Vincente Minnelli : « comme un torrent » ( «  some came running ») 1958 vf

J’avais déjà écrit sur ce film remarquable :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/23/comme-un-torrent-some-came-running-de-vincente-minnelli-1958/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/06/14/comme-un-torrent-some-came-running-de-vincente-minnelli1958/

Mais les liens ne marchent plus.. on peut le voir en streaming vf ici :

Some Came Running en streaming

C’est un chef d’oeuvre, c’est entendu, mais il y a quelque chose sur laquelle je n’avais pas insisté dans les articles précédents : l’alcoolisme de Dave Hirsch , qui est un vagabond, écrivain génial , un peu comme Jack Kerouac dans les années 50 et toute la « beat generation «  qui aboutira dans les années 60 aux hippies , et au meurtre atroce de l’épouse de Polanski et de ses amies en 1969 par la secte de Charles Manson.

mais le film, tourné en 1958, se déroule en 1948 : Dave a porté l’uniforme et revient dans sa ville natale Parkman (en fait Madison il me semble). Il méprise les « intellectuels «  qui voient le domaine de l’esprit, la littérature, comme une arène pour leur « critique » stérile et desséchante, lui est un créateur, un écrivain, quoiqu’au début, usé par l’alcool, il veuille tout plaquer et ne se considère plus comme écrivain. Il en a existé un autre, un grand écrivain, William Faulkner, mort en 1962, qui était sujet à des crises d’éthylisme de temps à autre , c’était aussi le cas d’Edgar Poe,  et Dave Hirsch connaît les mêmes péripéties dépressives, sauf que lui boit comme un trou et tout le temps.

Bien sûr, on peut expliquer cela par son mode de vie et sa solitude essentielle, motivée par son mépris de l’ordre bourgeois hypocrite incarné par son frère Franck, mais ce sur quoi je n’ai pas assez insisté , c’est qu’en buvant comme il le fait, lui et son ami Bama Dillert (Dean Martin), il se livre au Mal , avec la cascade de conséquences désastreuses que raconte le scénario ; un véritable créateur qui boit ou se drogue ( comme dans « L’homme au bras d’or » avec Sinatra aussi)  va contre l’Ordre cosmique qui soutient son être véritable et commet une sorte de péché contre l’ordre de l’Esprit, dont il est l’un des représentants. Depuis les années 60, et l’essor de la vague psychiatrique, on cherche à « déculpabiliser «  : l’alcoolisme est une maladie, plus un crime, c’est le slogan répété à l’envie par les «  Alcooliques anonymes «  ou les associations analogues : Narcotiques anonymes ou Dépendants affectifs et sexuels anonymes.

Dans le film , l’épisode central est la « confession » de Dave à Bama Dillert : il sait que cette volonté d’épouser Gini Moorehead ( Shirley Mac Laine) , la prostituée qui s’est amourachée de lui , est aberrante et Bama le lui répète assez, en des termes qui aujourd’hui lui vaudraient un procès de la part des LGBTQ :

»pourquoi est ce que je l’épouse ? parce que j’en ai marre d’être seul, je n’ai pas pu m’aider moi même, peut être pourrai je la sauver elle »

mais il sait très bien que ceci ne peut aboutir qu’à une catastrophe, ce que la fin du film confirmera.

Crtte « vallée de la mort » dont parle l’officiant lors de l’enterrement de Gini à la fin, c’est le monde, le plan vital , dont l’essence est la solitude et l’incommunicabilité montrée aussi dans le cinéma d’Antonioni : mais fuir cette réalité dans l’alcool ou la drogue est une lâcheté , une impuissance à assumer la tâche humaine : transfigurer le monde par la vérité.

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

»Rien ne peut interdire à l’intelligence de rencontrer dans le monde uniquement ce qui est fait pour elle, la loi d’où naît la vérité. Il n’y a pas d’évènement quelqu’inattendu qu’il soit , quelque contraire à nos tendances personnelles, qui ne serve à enrichir le domaine de notre connaissance.

Nous n’avons à redouter d’autre ennemi que l’erreur; et l’erreur, si nous savons l’avouer avec sincérité et nous en délivrer scrupuleusement, ne fait qu’augmenter le prix de la vérité définitvement possédée.

Rien ne peut empêcher la volonté de rencontrer dans le monde uniquement ce qu’elle cherche, l’occasion de se dévouer à l’intérêt supérieur de l’humanité; elle n’a rien  à craindre, hors ses propres défaillances. »

« Les obstacles qu’on dresse devant nous, les haines qui nous sont manifestées, ne servent qu’à purifier et à approfondir notre amour des hommes »

« Une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit..

…il est incapable de nous rien renvoyer si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit.

Et dés lors, ce que nous avons dit de l’univers, il faut le dire aussi de la vie.

La vie est bonne absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort;

elle fait que rien ne passe et rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme »

voilà le péché de Dave Hirsch : ne pas renoncer à la mort, et entraîner les autres dans le gouffre où il est tombé par sa propre faute

http://www.cvm.qc.ca/encephi/contenu/textes/kantlumieres.htm

«Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières. »

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