O V de Lubicz Milosz : l’amoureuse initiation

https://noelblandin.com/milosz-amoureuse-initiation.php

« Texte intégral révisé suivi d’une biographie de O. V. de Milosz. Préface de Gilbert Sigaux. On pourrait ignorer l’œuvre poétique de Milosz et même son évolution spirituelle, “L’Amoureuse Initiation“, son seul et unique roman, ne perdrait rien de son étrange et puissante beauté. Un grand prosateur, qui est en même temps un poète, a fait du drame — de l’ascension amoureuse et spirituelle — de son personnage, qui reflète quelques-unes de ses inquiétudes essentielles, un récit somptueux et fascinant où la Venise de Shakespeare et celle du XVIIIe siècle apparaît comme un personnage double: ville de l’amour heureux et décor de la destruction, de la fin des choses, ville parcourue par des cortèges de Carnaval et par des ombres criminelles; ville de la fête et du désespoir, de la femme et de l’amour victimes du temps. Comme “Miguel Manara“, “L’Amoureuse Initiation” est une autobiographie lyrique, et c’est aussi l’un des romans les plus beaux qu’on puisse lire sur les destinées de l’amour.«

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/13834

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Oscar_Vladislas_de_Lubicz-Milosz

http://www.amisdemilosz.com/oscar-vladislas-de-lubicz-milosz/

« 1910 : L’Amoureuse Initiation. Ce roman se passe à Venise où le Comte de Pinamonte promène son ennui. Il rencontre la belle Annalena dont il tombe amoureux. Quand il découvre son métier de courtisane, une douleur sans nom s’empare de lui. C’est alors que le sens de son aventure lui est révélé : « L’objet d’un amour, et singulièrement d’un amour très profond, n’en peut jamais être la fin ». Pinamonte pressent l’amour divin.«

pressent seulement… si je me souviens bien, le comte trouve  à la fin du livre sa bien-aimée « en main »…

eh non, l’objet d’un amour n’en peut jamais être la fin, qui est l’Amour qui sans aucun doute s’élèvera un jour  : Amor Dei intellectualis , cette sphère lumineuse entrevue au sommet de la dialectique platonicienne de l’un

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/26/connais-tu-bien-lamour-toi-qui-parles-daimer/

« L’intuition spinoziste n’est rien si elle n’est éternelle et totale, si elle ne se rend capable d’appuyer la transparence et l’universalité de l’amour à l’immanence et à la certitude du vrai. En d’autres termes, il n’y a qu’un problème pour le philosophe, ou plus exactement on est philosophe dans la mesure où l’on parvient à ne plus poser qu’un problème, là où il y en a deux selon le vulgaire, et entre lesquels il lui paraîtrait ridicule de chercher le moindre rapport : apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine. Cela, c’est tout un pour Spinoza comme pour Platon. La dialectique du Banquet porte à son sommet le μάθημα, et l’Ethica more geometrico demonstrata s’achève dans l’unité de l’amour intellectuel chez l’homme et chez Dieu. »

les  lignes,  ci dessus, contiennent une juste et belle définition du philosophe : n’est philosophe que celui qui prend conscience que la pensée  est la même chose que la sagesse «  qui est amoureuse des travaux du temps », que la transparence et l’universalité de l’amour se confond avec l’immanence  et la certitude du vrai (« l’immanence des vérités » du dernier livre de Badiou) dans l’unité de l’amour intellectuel chez l’homme et chez Dieu. »

La philo-sophie c’est cette pensée amoureuse de la Sagesse, que j’appelle ici « pensée absolue »

«Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène. »

Cet avènement aura lieu , chez ceux qui auront pris conscience « d’être l’acte unifiant de l’amour » :

»Pour dominer sa destinée d’inconscience et de néant, il faut que la vie accepte de s’éclairer à la lumière de l’intelligence, qui saura la féconder par sa capacité d’expansion infinie, de sympathie universelle. Toute doctrine de la conscience a pour base cet attachement radical à l’être, qui se manifeste dans tout ce qui est capable du moindre sentiment et qui fait que « chacun est un tout à soi-même ; car, ajoute Pascal, lui mort, le tout est mort pour soi » . Mais le caractère de l’imagination réaliste est qu’elle s’arrête à ce sentiment immédiat ; elle fixe la conscience sur place, elle enferme la personnalité dans l’enceinte d’un organisme « unique et clos ». De là est issue l’angoisse de la réciprocité, parallèle dans l’ordre pratique à l’inquiétude sceptique qui est la contre-partie inévitable de la foi dans l’objectivité des apparences sensibles. Or, de cette inquiétude et de cette angoisse l’idéalisme rationnel délivrera la conscience, non pas en la déracinant de l’être, mais en suivant l’élan de désintéressement et de générosité que Socrate et Copernic ont imprimé à la pensée occidentale. Il s’agit pour l’homme de substituer à l’absolu de termes donnés en soi, exclusifs les uns des autres, la formation progressive d’un système dont son individualité ne sera qu’une partie, d’intégrer ainsi à sa propre substance spirituelle les rapports véritables de tous les membres de l’humanité aussi bien que de tous les corps de l’univers. La personne est alors, non plus un objet particulier de la relation de réciprocité, mais son sujet, mais sa raison d’être. Comme l’ont dit d’une voix commune Platon, Spinoza, Fichte, Lagneau, celui-là ne peut plus douter, qui a pris conscience d’être lui-même l’acte unifiant de l’intelligence ; celui-là ne peut plus haïr, qui a pris conscience d’être lui-même l’acte unifiant de l’amour. »

Cette « imagination réaliste » qui s’arrête quelque part , dans un sentiment de clôture et d’enfermement dans l’individu, c’est la dialectique de l’être : l’idéalisme rationnel qui nous délivre de cette prison, c’est la dialectique de l’un, qui ne s’arrête nulle  part, passant par dessus l’imagination de l’être.

Je me souviens et me souviendrai toujours de cette histoire que j’avais lue dans un vieil exemplaire de la revue « Planète « , un ou une artiste qui avait pris pour la première fois du LSD et avait retranscrit ses impressions. Elle avait l’impression d’être enfermée dans une prison, dont les barreaux n’étaient autres que les os de ses côtes

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