L’opposition entre dialectique de l’un et dialectique de l’être, c’est l’opposition entre théorie des catégories et théorie des ensembles

Il y a dans ce blog deux articles consacrés aux mathèmes de la participation à l’un ( dans l’oeuvre de Platon) et de la participation à l’être, qui s’avère selon Brunschvicg constituer la dualité principale, voire cruciale de la pensée humaine au   cours de l’histoire :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/12/21/brunschvicgprogresconscience-analyse-ascendante-ou-participation-a-lun-et-synthese-descendante-ou-participation-a-letre/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/16/pensee-selon-letre-et-pensee-selon-lun/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/19/dialectique-de-lun-et-dialectique-de-letre-la-fin-du-progres-de-la-conscience-dans-la-philosophie-occidentale-de-leon-brunschvicg/

Brunschvicg va jusqu’à affirmer dans sa dernière œuvre , terminée en Novembre 1943, deux mois avant sa mort « Héritage de mots, héritage d’idées » que « la méditation de l’être éloigné de Dieu, mais que la méditation de l’Un ramène vers lui » :

«Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène. »

Marie Anne Cochet , celle qui a le mieux compris Brunschvicg, précise la distinction entre dialectique de l’un et dialectique de l’être qui correspond à la différence entre les jugements réfléchis (grâce au fonctionnement de l’intelligence) et jugements sensibles automatisés dans la vie instinctive et corporelle :

» au contraire de la dialectique de l’être, la dialectique de l’Un se dilate en TOUS sens sans s’épuiser; elle engendre sans se nier, elle multiplie sans confondre, elle divise sans diminuer. Le refus de finalité n’est pas accepté par l’être: l’élan vital, étant élan, commence et finit nécessairement. Mais l’un, immanence même, ne connaît ni commencement, ni fin, étant l’acte du présent éternel. La conscience intellectuelle se développe par la transformation des jugements sensibles, automatisés dans l’être corporel, en jugements réfléchis, dirigés par l’intelligence en vertu de son pouvoir unifiant” .

Il est donc certainement important de caractériser mathématiquement cette dualité entre les deux types de pensée, ce qui a été fait dans trois articles, dont deux dans ce blog:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/universalisme-abstrait-de-la-theorie-des-ensembles-vs-universalisme-concret-de-la-theorie-des-categories/

 

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/12/22/theorie-des-categories-internes-et-modeles-de-la-participation-a-letre-et-a-lun/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/01/06/participation-a-lun-et-participation-a-letre-les-mathemes/

dans les trois articles la dualité entre les deux types de pensée croise la dualité entre théorie des catégories et théorie des ensembles , dualité qui est à l’origine de celle considérée au début de ce blog entre plan vital et plan spirituel d’immanence et appelée « Ouvert »:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/03/15/theorie-des-ensembles-et-theorie-des-categories-et-des-topoi-selon-alain-badiou/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/03/15/les-deux-theories-mathematiques-privilegiees-par-badiou-topoi-et-ensembles-correspondant-aux-deux-plans-vital-ontologique-et-spirituel/

Mais l’orientation prise ici diffère de celle de Badiou, qui considère que seule la théorie de l’être en tant qu’être, c’est à dire l’ontologie philosophique, qui se confond avec la théorie des ensembles axiomatisée par Zermelo et Fraenkel, doit être retenue et que toute hénologie est illusoire, retour des vieux discours religieux qu’il s’agit d’abolir. Il caractérise même l’opposition entre théorie des catégories et théorie des ensembles comme « une actualisation contemporaine de l’opposition entre Aristote et Platon »

( voir le prologue, page 12, de la thèse de Frank Jedrzejewski :

https://tel.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/193292/filename/These-FJ.pdf

)

L’attitude de Badiou est représentative de celle de  ces personnes qui s’arrêtent quelque part  :

»La paresse fait que l’homme « s’arrête quelque part » ; et son orgueil rêve que ce quelque part est une limite à jamais infranchissable, livre sacré qui rendra tout autre livre inutile, autorité spirituelle qui permettra de renoncer désormais à tout effort de l’esprit. Mais il est sûr que l’intelligence, que la charité, ont toujours « du mouvement pour aller plus loin ».«

Or le « mouvement pour aller plus loin » dépasse la « dialectique de l’être, qui forme le fond de ce que Badiou nomme sa «  dialectique matérialiste », vers la dialectique de l’un

Mais l’important est « que d’autres oiseaux voleront plus loin » comme le dit Nietzsche à la fin d’Aurore : « Nous autres les aéronautes de l’esprit »:

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Page:Nietzsche_-_Aurore.djvu/418

« Tous ces oiseaux hardis qui s’envolent vers des espaces lointains, toujours plus lointains, — il viendra certainement un moment où ils ne pourront aller plus loin, où ils se percheront sur un mât ou sur quelque aride récif — bien heureux encore de trouver ce misérable asile ! Mais qui aurait le droit de conclure qu’il n’y a plus devant eux une voie libre et sans fin et qu’ils ont volé si loin qu’on peut voler ? Pourtant, tous nos grands initiateurs et tous nos précurseurs ont fini par s’arrêter, et quand la fatigue s’arrête elle ne prend pas les attitudes les plus nobles et les plus gracieuses : il en sera ainsi de toi et de moi ! Mais qu’importe de toi et de moi ! D’autres oiseaux voleront plus loin ! Cette pensée, cette foi qui nous anime, prend son essor, elle rivalise avec eux, elle vole toujours plus loin, plus haut, elle s’élance tout droit dans l’air, au-dessus de notre tête et de l’impuissance de notre tête, et du haut du ciel elle voit dans les lointains de l’espace, elle voit des troupes d’oiseaux bien plus puissants que nous qui s’élanceront dans la direction où nous nous élancions, où tout n’est encore que mer, mer, et encore mer ! — Où voulons-nous donc aller ? Voulons-nous franchir la mer ? Où nous entraîne cette passion puissante, qui prime pour nous toute autre passion ? Pourquoi ce vol éperdu dans cette direction, vers le point où jusqu’à présent tous les soleils déclinèrent et s’éteignirent ?« 

 

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