Sortilèges et dysthèmes de l’Un : « I’ll never say never to always » chanson de la secte de Charles Manson

Cette chanson de la « Famille » (The Manson Family) passe au début du film de Quentin Tarantino que j’ai vu au cinéma il y a deux jours « Once upon a time in Hollywood »:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/15/quentin-tarantino-once-upon-a-time-in-hollywood/

 

Le texte est ici :

https://genius.com/Charles-manson-ill-never-say-never-to-always-lyrics

« Always is always forever
As one is one is one
Inside yourself for your father
All is none all is none all is none
It’s time to drop all from behind you
The illusion has been just a dream
The Valley of Death may not find you
Now as then on a sunshine beam
So bring only your perfection
For then life will surely be
No cold no fear no hunger
You can see you can see you can see »

autre version :

»Always  is always forever
Cause one is one is one
Look inside yourself for your father
All is none all is none all is one

It’s time to call time from behind you
The illusion has been just a dream
Valley of death and I’ll find you
Now is when on a sunshine beam
So bring only your perfection
For there love will surely be
No cold, pain, fear, or hunger
You can see you can see you can  see »

 

je traduis ou essaye de le faire :

Titre : Jamais je ne dirai jamais  à toujours 

» toujours est toujours à jamais

comme un est un est un

pour ton père à l’intérieur de toi

tout c’est rien tout c’est rien tout c’est rien

il est temps de jeter tout ce qui est derrière toi

ce ne fut qu’un rêve illusoire,

la Vallée de la mort

ne te trouvera peut-être  pas comme alors sur un rayon de soleil

aussi apporte seulement ta perfection

et la vie ne signifiera plus froid

ni peur ni faim

tu es voyant tu es voyant tu es voyant »

dans la seconde version :

»…

tout c’est rien, tout c’est rien, tout est un

il est temps de rappeler le temps qui est derrière toi

l’illusion fut juste un rêve

la Vallée de la mort…

apporte  seulement ta perfection

et il y aura certainement l’amour,

plus de froid ni de peur ni de douleur ni de faim

tu vois tu vois tu vois »

Donc en apparence la mystique (orientale?)  qui était au fond de l’idéal hippie

tout au moins ce qu’en a intégré un homme qui a eu une enfance désastreuse et avait déjà passé en 1968 une grande partie de sa vie en prison: né d’une mère alcoolique et semble t’il prostituée et d’un père qu’il n’a jamais connu, délinquant dès l’âge de 14 ans, sa mère a été envoyée en 1939 alors qu’il avait cinq ans en prison pour cinq ans pour vol à main armée :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Charles_Manson

En 1960 il change en manifestant un intérêt pour la secte de la Scientologie, puis pour les Beatles dont il comprend la chanson « Helter Skelter » de manière apocalyptique comme annonçant une guerre raciale entre noirs  et blancs, ce sont ses séjours répétés en prison qui lui ont inculqué son racisme, il faut dire qu’aux USA les blancs sont en minorité dans les prisons et ne peuvent éviter des moments difficiles qu’en resserrant les rangs autour d’un groupe racial soudé.

Il sort de prison en 1967 au milieu des bouleversements culturels de ces années là : marijuana, amour libre , sectes , gourous, « peace and love ».. bref un peu comme Lino Ventura en 1965 dans « La métamorphose des cloportes «  , sauf que Charles Manson n’est pas Lino Ventura, loin de là.

Il se présente à ses disciples, surtout des femmes jeunes, perdues, révoltées contre leur famille, cherchant un père de substitution, et influençables, comme un Jésus Christ, à la fois Dieu et diable. Comment règne t’il sur elles ? Ne cherchez pas trop  : sexe et drogues.. bref un Messie  , » un peu dealer un peu prophète «  comme dit dans « Taxi driver » Betsy ( Cybill Shepherd) à Travis Bickle (Robert de Niro )

Mais revenons à la chanson « Jamais je ne dirai jamais à toujours «  composée par Charles Manson pour sa « Famille »: « toujours est toujours pour toujours » , « un est un », « tout c’est rien » , cette dernière proposition est ce qui est appelé ici « théorème zéro «  :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/11/16/scienceinternelle-deux-interpretations-possibles-du-theoreme-de-louis-ferdinand-celine/

qui est affirmé dans le « Voyage au bout de la nuit « :

»Entre le pénis, le monde et les mathématiques, la Mathesis, l’hénologie , l’Un , il y a RIEN c’est à dire TOUT, toute la multiplicité des choses et des êtres. LA mathématique n’est rien d’autre que l’activité humaine qui crée un modèle humain, un mathème pour l’UN , le plan internel
RIEN EST, mais l’UN n’EST PAS ( Platon expliqué par Badiou qui ne cite pas sa source : Brunschvicg) »

l’unité de l’un n’a pas besoin de l’être de l’un :

»Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène. »

Le passage sur l’un dans la chanson de la Famille de Manson :

»one is one «

suivi de « all is none »

semble bien correspondre à cette pure unité de l’un passant par dessus l’imagination de l’être. Mais n’oublions pas le vers intermédiaire : » inside  yourself for your father « qui correspond au plan du réalisme biologique, alors que la pure unité de l’un se situe sur le plan de l’idéalisme de l’esprit. Le plan le plus bas est celui du réalisme physique :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/24/cochetbrunschvicg-12-trois-types-detres-humains-donc-trois-conceptions-de-dieu-trois-dieux-en-guerre/

»Mr Brunschvicg s’exprime ainsi :” Dieu, dans le plan du réalisme physique , sera le Créateur, où tout au moins le Démiurge. Dans le plan du réalisme biologique il sera le Père, ou pour mieux dire l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, , engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils , enfin dans le plan de l’idéalisme rationnel, il est le Deus interior, unité présente à tout acte d’unité, jugement d’intelligence ou sentiment d’amour.
Ainsi la matière aura son Dieu, la vie aura son Dieu, l’esprit a son Dieu. Or, ces trois Dieux sont ils compatibles l’un avec l’autre?
Hélas non! Et comme autrefois les dieux des hordes primitives, ces trois Dieux se heurtent dans les sociétés humaines. »

Cette terrible tuerie est engendrée par cet entrechoc de trois niveaux de « Dieux » dans les sociétés humaines : Charles Manson , plus que par les spiritualités orientales qu’il ne connaît d’ailleurs que par le biais du salmigondis de la « contre-culture hippie », autant dire la « sous-culture », est influencé par la   « transmission » du message biblique qui lui vient  de ses grands-parents tout autant que de la société américaine. Ce documentaire fait le point sur ce sujet :

 

et présente plusieurs autres morceaux composés par lui , dont l’un « Cease to exist » a été repris par les Beach Boys. Il semble que Manson avait un réel talent musical, et d’après une contre enquête qui m’a convaincu :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/18/contre-enquete-sur-laffaire-manson/

(mais je connais trop mal le dossier, et me borne à souligner les éléments douteux ) il semble bien que la mythologie autour de lui ( gourou satanique et monstre ) ait été fabriquée de toutes pièces par la police, la presse et le procureur Bugliosi  : la tuerie de Cielo Drive aurait été organisée par Tex Watson, pour se venger de Jay Sebring et Woijiech Krikowsky , (l’ami de Polanski), qui étaient tous deux des dealers des milieux aisés de Hollywood, qui fournissaient aussi des filles à tous ces dégénérés de Sunset drive. Polanski , qui a dû fuir les USA quelques années après pour ne pas être emprisonné pour viol pédophile,  savait, mais pas Sharon Tate.

Donc Manson se présente comme Jésus Christ Dieu et diable à la fois, soit un dualisme qui s’accomode mal de l’unité de l’un. Sans aucune culture religieuse ou philosophique, puisqu’il avait passé une grande partie de sa vie en prison, c’est une sorte de résidu manichéen qu’il régurgite là , condamné certes par les dogmes chrétiens , mais issu d’eux :

»le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption. Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique… »

Bref l’idéologie prêchée par Manson correspond à une chute de l’idéalisme rationnel sur le plan du réalisme biologique, ce que j’appelle ici une chute de l’Idée de l’Un, c’est à dire de l’Etendue Intelligible  séjour des Idées « du ciel en terre ».

Il y a trois autres chutes retentissantes  de l’Idée d’Un dans l’Histoire humaine  :

– dans la Bible, avec le « shma ‘ Israël «

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Chema_Israël

il constitue le fondement du message mosaïque : le Dieu d’Israël est Un.

– Dans le Coran , à la Sourate 112 :

https://www.bismirabbika.com/lire-le-coran/sourate/112.php

verset 1 : « Dis : « Il est Allah, Unique.«

Il est étonnant de constater que dans le verset 6.4 du Deutéronome c’est le verbe « Shma’ » Écoute , qui est employé tandis que dans le Coran c’est le verbe qul « dis »

http://fr.noblequran.org/coran/sourate-al-ikhlas/

قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ

Translittération : qul huwa Allah ahad

Traduction : Dis « Allah est un »

j’interprete ces deux verbes comme correspondant aux deux logos, verbe langage ( dans le Coran)  et verbe Raison ( dans le Shma biblique) distingués par Brunschvicg d’après la philosophie stoïcienne dans « Le Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale »

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/01/15/le-principe-dunite-dans-le-coran-et-la-torah/

«Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός. Ce problème, s’il devait prendre dans le christianisme une forme de plus en plus aiguë, ne relève à son origine que de la seule philosophie. »

D’ailleurs l’importance du verset 6.4 est signalée par la présence en lui de deux « Grandes lettres «  de format anormal :

Ci dessus :Le verset du Chema Israël, ponctué, cantilé et magnifié selon les règles de la Massorah. Les lettres Ayin et Dalet, plus grandes que les autres caractères, forment le mot ‘Ed(« témoin »).

Néanmoins , et même si le texte coranique, inspiré par le « verbe langage extérieur » provenant des scribes nazaréens (judéo-chrétiens)  imposteurs aux ordres des Califes qui ont écrit le Coran, est bien plus catastrophique que le texte biblique ,  qui découle du « verbe intérieur » , les deux écrits témoignent d’une chute de l’Idée d’un du plan internel spirituel , nommé par Marie Anne Cochet « plan de l’idéalisme rationnel » et inspiré  selon Brunschvicg « par « le type de structure mentale commandé  par les relations de la science (μαθήματα), jusqu’au plan du « réalisme physique » qui est le propre du judaïsme comme de l’Islam , qui n’admettent pas la notion de « Père «  du réalisme biologique chrétien

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/24/cochetbrunschvicg-12-trois-types-detres-humains-donc-trois-conceptions-de-dieu-trois-dieux-en-guerre/

« Mr Brunschvicg s’exprime ainsi :” Dieu, dans le plan du réalisme physique , sera le Créateur, où tout au moins le Démiurge. Dans le plan du réalisme biologique il sera le Père, ou pour mieux dire l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, , engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils , enfin dans le plan de l’idéalisme rationnel, il est le Deus interior, unité présente à tout acte d’unité, jugement d’intelligence ou sentiment d’amour.« 

A  cela le Coran ( rédigé par les imposteurs nazaréens qui connaissaient très bien Évangile et Torah)  répond dans la sourate 112 verset 3:

»Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus. »

ce qui d’ailleurs est compatible avec « l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils« 

et pourtant , entre ces deux dieux, celui de la matière et de la vie, la guerre dure depuis 2000 ans:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/25/mais-comment-sappellent-ces-trois-dieux-en-guerre-permanente/

Seule la « dialectique de l’un » pourrait permettre de surmonter ce conflit absurde dû à la dialectique de l’être :

» au contraire de la dialectique de l’être, la dialectique de l’Un se dilate en TOUS sens sans s’épuiser; elle engendre sans se nier, elle multiplie sans confondre, elle divise sans diminuer. Le refus de finalité n’est pas accepté par l’être: l’élan vital, étant élan, commence et finit nécessairement. Mais l’un, immanence même, ne connaît ni commencement, ni fin, étant l’acte du présent éternel. La conscience intellectuelle se développe par la transformation des jugements sensibles, automatisés dans l’être corporel, en jugements réfléchis, dirigés par l’intelligence en vertu de son pouvoir unifiant” .

tout autant qu’elle pourrait signifier la rédemption pour les errances de Manson et de sa famille, qui témoignent simplement du règne du deuxième type de structure mentale , commandé non par les structures relationnelles  de la science, mais par les concepts du discours, bref par la dialectique imaginaire de l’être , commune au réalisme de la matière et au réalisme biologique. Mais j’ai dit supra qu’il existe hélas dans l’histoire humaine un troisième cas de chute catastrophique de l’Idée d’Un « du ciel en terre » , du plan de l’Esprit sur le plan du réalisme qui croit que le monde imaginaire est véritable et non illusoire : ce troisième exemple c’est celui du nazisme.

»pourquoi le racisme est il un mal ? » : les antiracistes auto-proclamés contemporains seraient bien en peine de répondre à cette question autrement que par de piteux « parce que c’est pas cool, mec »

Non , le racisme, le vrai, le nazi,  est un cas de chute de l’Idée d’Un du plan sipirituel de l’Etendue intelligible sur le plan du réalisme biologique. Quand Hitler vociférait son célèbre « Ein Reich, Ein Volk, Ein Führer «  il était comme possédé par cette régression  du plan internel de l’Idée vers le plan illusoire du monde imaginaire de la « dialectique de l’être ».

c’est cela que j’appelle dysthèmes de l’Un : que l’Un cesse d’être  une Idée pour être considéré comme un « étant du monde et de l’Histoire « , que ce soit un Dieu « Maître des Univers » ou une « race des Saigneurs »

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