont tentés par le christianisme, dont on peut conjecturer que la notion de Trinité contient l’échelle des trois niveaux.

Revenons maintenant au texte de Simon Frank :

http://sophia.free-h.net/spip.php?article403

qui constitue le chapitre 3 de « La connaissance et l’être » , livre qui  est paru chez Aubier dans la collection « Philosophie de l’esprit », il doit être épuisé,  mais le livre « L’inconcevable «  , paru en 1939, a été réédité au Cerf récemment .

La distinction entre « donné » et « présent » possède des correspondances avec l’être décomposé chez Jean-Michel Le Lannou :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/03/23/de-letre-decompose-de-jean-michel-le-lannou-a-lontologie-ensembliste-de-badiou-dans-letre-et-levenement/

L’amour du fini ne consisterait il pas à restreindre le « présent » au « donné immédiat » ( ce dont précisément Simon Frank montre qu’il s’agit d’une erreur intellectuelle ) ?

Deux exemples sont présentés : celui d’un paysage d’été d’abord :

«Je contemple un paysage d’été qui s’étend devant moi. Je vois l’azur du ciel, la verdure des prairies et des forêts, les filets de fumée grise sortant des cheminées des maisons, j’entends les voix des paysans travaillant aux champs, je sens l’air chaud et parfumé de cette belle journée d’été. »

 

le donné, ce sont les données immédiates de la conscience, c’est à dire ici de la sensation. Le présent ,  c’est tout ce qui s’y ajoute comme résultat d’une élaboration mentale de ces données .

Le second exemple est plus simple : le sujet observateur est placé juste devant un tableau sur un mur  dans une pièce d’un appartement dans une ville.  Le donné c’est la perception de ce tableau , composé si l’on veut pour une simplicité maximale d’une tache de couleur rouge sur fond blanc, mais le sujet sait qu’ à côté de cette pièce s’étendent d’autres pièces, d’autre immeubles dans la même ville. Ce second exemple vient en deux versions, spatiale et temporelle, le donné correspond à l’ici qui n’est qu’une toute petite portion d’espace ( le tableau ) ou au maintenant qui n’est q’une toute petite portion de temps.

« Mais à côté de tout « ici » et de tout « maintenant », nous « possédons » immédiatement un « là-bas » et un « alors » infinis. L’ « ici » et le « maintenant » ne sont qu’une partie, un fragment de ce « là-bas » et de cet « alors » absolus ; fragment inachevé, supposant et exigeant une continuation ; un point déterminé par les coordonnées d’un système infini.«

Simon Frank appelle « transcensus » ce qui est au delà du donné immédiat  mais ne peut pas plus être mis en doute que l’évidence immédiate du donné :

« Si nous ne pouvions atteindre que les données immanentes, nous serions plongés entièrement dans le moment présent, nous n’aurions aucune idée de la vie de la conscience, car celle-ci, s’écoulant dans le temps, ne peut être contemplée que par un esprit qui s’élève au-dessus du temps.«

Cette « transcendance » est immanente, présente à la conscience .:

«Nous saisissons le temps immédiatement et d’un seul coup dans tout son infini ; nous sommes donc directement plongés dans l’éternité ; nous y vivons, et nous nous orientons dans nos rapports temporels « au point de vue de l’éternité ».

Il est clair que ce moment non-temporel ou éternel ne peut être éliminé par la pensée et forme la première base évidente dans la prise de conscience de quoi que ce soit. Nous avons déjà vu que tout ce qui est « donné » ne l’est qu’en liaison avec le non-donné, sur le fond de ce qui est « présent », et est inconcevable en dehors des rapports avec cette continuation de lui-même (qu’est le non-donné) »

Le trans-temporel est l’unité du temps infini, ce par quoi cette infinité du temps peut être embrassé d’un seul coup d’oeil

«Celui-ci n’est certainement pas identique à la durée infinie dans le temps ; mais il n’est pas séparé du flot temporel, de façon à n’avoir aucun rapport avec lui : il est l’unité même de l’être directement présent à nous, et le fondement unique de toute la réalité temporelle. C’est le fondement primordial de toute transcendance ; à côté du contenu immanent que nous saisissons à l’instant présent, c’est-à-dire des données immédiates, nous possédons de façon tout aussi directe l’éternité comme l’unité de tout l’être concevable. C’est par cette unité, qui entre dans la structure de chaque conscience de façon primordiale et inévitable, que nous nous élevons au-dessus des données immédiates, et c’est cette unité encore qui, par le fait qu’elle nous élève au-dessus de l’instant donné, nous découvre toute l’immensité infinie de l’être qui est transcendant à tout élément donné dans le temps, et par conséquent dans l’espace. »

Dans le chapitre 1 du même livre « La connaissance et l’être » Simon Frank note de manière formelle «  x est A « ce qu’il appelle un jugement thétique. Un jugement synthétique est de la forme «  A est B » où A et B sont deux contenus déterminés

x est l’inconnu, l’indéterminé et la connaissance est pénétration dans l’inconnu : «  A est B » est équivalent à «  Ax est B » , où Ax signifie «  x est A » . L’analyse complète du jugement synthétique «  A est B » aboutit donc à « x, qui est A est aussi ou en même temps B » , les jugements synthétiques appellent et impliquent les jugements thétiques.  « A est B » est simplement , sous forme de jugement thétique «  x est AB »

il me semble que tout ceci peut être formulé dans la théorie des catégories par des flèches .

A est B , jugement synthétique, sera formalisé par un morphisme  A  —> B

Le jugement thétique x est A peut être formalisé par le morphisme identité sur A :

1A : A —-> A

Les jugements peuvent être combinés comme les morphismes  sont composés dans une catégorie  : x est A suivi de A est B est formalisé par la suite de flèches qui se composent

A ——> A ——->B

qui revient à :

x est AB

c’est à dire en notation formelle : AB ——> AB

Au final on obtiendra l’unité de tous les  contenus déterminés , comme « connaissance totale « , sous la forme d’un morphisme unité .

c’est cette présence de l’unité à la conscience dont Brunschvicg dit:

«  En dehors de la présence de l’unité dans une conscience qui sait n’être radicalement extérieure à rien, il n’y a rien »

seulement il y a deux voies pour parvenir à ce Vrai Bien :

– encyclopédique , terrestre , consistant à aligner tous les contenus déterminés . C’est ce à quoi fait allusion le Maître Zen quand il répond au disciple qui lui pose une question de disciple, naïve : «  je vous répondrai quand vous aurez bu toute l’eau de la rivière de l’Ouest «

– voie de l’aigle , de l’Idée : la présence de l’unité c’est la présence de l’Idée d’Un : cela correspond à «  devenir l’Esprit «  dans « Manifeste pour l’autonomie «

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/07/brunschvicgintroduction-suite-du-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/

 

 

 

 

 

 

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