Vincente Minnelli : quinze jours ailleurs (« two weeks in another town  ») 1962 vf

a voir ici (lien 1):

https://www.streamcomplet.vip/251403-quinze-jours-ailleurs-two.html

j’avais déjà souligné mon admiration pour ce grand film :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/29/vincente-minnelli-15-jours-ailleurs-1962-mais-seulement-le-debut-du-film/

où la musique de  David Raksin joue un rôle important, comme pour «  Laura » d’Otto Preminger en 1944, mais je ne trouvais pas de streaming en vf.

Il forme un tout avec  « The bad and the beautiful » réalisé par Minnelli 10 ans avant, aussi avec Kirk Douglas , la musique est aussi de David Raksin:

https://newstrum.wordpress.com/2017/11/13/les-ensorceles-the-bad-and-the-beautiful-de-vincente-minnelli-jonathan-shields-presente/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/31/vincente-minnelli-the-bad-and-the-beautiful-les-ensorceles-1952/

Dont un extrait est présenté dans « Quinze jours ailleurs » à 26 minutes 45  ( c’est dans le scénario un film tourné par Kruger, qui est donc Minnelli lui même , avec Jack Andrus= Kirk Douglas )

ainsi qu’avec « Some came running » de 1958 , le thème de l’alcoolisme est central dans les deux films : mais « Comme un torrent «  est une tragédie, qui finit de manière tragique:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/07/29/vincente-minnelli-comme-un-torrent-some-came-running-1958-vf/

tandis que « Quinze jours ailleurs » est un film que j’avais caractérisé comme « wittgensteinien » parce qu’il évoque pour moi le verset du Tractatus :

»6.521 La solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce problème.
(N’est-ce pas la raison pour laquelle les hommes à qui le sens de la vie, après de longs doutes, est devenu clair, ceux-là n’ont pu dire alors en quoi ce sens consistait?)

La solution du problème de la vie ne consiste pas à dire : « le but suprême de la vie, c’est ça et ça «  mais à ne plus se poser la terrible question « à quoi bon? » qui conduit au suicide, comme le note Bernanos à la fin de « Mouchette ». Lorsque le problème de la vie a disparu , on ne se pose plus la question du suicide.

Jack Andrus arrive à la fin à trouver sa liberté intérieure , et comprend que personne ne peut vivre et penser pour une autre personne : il croyait dépendre de Kruger, qu’il admirait et haïssait à la fois, il s’aperçoit qu’il a pu terminer le film à la place du grand réalisateur  frappé par une crise cardiaque. Il croyait dépendre de Carlotta, il s’apercoit  qu’il peut se passer d’elle . Et surtout il enseigne cette sagesse qui dépasse les mots et les leçons de morale à Davie Drew  qui dépend beaucoup trop des autres, comme Andrus lorsqu’il était jeune. Bref Andrus ne joue pas les (faux) gourous..

En résolvant tous ses problèmes Jack trouve en lui même une source inépuisable d’énergie créatrice, qui lui permet de se mesurer aux défis immenses de la mise en scène et de terminer le film de Kruger frappé par une crise cardiaque. La voie spirituelle est plutôt de l’ordre du faire, de l’agir que du parler, des creux discours.. là encore le Tractatus avec son dernier verset nous montre la voie :

»ce qu’on ne peut pas dire, il faut le laisser sous silence »

Mais cet «  agir » n’est pas de l’activisme, c’est changement d’orientation du Penser, tel est le sens du début célèbre de «  Qu’est ce que  les Lumières ? » de Kant :

http://www.cvm.qc.ca/encephi/contenu/textes/kantlumieres.htm

»Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de son état de tutelle  dont il est lui-même responsable. Minorité, état de tutelle, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières. »

La liberté retrouvée par Jack Andrus, c’est la liberté de penser librement. Il était lui même responsable de son enfermement dans une clinique psychiatrique au début du film . Tout comme Dave Hirsch est lui même responsable , dans « comme un torrent » des catastrophes qui le frappent, lui et ceux qui l’entourent.

Renoncer à la mort, c’est retrouver un penser sain et libre,  libéré de la dépendance du temps, vraiment « maître des horloges » pour le coup ( la dictature des horloges, c’est le plan vital) : la religion véritable, ce que Brunschvicg appelle la «  pureté absolue de l’esprit » c’est ce Penser libre. La « pureté dangereuse » dont parle Bernard Henri Lévy c’est l’ersatz de cette pureté là chez tous les Tartuffe du monde.

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