Vincente Minnelli : « The bad and the beautiful «  ( « Les ensorcelés « ) 1952 vostfr

J’avais déjà rédigé un article sur ce grand film, si bouleversant :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/31/vincente-minnelli-the-bad-and-the-beautiful-les-ensorceles-1952/

et il y a aussi un article sur ce film génial dans le blog Newstrum , article que j’ai déjà rebloggué ici :

https://newstrum.wordpress.com/2017/11/13/les-ensorceles-the-bad-and-the-beautiful-de-vincente-minnelli-jonathan-shields-presente/

Je suis totalement d’accord : ce film est un des plus beaux chefs d’oeuvre  de Minnelli, il est toujours ici en vostfr :

https://m.ok.ru/video/91119684314

le film de 1962, dix ans après, «  quinze jours ailleurs » , dont la musique est composée aussi par David Raksin, le compositeur de Laura, qui en 1944 avait composé cette musique mélancolique au piano après avoir passé un week end dans le désespoir parce qu’il avait reçu le Samedi matin une lettre d’un avocat le prévenant que sa femme, dont il était follement amoureux, engageait une procédure de divorce :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/07/30/vincente-minnelli-quinze-jours-ailleurs-two-weeks-in-another-town-1962-vf/

est très « proche » de « The bad and the beautiful » , dont il repasse une scène.

le réalisateur Kruger, qui est joué par Edward G Robinson dans « Quinze jours ailleurs » est donc Minnelli lui même, et l’acteur Jack Andrus (Kirk Douglas ) est l’acteur qui joue Jonathan Shields dans « Les ensorcelés » . Dix ans plus tard il retrouve Kruger-Minnelli et lui lance en visionnant le film de 1952 : «  Kruger tu es génial ! » ce à quoi Kruger rétorque : «  J’étais génial ! »

le blog Newstrum, qui connaît mieux le cinéma que moi, affirme que les « ensorcelés » ce sont tous les personnages du film : le producteur Jonathan Shields est ensorcelé par Hollywood, il ne conçoit pas l’intérêt de la vie sans les films, il ne les crée pas pour l’argent ou la célébrité , mais pour l’amour du cinéma. Les trois autres : Fred Amiel, Georgia Lorrisson et Pete Bartlow , sont ensorcelés par lui parce qu’il les « force », en quelque sorte, à donner le meilleur d’eux mêmes pour le cinéma. C’est donc grâce à lui qu’ils deviennent riches et célèbres, mais ils lui gardent une rancune tenace, parce qu’ils savent qu’il s’est servi d’eux en les manipulant, non pour son intérêt personnel mais pour que le film soit meilleur. A la fin du film cependant, on s’aperçoit qu’ils restent ensorcelés parce qu’ils se partagent l’écouteur téléphonique pour écouter la voix de Shields, auquel ils viennent de transmettre leur refus de faire un nouveau film avec lui.

Mais que veut dire « Shields est ensorcelé par Hollywood » ? L’argent et le sexe ne l’intéressent pas, seule  la qualité des films qu’il produit  le motive. A un moment du film, un peu après 23 minutes, il confesse à Fred Amiel qui est encore son ami, qu’après la fin d’une réalisation il connaît une phase dépressive, exactement comme un homme qui a séduit une femme et a couché avec elle. C’est là la caractéristique du plan vital : une impression de satiété suivant toute réussite d’ordre vital , ce qui est exprimé par la phrase bien connue « Post coitum omne animal triste « . Par contre sur le plan spirituel il n’en va pas de même :

»le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption…ce qui est constitutif de l’esprit est l’unité d’un progrès par l’accumulation unilinéaire de vérités toujours positives. »

Sur le plan vital il n’y a pas de « progrès « , il ne peut y avoir qu’un « progrès de la conscience » qui est son progrès vers l’Esprit universel. Donc si Shields, qui comme Kruger dans. « Quinze jours ailleurs » ne vit que pour réaliser des films, est « ensorcelé par Hollywood », cela  veut dire que la réalisation de films n’est pas une activité spirituelle, mais tient plus du plan vital, ce qui explique d’ailleurs les phases de dépression de Shields après la fin de chaque production. A un autre moment du film , où éclate leur brouille, Shields explique à Fred Amiel, qu’il a évincé du rôle de réalisateur, «  effectivement au départ c’était ton projet; mais si je n’avais pas été là ce serait resté une pure idée »  Examinons par exemple en parallèle la création d’un roman ou d’un poème par un artiste : il part d’une idée, mais là non plus cela ne suffit pas . La création du roman est un travail énorme, c’est là que l’artiste vérifie s’il est ou non un romancier. En mathématiques, l’idée humaine est le mathème, le modèle , d’une Idée intelligible non humaine. Mais là encore l’idée ne suffit pas : il faut, pour qu’il y ait vraiment nouvelle connaissance mathématique, que l’idée s’intègre dans une théorie, où elle sera reliée à d’autres idées par des démonstrations de vérités. Ceci peut être envisagé comme une catégorie dont les objets seront les mathèmes et les flèches entre deux mathèmes seront des théorèmes faisant intervenir les deux notions.

La différence dans la production d’un film, c’est que cela implique une équipe de plusieurs personnes :les acteurs, les cameramen, les monteurs, script- girl, habilleuses, maquilleuses, scénariste, ainsi bien sûr que le réalisateur et le producteur, Et puis il y a les spectateurs : si le film fait un bide, on n’en parlera plus jamais, tandis que l’activité du romancier ou du mathématicien est solitaire et dépend beaucoup moins de la réception du public : on ne s’est aperçu de l’intérêt des découvertes de Galois que bien après sa mort. De même un peintre peut vivre dans la misère, comme Modigliani, et ne devenir célèbre qu’après sa mort.

C’est justement cet aspect « collectif » qui fait que le cinéma n’est pas un « art » comme un autre : le metteur en scène, ou le producteur comme ici, doit « gérer » les problèmes humains, psychologiques, des acteurs , qui sont souvent de fortes » personnalités », et l’on connaît de nombreux cas de grands metteurs en scène qui se sont montrés « difficiles » dans leur relation avec les acteurs, comme Stanley Kubrick où Jean – Pierre Melville, qui en 1966 dans le «  Deuxième souffle », avait fait augmenter la vitesse du train où Lino Ventura devait monter après son évasion, mais sans prévenir l’acteur : les deux hommes ne se parlèrent plus jamais suite à cet incident.

Il y a d’ailleurs une curieuse évolution entre « Les ensorcelés » en 1952 et « Quinze jours ailleurs » en 1962 : Jonathan Shields , le producteur qui manipule les acteurs et les metteurs en scène, devient Kruger qui est  réalisateur et doit faire face à un producteur italien qui se moque de la qualité des films car il est seulement intéressé par l’argent. Mais Kruger est aussi un manipulateur égocentrique qui tente de faire boire Jack Andrus, qui vient de sortir d’un long séjour psychiatrique, pour mieux l’avoir à sa botte. Ainsi Shields qui manipulait les acteurs, mais pour pouvoir tirer le meilleur d’eux, devient Kruger, qui se préoccupe de la qualité des films qu’il réalise, mais avec des motifs purement égotistes de gloire dans les milieux du cinéma. En l’espace de 10 ans, les mentalités ont changé, et pour le pire. Et cinquante sept ans après , c’est bien plus évident encore: Hollywood, d’usine à rêves qu’il était, est devenu fabrique de « films à gros budgets et fins du monde ».

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