La guerre et la paix : retour sur « Nos années folles » d’André Téchiné

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/04/10/retour-sur-nos-annees-folles-dandre-techine-monter-au-front-est-ce-monter-au-ciel/

Le lien donné ici pour voir ce film en streaming ne fonctionne plus :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/03/24/andre-techine-nos-annees-folles-2017/

par contre celui ci marche :

Nos Années folles en streaming

La scène que je juge centrale se situe à 1h 04 minutes, avec l’entrevue du comte de Lauzin , décoré de guerre, et de Louise. Le comte refuse d’être appelé « un héros » mais avoue à Louise, dont le mari s’est travesti en femme pour échapper au champ de bataille,  sa « nostalgie du front « : «  Les déserteurs n’ont pas compris l’expérience du front, ce ne sont pas des hommes. Ils n’ont pas su voir que monter au front, c’est monter au ciel »

»monter au ciel , quand le cœur fait peau neuve, parce que le soldat qui donne sa vie pour la Nation devient la nation toute entière. Moi même quand j’ai fait cette expérience du front je ne me suis jamais senti aussi libre, ma vie m’est devenue infiniment précieuse, pourtant j’étais prêt à la quitter sans regret. L’expérience de la guerre nous a libérés de nous mêmes, elle nous a permis de trouver une vie supérieure »

Il explique à Louise le désespoir qu’il a connu en retrouvant l’existence médiocre du temps de paix, qu’il a été tenté par le suicide, cat il avait perdu comme tous les autres ayant connu l’expérience du front « une âme plus grande que la sienne » . Il termine en avouant à Louise que l’amour qu’il a conçu pour elle est « la meilleure part de sa vie » qui seule a pu le sauver du désespoir.

cette scène très belle en scandalisera certains, qui douteront qu’elle puisse correspondre à la réalité . Pourtant il a existé indiscutablement des hommes, souvent des officiers d’active, qui ont aimé la guerre, Ernst Junger fait partie de ces hommes, et nous a laissé dans « Orages d’acier » un témoignage sans ambiguïtés . Seulement l’instinct ne joue t’il pas un rôle dans cet état d’esprit ? Le soldat qui donne sa vie pour la Nation devient la Nation tout entière, soit, mais il ne s’agit jamais que d’un ensemble particulier, qui n’est pas identique à l’humanité , ensemble bien plus vaste, et d’ailleurs il ne s’agit jamais que d’un universel abstrait, seuls les mathèmes appartenant à la théorie des catégories peuvent être dits « universels concrets », correspondant à une Idée :

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/universalisme-abstrait-de-la-theorie-des-ensembles-vs-universalisme-concret-de-la-theorie-des-categories/

L’ensemble de tous les humains vivant à cette date est un mathème abstrait, ensembliste, par contre un universel concret correspondant à l’Idée d’humanité pourrait être un humain représentant à la perfection la propriété « être un humain » ( Jésus ou Socrate, ou Ramana Maharshi)

donc admettons que le soldat qui se sacrifie pour la Nation « devient la nation tout entière «  : c’est une communauté particulière, comme la communauté de tous les musulmans (oumma) , pas la communauté humaine universelle, mais, en tant qu’ensemble, c’est un universel abstrait, ne représentant pas une Idée. Conclusion : le sacrifice guerrier, considéré comme « don de soi à la Nation » est une expérience d’ordre instinctif-vital. Seule l’identification à une Idée intelligible serait une expérience spirituelle.

on retrouve là le verdict guénonien montrant la supériorité des « brahmanes » sur les « kshatriyas » ( guerriers), de la connaissance sur l’action, même sacrificielle.

reste à savoir bien sûr si René Guénon propose une véritable voie de connaissance..

au total, quand le comte de Lauzin parle de « vie supérieure », qui « nous libère de nous mêmes « , il s’agit du monde imaginaire, où se déroulent les guerres entre nations particulières, pas du monde véritable qui est éclairé par la lumière intelligible des Idées.

Parfaitement , les deux guerres mondiales qui n’en sont qu’une, une guerre de trente ans de 1914 à 1944 comme le pensait Max Gallo, sont d’ordre imaginaire, mais elles ont réellement eu lieu. «  La guerre de Troie n’a pas eu lieu »  signifie simplement que la guerre de Troie, comme toutes les guerres, ne concerne pas le monde véritable, bien qu’elle soit la source de bien beaux poèmes. Mais « les poètes mentent trop »..

D’ailleurs, revenant au film d’André Téchiné, c’est le comte de Lauzin qui organise ces fêtes orgiaques magnifiant « l’instinct sexuel «  et ses propriétés dissolvantes, qui finalement détruiront Paul Grappe, assassiné par Louise.

sexe ou sacrifice guerrier, nous restons dans le domaine de l’instinct vital. Comment le débarquement en Normandie du D-day le 6 juin 1944 à t’il été «  vendu » aux troupes par le commandement militaire américain ? Comme une exaltante  conquête d’ordre « sexuel », où les jeunes femmes françaises, nettement plus « libérées » que les américaines, jouaient le rôle de « récompenses » pour les héros.. mais nous savons que « l’enfer est pour les héros ».

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