David Oliver : the shaggy steed of physics

le livre peut être lu ici :

https://lesharmoniesdelesprit.files.wordpress.com/2015/11/the-shaggy-steed-of-physics-mathematical-beauty-in-the-physical-world.pdf

cet article est à son sujet :

https://m.slashdot.org/story/49623

« Shaggy steed of physics » veut dire «  cheval poilu de la physique » , c’est un titre  inspiré d’un conte , l’histoire du prince  Conn ( The  story of Conn- eda) tiré du recueil de W B Yeats «  Contes populaires et féériques irlandais » , l’histoire racontée est à peu près celle ci : un royaume prospère et pacifique a décliné et est tombé , à la suite d’une malédiction, dans un état de complet chaos… un peu comme la France ces dernières 40 ou 50 années. Le prince, désireux de sauver son royaume, est dirigé par un druide (un homme de sagesse et de connaissance, un peu l’analogue des brahmanes hindous ) vers un cheval poilu ( shaggy steed) qui offre de le mener, à travers une série d’épreuves, vers un royaume magique où le prince pourra acquérir des pouvoirs qui lui permettront de lever la malédiction et de restaurer l’harmonie. Le cheval qui ne paye pas de mine se révèle être d’une aide puissante, il le conduit dans un voyage fabuleux et donne au prince la compréhension des forces cachées dans l’univers et en lui même . Mais à l’entrée dans le royaume magique, il exhorte le prince à le tuer  , à l’écorcher et à s’envelopper dans sa peau.

Le prince, qui s’est mis à aimer ce guide, refuse avec horreur. Mais le cheval  l’exhorte à ce sacrifice qui est une épreuve finale  et le prévient que s’il ne réussit pas, il subira un destin pire que la mort . Il lui demande seulement, après avoir triomphé et pénétré dans le royaume, de revenir vers son cadavre, d’en chasser les vautours et de l’oindre avec une petite fiole qu’il trouve avec le couteau, dans l’oreille du cheval.

Le prince obéit d’un cœur brisé à ces instructions, le couteau semble guidé par des forces indépendantes de la volonté du princemais quand  celui ci revient oindre la carcasse du cheval avec la fiole, une transformation  magique à lieu et le cadavre prend la forme d’un autre prince  , ce nouveau compagnon lui tombe dans les bras.

Cette histoire résume sous forme symbolique le livre de David Oliver : l’état de chaos et de dégénérescence du royaume est celui de la physique astronomique ptolémaïque avant Copernic , dont la théorie héliocentrique est rejetée au début par les tenants du système de Ptolémée, de même que le cheval poilu du conte ne paye pas de mine. Mais la nouvelle théorie fait son chemin et se révèle d’une extraordinaire beauté et simplicité (alors que les calculs du système de Ptolémée étaient très compliqués) . Elle ouvre la voie pour un règne de deux siècles à la mécanique classique de Newton , puis aux travaux d’Euler, Lagrange, Jacobi et Hamilton. Mais survient une nouvelle crise, avec la découverte de l’atome  : le système Newtonien doit être sacrifié sur l’autel de la vérité , car il se révèle inapte à surmonter les contradictions nées de l’expérience.

Il s’agit d’une métamorphose plutôt que d’un anéantissement : l’ancien est conservé dans le nouveau, la mécanique classique mathématique de Lagrange et Hamilton demeure dans la mécanique quantique.

Le cheval de petite taille est représenté dans le livre de David Oliver par  une toute petite  partie de la mécanique classique, qui est le problème à deux corps ( two-body problem) . Ce problème en apparence mineur éclaire à la fois les aspects macroscopiques de la physique moderne, étudiés par Kepler et Newton, et les aspects  quantiques. Ce que David Oliver appelle «  the  heavens and the  elements » .Le problème à deux corps aboutit ainsi à l’ellipse de Kepler, et, au niveau microscopique, à l’atome d’hydrogène.

le problème à deux corps est donc appelé par l’auteur un « paradigme mouvant de l’unité du monde physique « .

Mais ce sont les symétries mises en jeu par ce problème qui sont remarquables, ces symétries sont  des rotations dans un espace à quatre dimensions ,   de deux sortes : réelles et imaginaires , symétries par rotation d’une sphère ayant pour rayon un nombre réel, aboutissant aux fonctions trigonométriques classiques ( cosinus, sinus,.. )  ou une sphère ayant pour rayon un nombre imaginaire, multiple du nombre imaginaire i qui est la racine carrée de (-1) , aboutissant aux fonctions dites hyperboliquesy

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fonction_hyperbolique

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Primitives_de_fonctions_hyperboliques

Les symétries par rotation à quatre dimensions  auxquelles aboutit le problème à deux corps sont liées à la constante de  Planck , donc à la physique quantique, lorsque la rotation est réelle, et à l’espace temps de Minkowski, donc à la relativité , lorsque la rotation est imaginaire.

le problème à deux corps ( qui est le cheval poilu de la physique ) mène donc aux deux théories (quantique et relativiste )  qui permettent de « voir » le monde véritable. C’est cela, le sens du fait que dans le conte , le petit cheval mène le prince jusqu’au « royaume magique «  où le souverain pourra acquérir la force nécessaire pour restaurer l’harmonie (l’unité) . Mais auparavant le sacrifice du cheval sera nécessaire, c’est à dire l’abandon du système classique de Newton.

la préface du livre commence en évoquant les deux aspects présents lors de Le contemplation du « ciel étoilé au dessus de ma tête «   : sensuel, sans pensée ni réflexion, c’est le monde imaginaire du pur spectacle de la perception.

Mais il existe un autre aspect, caché et intérieur (inner landscape) (monde véritable)

David Oliver dit  à ce propos que « le monde que nous touchons, voyons, sentons   est  profondément mathématique » (deeply mathematical)

Ce fossé entre ce qui apparaît et ce qui est , est aussi évoqué  dans un propos de Brunschvicg :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent » 

Le « soleil sensible » appartient au monde imaginaire, consistant seulement en apparences  : c’est une boule de feu, c’est chaud, c’est aveuglant… L’intelligence du Soleil astronomique  marque cette étape où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique (l’ici  et maintenant du corps) pour « s’installer dans le Soleil «  , pas pour voyager jusqu’au Soleil sensible, ce qui serait si c’était possible signer son arrêt de mort, mais cela signifie « voir le monde véritable » . C’est cela le sens de « accéder au monde véritable «

Le propos de Brunschvicg associé la mort aux apparences du Soleil sensible , mais d’un côté il y a le « sentiment de notre éternité  intime «  , qui correspond à l’affirmation de Spinoza « nous sentons et expérimentons que nous sommes en quelque sorte éternels », de l’autre il y a l’intelligence du Soleil astronomique, c’est à dire la compréhension des travaux de Kepler .  Ce n’est pas tout à fait la même chose .

Cependant il y a cet extrait de la fin du livre « Introduction à la vie de l’esprit »:

»La vraie religion est le renoncement à la mort;

elle fait que rien ne passe et rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme »

Le phénomène de la disparition (« tout être qui apparaît et semble disparaître «  ) correspond aux apparences du Soleil sensible, ce qui est dégagé par le travail spirituel, à savoir l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, correspond à l’intelligence du Soleil astronomique c’est à dire à l’étude et à la compréhension de la mécanique céleste, qui de nos jours passe par la compréhension de la Relativité générale .

Le petit cheval poilu de la physique , c’est à dire le problème à deux corps, nous y conduit. Pour peu que nous réussissions à « nous détacher de notre centre biologique « pour nous installer en cette sphère dont le centre est partout et la circonférence  nulle part

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/24/scienceinternelle-13-le-livre-des-xxiv-philosophes-ou-du-dieu-idee-qui-vient-en-24-idees/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/26/dany-robert-dufour-la-situation-desesperee-du-present-me-remplit-despoir/

https://www.academia.edu/4697789/_Une_sphère_infinie_dont_le_centre_est_partout_et_la_circonférence_nulle_part_._L_omnicentrisme_chez_Giordano_Bruno_in_F._Tinguely_dir._La_Renaissance_décentrée._Actes_du_Colloque_de_Genève_28-29_septembre_2006_Genève_Droz_2008_pp._33-47

 

 

 

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