Léon Brunschvicg : les conditions du progrès spirituel dans la théorie de la relativité

le Chapitre XXII du « Progrès de la conscience tome II » est titré « Les conditions du progrès spirituel ». et porte en grande partie sur le sens philosophiques de la théorie de la relativité d’Einstein, ainsi que sur la philosophie de Bergson. Brunschvicg et Bergson participèrent tous deux à la conférence donnée par Einstein le 6 avril 1922 :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/04/25/conference-deinstein-a-la-societe-de-philosophie-le-6-avril-1922/

Comme il le disait déjà le 6 avril 1922, c’est l’unité «  sans endroit ni envers » entre le mathématique et le physique qui définit le plus clairement l’apport de la relativité :

»Un trait fondamental est commun aux deux théories de la relativité, c’est qu’elles sont indivisiblement mathématiques et physiques, sans qu’on puisse indiquer ni à partir de quel point la raison et l’expérience auraient commencé de collaborer, ni à quel moment leur collaboration pourrait cesser. La géométrie est physique, autant que la physique est géométrie. Autrement dit, le caractère de la science einsteinienne est de ne pas comporter une phase de représentation imaginative, qui précéderait la phase proprement mathématique de la science. Il n’y a pas de phénomènes dont la détermination qualitative puisse suffire, abstraction faite de leurs coefficients numériques. Il n’y a pas non plus de loi, au sens où Newton formulait la loi newtonienne de la gravitation, c’est-à-dire d’énoncé général qui serait à considérer indépendamment de son application concrète et qui soulèverait par suite, au delà de cet énoncé, le problème de savoir quelle en est la causalité. Mais pas davantage non plus, il n’y a, donnée préalablement à l’opération expérimentale, une forme canonique de mesure qui prescrirait impérativement de procéder suivant telle ou telle voie, qui imposerait un type classique d’homogénéité spatiale ou d’uniformité temporelle. Il n’y a pas de contenant, défini en dehors du contenu. L’espace et le temps doivent être gagnés à la sueur de notre front. La continuité du labeur humain les tisse inséparablement l’un de l’autre ; et chaque progrès de ce travail heureux contribue à dessiner la structure de l’univers qui n’est autre, à vrai dire, que leur double et inextricable tissu. »

c’est à dire que l’univers véritable est constitué (mais non créé) par le travail de la conscience.

pour reprendre une tournure Shakespearienne de langage :

le monde imaginaire est « de l’étoffe dont sont faits les songes »; Le monde véritable est «  de l’étoffe dont sont faites les équations ».

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/22/nous-sommes-letoffe-dont-sont-faits-les-reves/

Et s’il est vrai que cette étoffe que nous sommes, c’est le Temps, il y a deux façons de l’être : newtonienne, avant la relativité , et après. La théorie de la relativité aboutit en effet à un bouleversement dans les conceptions du temps, d’un « temps immuable et absolu » avant Einstein à une multitude indéfinie de temps , un pour chaque conscience. Et si personne n’a pu s’en apercevoir  avant, c’est parce que tous les êtres humains vivent ensemble sur une même planète Terre, et ne sont distingués que par des vitesses relatives très petites devant la vitesse de la lumière de 300000 km par seconde. Mais il reste que l’effet relativiste a pu être confirmé par l’expérience.

cette étoffe du monde véritable, dont sont faites les équations d’Einstein :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Équation_d%27Einstein

c’est l’unité sans couture du mathématique et du physique, qui n’est accessible que lorsque la physique mathématique , qui n’est autre que la pensée moderne, a atteint son stade classique , au XXeme siècle  seulement :

»Le XXe siècle a vu se transformer entièrement le rapport de la science positive à la conscience humaine par la transformation de l’idée fondamentale que les savants s’étaient faite jusqu’ici de la connexion entre la mathématique et la physique . Une lumière inattendue a été projetée sur des difficultés auxquelles la réflexion des savants et des philosophes s’était heurtée durant près de trois cents ans. »

« Par là, peut-on dire, la théorie de la relativité confère à la physique mathématique l’unité du style classique.«

là seulement peut s’exercer le partage entre deux mentalités  : orientée vers le progrès vers l’esprit, le plan internel, la mentalité idéaliste, ou bien régressive, la mentalité néo- réaliste:

« De même que, selon de Bonald, le XVIIIe siècle étant le contraire de l’Évangile, il n’y avait qu’à retourner le XVIIIe siècle pour rejoindre l’Évangile, de même le néo-réalisme contemporain s’est justifié à ses propres yeux en se représentant comme la négation de la négation idéaliste« 

seulement l’idéalisme a à effectuer une sorte de travail d’Hercule, et il en est capable, avec l’aide de la relativité et de l’unité sans endroit ni envers qu’elle apporte :

»Il convient seulement de dire que l’idéalisme a une tâche à remplir, qui est de remporter la victoire sur lui-même, de franchir la distance entre la passivité, l’individualité, du Repræsento, et l’activité, l’universalité, du Cogito. »

Par la, la « solution «  au problème du solipsisme qui est celle de nos jours de la donation dans la phénoménologie de Jean Luc Marion, est évitée :

« il n’y a aucune raison de conclure que la négation d’un tel idéalisme doive se faire au profit du réalisme, comme s’il n’y avait en effet d’autre alternative, pour échapper au solipsisme, que la position d’un donné ou intérieur ou extérieur au moi.« 

Le conflit est réglé, qui avait lieu entre le cartésianisme et le « mathématisme expérimental » de Newton, et cette solution est celle de l’unité de la mesure :

« Le projet cartésien de mathématique universelle signifiait déjà ce que Pythagore et Platon semblent bien avoir pressenti, que l’intelligence des choses commence et finit avec leur mesure . Mais l’interprétation exacte du primat de la mesure, et par suite la vérité même du savoir scientifique, demeuraient voilées tant que l’opération de mesure se dissociait en deux moments que l’on supposait effectivement séparés l’un de l’autre : d’une part, la forme du raisonnement mathématique, idéalité abstraite du mesurant ; et, d’autre part, la matière de l’expérience physique, réalité concrète du mesuré. »

« MrEinstein a déjà pris place parmi les génies qui nous permettent de transformer, selon l’image platonicienne, la lumière sensible en lumière intelligible » dit Brunschvicg..

Mais puisque théorie quantique et Relativité générale doivent être unifiées, cette transformation est effectuée dans la théorie quantique de la lumière :

https://www.grandinetti.org/quantum-theory-light

https://www.quora.com/What-is-the-quantum-theory-of-light

http://farside.ph.utexas.edu/teaching/qmech/Quantum/node20.html

 

 

Advertisements
This entry was posted in Bergson, Cochet-Brunschvicg, Léon Brunschvicg, Ouvert : dualité plan vital-plan spirituel, Philosophie, Physique, Relativité, Science, mathesis, Science-internelle. Bookmark the permalink.