Billy Wilder : « Fedora » (1978) vf

J’avais déjà rédigé un article sur ce chef d’oeuvre :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/11/24/un-chef-doeuvre-de-billy-wilder-fedora-1978/

mais le thème, qui est le même que celui du film réalisé 28 ans plus tôt par Billy Wilder, aussi avec William Holden : « Sunset Boulevard » , illustre merveilleusement les derniers articles sur l’emprisonnement de la conscience dans l’individualité corporelle.

Ce thème est le refus du temps, du vieillissement  et de la mort, qui ne peut que provoquer des catastrophes.

Et puis le lien que j’avais donné  pour voir ce film extraordinaire ne fonctionne plus ; par contre le lien suivant est valide :

https://ww.streamcomplet.vip/43042-fedora.html

Fedora, actrice du Hollywood des années 30 et 40, a recours après la guerre à la chirurgie esthétique pour masquer les effets de l’âge. Seulement en 1962 une opération pratiquée par le docteur Vando tourne mal, elle est défigurée, et doit interrompre brutalement sa carrière cinématographique, et se cacher . C’est alors que lui vient l’idée de se faire « remplacer » par sa fille Antonia, née clandestinement en 1939. Ainsi naîtra la légende, quasi-mythologique, du « miracle » de la victoire de la beauté « éternelle » de l’actrice sur le temps. Ce n’est pas la « vraie » Fedora ,  âgée de plus de 60 ans, qui apparaît devant les caméras, mais sa fille Antonia âgée de 30 ans de moins.  Mais pour Antonia c’est un vrai calvaire : elle est obligée de jouer Fedora, d’être Fedora, jusqu’à la mort de la prétendue Fedora, c’est à dire sa propre mort. C’est d’ailleurs ainsi que cela finira, car elle se met à se droguer puis ne trouve de moyen d’échapper à cet emprisonnement dans un personnage fictif qu’en se jetant sous un train.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fedora_(film)

pourquoi cette tentative de fuir le temps et le vieillissement finit il obligatoirement en catastrophe ? Parce que cela revient à nier la dualité du plan vital et du plan internel non pas en transfigurant le monde  et en l’élevant à la hauteur de l’Esprit, mais en faisant le contraire : en faisant chuter  le « ciel « du plan spirituel   en terre du plan vital, ce qui n’est d’ailleurs rien d’autre que le « péché originel » des religions abrahamiques, le Coran imaginant par exemple les jardins d’Allah en bordel où les élus forniquent éternellement avec des « houris » célestes en « récompense pour ce qu’ils faisaient » (massacrer des mécréants, c’est à dire des non musulmans ). La vie de l’esprit s’exerce dans un Présent éternel, celui qui lit de la bonne manière  Platon ou Spinoza est le contemporain de ceux ci, mais ceci n’est pas vrai dans le monde où règne le temps vital irréversible. Et lorsque Fedora a recours à partir des années 50 à la chirurgie esthétique, c’est qu’elle refuse que l’année 1947, où elle déclarait à l’assistant réalisateur Detweiler que son propre corps était « parfait », soit définitivement du passé : elle refuse le temps du monde , sans faire l’effort spirituel nécessaire pour élever le monde à la hauteur du plan spirituel, c’est à dire sans renoncer à la mort.

»La vie est bonne, absolument bonne si nous l’élevons au dessus de la fragilité et de la mort » seulement si nous ne l’élevons pas  en esprit au dessus de la mort et du temps, la vie se termine en catastrophe.

Il existe aussi, à la fin du « Progrès « , dans « Immanence de la réflexion »,  deux passages éclairants de Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/progres_conscience_t2.html

« L’esprit répond pour l’esprit ; il ne répond pas pour la matière et pour la vie, dont les origines lui échappent, non parce qu’elles sont au-dessus, mais parce qu’elles sont au-dessous de lui. L’idée véritable de la création, c’est l’idée de la création ascendante « Le créé, remarque Gœthe, n’est pas moindre que le créateur ; la création vivante a même cet avantage, que le créé peut valoir plus que le créateur . » Cette idée, Homère l’avait exprimée sous la forme la plus simple et la plus sublime dans l’entrevue suprême d’Hector avec Andromaque : « Et qu’un jour en voyant mon fils revenir de la guerre, on dise : celui-ci est bien meilleur encore que son père . » L’accroissement de valeur qui se fait de génération à génération, est la raison du lien entre le citoyen et la patrie, entre le géomètre et la géométrie, comme, d’une façon générale, entre l’homme et l’humanité « 

C’est pour cela que les parents normaux souhaitent tous que leur enfant les dépasse , non pas en gagnant plus d’argent, comme c’est le cas dans les sociétés matérialistes modernes ou bien dans les sociétés inférieures où les enfants doivent subvenir aux besoins matériels des parents devenus vieux , mais les dépasse en valeur « absolue » . Or dans le film Fedora veut ramener à elle même sa fille Antonia sans la laisser libre de suivre son propre destin, et de manifester « l’accroissement  de valeur qui se fait de génération à génération »

Autre passage moins d’une page après :

»Le sentiment profond où science, art, moralité concourent ainsi, sera celui d’une victoire perpétuellement remportée par la conscience sur son passé. Nous savourons la jouissance intime de voir « clair dans notre cœur », lorsque par delà les alternatives des événements, liées au cours du temps, par delà l’ambiguïté des apparences sous lesquelles les êtres et les choses se présentent ou se déguisent à nous, nous pouvons nous rendre témoignage que nous sommes remonté assez haut pour ne plus rencontrer, pour ne plus apercevoir, la négation ou la haine, que nous avons contracté vis-à-vis de nous-même l’assurance de ne plus être séparé du tout des phénomènes entre lesquels nous avons constitué le réseau des relations scientifiques, du tout des hommes entre lesquels nous avons établi des liens positifs de justice et de fraternité. »

Mais pour une conscience qui refuse le temps du vieillissement, pas de victoire remportée sur son passé: une telle conscience est serve, esclave d’un temps de jeunesse où elle « brillait dans le regard des autres » .C’est le péché de Narcisse, et celui ci à force d’admirer son image reflétée perd l’équilibre, chute et tombe dans le ruisseau, image de la chute du plan spirituel en terre du plan vital.

 

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