Héros malgré lui ( Stephen Frears, 1992) : la parabole de l’oignon

https://m.ok.ru/video/275172297294

 

La scène se situe à environ 14 minutes : devant un auditoire de journalistes, à New York, la journaliste Gale Gayley prend un oignon comme métaphore du sujet journalistique, elle commence à peler un oignon réel, pour symboliser l’enquête du reporter à la recherche de la vérité  . L’effet ne se fait pas attendre et c’est les yeux embués de larme qu’elle développe le thème symbolique : qu’est ce que la vérité d’un être humain , sinon des histoires emboîtées comme les pelures d’un oignon et que découvre t’on une fois qu’on a tout enlevé ? Une vérité qui se situe au cœur de l’être ou de l’oignon, ou bien le vide total ? C’est la seconde alternative qui est la juste, et c’est là la parabole du monde imaginaire, c’est à dire réel, vital, qui est celui du « matérialisme démocratique » occidental : il n’y a que des corps et des langages mais pas de vérité derrière toutes ces histoires sentimentales emboîtées. Une voie large qui mène au nihilisme et à la perdition collective et individuelle, dont Alain Badiou propose de modifier l’axiome fondateur « il n’y a que des corps et des langages » en ajoutant en incise «  sinon qu’il y a des vérités » , vérités qui sont universelles et éternelles (cf les vérités éternelles de Descartes), et qui sont ici les théorèmes de la physique mathématique qui fondent le monde véritable de la relativité quantique. Au lieu d’histoires indéfiniment emboîtées qui ressemblent aux pelures d’un oignon, les propositions de la physique qui ont une  « valeur de vérité » , donc qui constituent le « monde véritable »

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Héros_malgré_lui_(film,_1992)

Mais le film continue et le scénario se développe : Gale Gailey , vraie professionnelle, prend l’avion pour rentrer au plus vite, l’avion se crashe, et les passagers sont sauvés par Bernie La Plante, un petit escroc minable qui survit au moyen de larcins divers. On ne retrouve pas le sauveteur , qui entre temps est rentré chez lui, et les médias lancent une grande campagne pour retrouver « l’ange du vol 104 » qui a sauvé tout le monde. Channel four propose une récompense d’un million de dollars et LaPlante veut dévoiler son identité pour toucher l’argent, mais c’est John Bubber, un SDF à qui il avait raconté toute l’histoire , qui prend les devants et devient le héros de toute l’Amérique. Une comédie acerbe et hilarante.

Le monde imaginaire, simple assemblage d’histoires emboîtées sans aucune vérité, ne peut mener qu’au mensonge médiatique et à la propagande.

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