In dubious battle

Ce qui s’oppose à Eros, c’est Agapé bien sûr, mais la vraie dualité philosophico-mathématique est celle entre l’être et l’un

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/02/12/resume-de-la-these-de-frank-jedrzejewski-diagrammes-et-categories-lun-comme-dual-de-letre/

entre l’amour érotique , symbole de la dictature autoritaire du plan vital des générations, et l’Amor Dei

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/26/connais-tu-bien-lamour-toi-qui-parles-daimer/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/27/o-v-de-lubicz-milosz-lamoureuse-initiation/

J’en suis arrivé à la conclusion que le véritable amour, l’amour intellectuel de Dieu pour l’homme et de l’homme pour Dieu, c’est l’unité sans couture entre les deux leçons de Dieu en une unique Vérité :l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour :

»L’intuition spinoziste n’est rien si elle n’est éternelle et totale, si elle ne se rend capable d’appuyer la transparence et l’universalité de l’amour à l’immanence et à la certitude du vrai. En d’autres termes, il n’y a qu’un problème pour le philosophe, ou plus exactement on est philosophe dans la mesure où l’on parvient à ne plus poser qu’un problème, là où il y en a deux selon le vulgaire, et entre lesquels il lui paraîtrait ridicule de chercher le moindre rapport : apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine. Cela, c’est tout un pour Spinoza comme pour Platon. La dialectique du Banquet porte à son sommet le μάθημα, et l’Ethica more geometrico demonstrata s’achève dans l’unité de l’amour intellectuel chez l’homme et chez Dieu. »

le beau vers de William Blake : » l’éternité est amoureuse des travaux du temps » dit exactement la même chose, de façon beaucoup plus belle, citation de Blake figure dans l’article suivant sur le film « 2001 odyssée de l’espace » :

https://www.senscritique.com/film/2001_L_Odyssee_de_l_espace/critique/106362050

l’éternité, ce que j’appelle ici internité, n’est pas au dessus du temps, elle est immanente à la conscience :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« il est malaisé de décider si l’armée des vivants peut avoir l’espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée  Bergson, de « culbuter la mort« ; mais, puisque le salut est en nous,n’est il pas assuré que l’armée des esprits débouche dans l’éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d’éternité sa stricte signification d’immanence radicale ? « 

comment atteindre l’amor Dei Intellectualis, et faire en sorte que « l’Amour s’élève un jour »? en accomplissant l’ascension céleste de la dialectique de Platon, qui mène de la dialectique de l’être à la dialectique de l’un. Mais cela doit être accompagné d’une ascèse de renoncement à l’amour érotique, d’ailleurs l’un des chapitres de la fin de « La montagne magique » de Thomas Mann est « Le grand renoncement », où Hans Castorp et Claudia Chauchat se quittent, Clawdia retourne dans la plaine bourgeoise, et Hans reste au sanatorium d’où il ne sortira qu’en août 1914 pour le champ de bataille. C’est à dire que la dualité Eros- Agapé  est elle aussi une guerre , guerre entre la passion érotique  des corps  , enlisée dans la dialectique de l’être c’est à dire dans (le non-renoncement à) la mort , ce que permet de comprendre l’épisode des amants dans le cimetière du roman de Bataille « Le bleu du ciel « :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

et l’amour véritable, non érotique, non vital, amour intellectuel de Dieu pour l’homme et de l’homme pour Dieu. Si l’on ne renonce pas à la mort, c’est à dire à l’érotisme, on aura beau se donner de la peine à étudier jour et nuit la théorie des topoi, ce sera en vain: une sorte de Pénélope intérieure défera, déconstruira lors des nuits fauves de l’amour physique érotique les travaux mathématiques du jour !

or la société moderne prend exactement l’orientation inverse, ce qui n’est pas pour me surprendre, car cette voie large et facile de la mort est celle de la perdition nihiliste pornographique : cela dérive des balivernes de Mai 68 « jouir sans entraves » qui, avec la bénédiction de ce crétin de Giscard avec son accordéon ( Je le verrais bien en « joueur d’accordéon de Hameln «  celui là , habillé à la tyrolienne en culotte courte, bretelles et chemise brune, entraînant toute la jeunesse à sa suite aux sons de sa musique d’accordéoniste débile) nous a amenés au délire pornographique contemporain. « Faites amour pas la guerre » le mot d’ordre « piss and love » des années 60, conduit à.. la guerre incessante justement, et l’amour libre est synonyme de soumission à l’autorité des rapports Kinskey et autres impostures. Mais plus loin que 1968, cela remonte à Sartre, qui fait aujourd’hui l’objet d’une page au vitriol :

https://ripostelaique.com/symbole-de-la-haine-anti-francaise-limposteur-sartre-est-toujours-deifie.html

Voir aussi cet ancien article de moi sur « les amants diaboliques »:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/07/05/bianca-lamblin-nee-bienenfeld-memoires-dune-jeune-jeune-fille-derangee/

http://pgrenaud.eklablog.com/fissure-supplementaire-du-mythe-sartre-beauvoir-a118178086

Mais bien sûr, cela remonte à bien avant Sartre et Beauvoir : Sade, et ces libertins que combattait déjà Descartes :

http://mathesis.blogg.org/de-pascal-a-sade-la-subversion-de-la-metaphysique-occidentale-a115764120

La submersion pornographique depuis 50 ans doit être « mise à l’écart » par ceux qui tentent l’ascension, qui se fait en solitaire, vers la dialectique de l’un, car l’un c’est tout autre chose que l’unité ontologique des humains ( ça ce serait plutôt une partouze géante et universelle , la scène du cimetière du « Bleu du ciel » à l’échelle du monde) .

Le renoncement à la mort, la libération face à la séduction de la mort, qui est séduction du plan charnel, c’est le renoncement à Eros, au songe d’amour « né de la mort et de la luxure du corps » : le songe  d’amour n’est pas l’amour.

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/22/cochetbrunschvicg-6-la-conversion-de-la-chair-a-lesprit-dans-le-temps-hermetique/

« Pendant sept ans Hans Castorp demeura chez ceux d’en haut. Ce n’est pas un chiffre rond pour adeptes du système décimal, mais un bon chiffre maniable à sa manière, une étendue de Temps mythique et pittoresque, peut on dire, plus satisfaisant pour l’âme que, par exemple une sèche demi-douzaine….
…C’est ainsi qu’il restait étendu, et c’est ainsi qu’une fois de plus, au plein de l’été, de la saison de son arrivée, pour la septième fois, (il ne le savait pas),l’année accomplissait sa révolution, lorsque…lorsque retentit…
Mais la réserve et la pudeur nous interdisent de renchérir en narrateur zélé sur ce qui retentit et arriva alors…

Les atroces nouvelles montaient à présent directement des profondeurs du plat pays jusque dans sa loge de balcon, elles ébranlaient la maison, emplissaient la salle à manger de leur odeur de soufre qui oppressait la poitrine , et même les chambres des grands malades et des motibonds. C’étaient ces instants où le dormeur allongé dans l’herbe, ne sachant pas ce qui lui arrivait, se redressait lentement avant de se mettre sur son séant et de se frotter les yeux…
…il se vit exorcisé, sauvé, délivré, non par ses propres forces, ainsi qu’il dut le constater à sa confusion, mais expulsé par des forces élémentaires et extérieures pour qui sa délivrance était tout accessoire. Mais encore que son petit destin se perdît dans le destin général, une certaine bonté qui le visait personnellement, une cartaine justice divine par conséquent, ne s’y exprimaient elles pas malgré tout? la vie prenait elle encore une fois soin de son enfant gâté, non pas d’une manière légère, mais de cette manière grave et sévère, au sens d’une épreuve qui, dans ce cas particulier, ne signifiait peut être justement pas la vie, mais trois salves d’honneur pour lui le pécheur. Et il tomba donc à genoux, le visage et les mains levés au ciel, qui était sombre et chargé de vapeurs de soufre, mais du moins n’était plus la voûte caverneuse de la Montagne des péchés

Où sommes nous? Qu’est ce que cela? Où nous à transportés le songe?
Crépuscule, pluie et boue, rougeur trouble du ciel incendié. Un sourd tonnerre résonne sans arrêt, emplit l’air humide, déchiré par des sifflements aigus, par des hurlements rageurs et infernaux…

…Ah, toute cette belle jeunesse avec ses sacs et ses baïonnettes, ses manteaux boueux et ses bottes ! On pourrait avec une imagination humaniste et enivrée de beauté rêver d’autres images. On pourrait se représenter cette jeunesse : menant et baignant des chevaux dans une baie, se promenant sur la grève avec la bien-aimée, les lèvres à l’oreille de la douce fiancée, ou s’apprenant avec une amicale gentillesse à tirer l’arc. Au lieu de cela, elle est couchée, le nez dans cette boue de feu. C’est une chose admirable et dont on reste confondu qu’elle s’y prête joyeusement, encore qu’en proie à a une inexprimable nostalgie de ses mères, mais ce ne devrait pas être une raison de la mettre dans cette situation.
Voici notre ami, voici Hans Castorp ! De très loin déjà nous l’avons reconnu à la barbiche qu’il s’est laissé pousser à la table des Russes ordinaires. Il brûle, transpercé par la pluie, comme les autres. Il court, les pieds alourdis par les mottes, le fusil au poing. Voyez, il marche sur la main d’un camarade tombé, sa botte cloutée enfonce cette main dans le sol marécageux criblé d’éclats de fer. C’est pourtant lui. Comment ? Il chante ? Comme on fredonne devant soi, sans le savoir, dans une excitation hébétée et sans pensée, ainsi il tire parti de son haleine entrecoupée et chantonne pour lui-même :
Ich schnitt in seine Rinde
So manches liebe Wort…
Il tombe. Non, il s’est jeté à plat ventre, parce qu’un chien infernal accourt, un grand obus brisant, un atroce pain de sucre des ténèbres. Il est étendu, le visage dans la boue fraîche, les jambes ouvertes, les pieds écartés, les talons rabattus vers la terre. Le produit d’une science devenue barbare, chargé de ce qu’il y a de pire,
pénètre à trente pas de lui obliquement dans le sol comme le diable en personne, y explose avec un effroyable excès de force, et soulève à la hauteur d’une maison un jet de terre, de feu, de fer, de plomb et d’humanité morcelée. Car deux hommes étaient étendus là, c’étaient deux amis, ils s’étaient réunis dans leur détresse : à présent ils sont confondus et anéantis.

Ô honte de notre sécurité d’ombres ! Partons ! Nous n’allons pas raconter cela ! Notre ami a-t-il été touché ? Un instant il a cru l’être. Une grosse motte de terre a frappé son tibia, sans doute a-t-il eu mal, mais c’est ridicule. Il se redresse, il titube, avance en boitant, les pieds alourdis par la terre, chantant inconsciemment :
Und sei – ne Zweige rauschten Als rie – fen sie mir zu…
Et c’est ainsi que, dans la mêlée, dans la pluie, dans le crépuscule, nous le perdons de vue.
Adieu, Hans Castorp, brave enfant gâté de la vie ! Ton histoire est finie. Nous avons achevé de la conter. Elle n’a été ni brève ni longue, c’est une histoire hermétique. Nous l’avons narrée pour elle-même, non pour l’amour de toi, car tu étais simple. Mais en somme, c’était ton histoire, à toi. Puisque tu l’as vécue, tu devais sans doute avoir l’étoffe nécessaire, et nous ne renions pas la sympathie de pédagogue qu’au cours de cette histoire nous avons conçue pour toi et qui pourrait nous porter à toucher délicatement de la pointe du doigt le coin de l’œil, à la pensée que nous ne te verrons ni ne t’entendrons plus désormais.
Adieu ! Tu vas vivre maintenant, ou tomber. Tes chances sont faibles. Cette vilaine danse où tu as été entraîné durera encore quelques petites années criminelles et nous ne voudrions pas parier trop haut que tu en réchapperas. À l’avouer franchement, nous laissons assez insoucieusement cette question sans réponse.

Des aventures de la chair et de l’esprit qui ont élevé ta simplicité t’ont permis de surmonter dans l’esprit ce à quoi tu ne survivras sans doute pas dans la chair. Des instants sont venus où dans les rêves que tu gouvernais un songe d’amour a surgi pour toi, de la mort et de la luxure du corps.

De cette fête de la mort, elle aussi, de cette mauvaise fièvre qui incendie à l’entour le ciel de ce soir pluvieux, l’amour s’élèvera-t-il un jour ?
FINIS OPERIS. »

 

 

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