« Un drame dans les airs » de Jules Verne : «  nous aborderons au Soleil »

cette courte nouvelle de Jules Verne est une de celles qui m’a le plus impressionné. Elle est ici sur Wikisource :

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Un_Drame_dans_les_airs

j’avais rédigé cet article à son propos :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/26/themes-ascensionnels-un-drame-dans-les-airs-de-jules-verne/

Mais il ne faut pas prendre le récit au pied de la lettre, j’en suis maintenant persuadé.

Le narrateur est un àerostier, un sportif qui pratique les ascensions en ballon. Mais ce jour là, un passager clandestin:

« Quand je me relevai, je me trouvai face à face avec un voyageur imprévu, le jeune homme pâle. »

qui est fou, selon le récit qui en est fait , se glisse dans la nacelle. Ce jeune homme fou semble obsédé par l’idée de monter toujours plus haut, et pour cela de jeter par dessus bord toujours plus de « lest », afin d’alléger le poids total et de monter. Il continue ainsi

« Une  fois à terre, nous nous expliquerons, répondis-je, piqué du ton léger avec lequel il me parlait.

Bah ! ne songeons pas au retour !

— Croyez-vous donc que je tarderai à descendre ?

— Descendre ! dit-il avec surprise. Descendre ! — Commençons par monter d’abord. »

Et avant que je pusse l’empocher, deux sacs de sable, avaient été jetés par-dessus la nacelle, sans même avoir été vidés ! »

… »L’inconnu consulta le baromètre et dit :

« Nous voici à huit cents mètres ! Les hommes ressemblent à des insectes ! Voyez ! Je crois que c’est de cette hauteur qu’il faut toujours les considérer, pour juger sainement de leurs proportions ! La place de la Comédie est transformée en une immense fourmilière. Regardez la foule qui s’entasse sur les quais et le Zeil qui diminue. Nous sommes au-dessus de l’église du Dom. Le Mein n’est déjà plus qu’une ligne blanchâtre qui coupe la ville, et ce pont, le Mein-Brucke, semble un fil jeté entre les deux rives du fleuve. »” «

«Votre nom ? demandai-je.

— Mon nom ? Que vous importe ?

— Je vous demande votre nom !

— Je me nomme Érostrate ou Empédocle, à votre choix. »

Je redonne ce lien que j’avais déjà donné dans l’article initial, sur le roman de Yukio Mishima « Le pavillon d’or » , qui décrit aussi un homme, un moine novice,  qui détruit ce qu’il admire  le plus : le pavillon d’or

http://www.lampe-tempete.fr/AbolitionVitale.pdf

Car les deux personnages ê la nouvelle  représentent  deux niveaux de la conscience de Jules Verne : l’aérostier représente le personnage se trouvant, se cachant derrière la conscience  « normale », qui pratique les ascensions par goût du sport, et le « fou » représente l’aventurier de l’esprit, qui méprise la vie « normale » et quotidienne  et ne désire que monter pour échapper à cette Terre qu’il hait et méprise.  Dans l’article précédent j’avais utilisé le terme de « luciférien » dans l’anthroposophie, qui s’oppose à «  ahrimanien ». Mais évidemment il faut s’écarter des âneries de Rudolf Steiner  selon lesquelles Lucifer et Ahriman seraient des « êtres spirituels » qui influencent les hommes .

Mais l’inconnu préféré la mythologie gréco-latine

«Oui monsieur ! oui ! Depuis Phaéton, depuis Icare, depuis Architas, j’ai tout recherché, tout compulsé, tout appris ! Par moi, l’art aérostatique rendrait d’immenses services au monde, si Dieu me prêtait vie ! Mais cela ne sera pas !

— Pourquoi ?

— Parce que je me nomme Empédocle ou Érostrate ! »

Jusqu’à la fin où il dévoile ses véritables desseins :

»Voici l’heure ! me dit-il. Il faut mourir ! Nous sommes rejetés par les hommes ! Ils nous méprisent ! Écrasons-les !

— Grâce ! fis-je.

Coupons ces cordes ! Que cette nacelle soit abandonnée dans l’espace !

La force attractive changera de direction, et nous aborderons au soleil ! »

les deux hommes se battent et le fou disparaît dans l’espace.

Si l’inconnu parle du Soleil sensible, alors il est véritablement fou à lier.. et ignorant  : ce n’est pas parce que le ballon s’est élevé à 3500 mètres de hauteur qu’ils vont s’approcher suffisamment du Soleil, ou même de la Lune. Et d’ailleurs s’ils s’approchaient trop du Soleil, ce qui est impossible en ballon, ils seraient brûlés sans rémission.

Mais s’il entend par « Soleil le « Soleil astronomique » alors rappelons nous les propos de Brunschvicg que j’ai cités hier :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/04/22/david-oliver-the-shaggy-steed-of-physics/

« Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparencesdu soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent » 

comment la pensée humaine peut elle se détacher suffisamment de son centre biologique, c’est à dire de son Moi vital , pour s’installer dans le Soleil, aborder au Soleil selon les termes de l’inconnu ? En se débarrassant des poids qui l’empêchent de monter, c’est à dire de tout ce qui l’attache au monde imaginaire, de tout ce qui le retient dans le monde, de tout ce qui est d’ordre « ahrimanien « .

Les propos, fous si on les comprend à la lettre, mais sensés si on les comprend selon l’esprit, de l’inconnu peuvent donc être compris « symboliquement «  comme ceux d’un « aventurier de l’esprit » , qui existe en tout être humain, et la fin signifie que le personnage philistin, normal , reste en vie tandis que le Moi audacieux, entreprenant, risque -tout meurt dans l’aventure .

Le monde ne nous laisse que le choix entre devenir un fou ou un Saint . C’est sans doute le sens de l’oeuvre de Balzac, ou, plus récemment , des films de Stanley Kubrick :

http://www.gordonbanks.com/gordon/pubs/kubricks.html

C’est en tout cas la signification du premier film de Kubrick « Fear and desire « :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/09/13/stanley-kubrick-fear-and-desire-v-o-st-fr-1952/

si notre destin est d’etre écartelés entre la peur ( de perdre ce que l’on croit posséder ) et le désir (d’acquérir ce que l’on n’a pas ) alors le choix se situe entre la folie et la sainteté du renoncement. Mais ce qui est le plus difficile, et réclame le maximum de Sainteté , est de renoncer à la mort

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

 

 

 

 

 

 

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