« L’homme au bras d’or »(1955, vostfr) : le plus grand chef d’oeuvree d’Otto Preminger, d’après le roman de Nelson Algren

Le film est visible ici :

https://m.ok.ru/video/312001825421

Nelson Algren, l’auteur du roman dont est tiré le film, était de 1947 à 1964  l’amour américain de Simone de Beauvoir, qui n’accepta pas cependant de quitter Sartre :

https://www.huffingtonpost.fr/nicolas-bersihand/lettre-de-simone-de-beauv_b_4562442.html

Il n’y a pas grand-chose de commun entre Otto Preminger et Vincente Minnelli, mais ce film rappelle « Comme un torrent » qui est de 1958 :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/07/29/vincente-minnelli-comme-un-torrent-some-came-running-1958-vf/

même acteur principal, Frank Sinatra, même scène initiale : Sinatra descend d’un bus. Dans «  Some came running » Dave Hirsch est un écrivain de talent, alcoolique, qui a roulé sa bosse dans le monde, notamment dans l’armée américaine, et revient de la guerre en uniforme à Parkman, sa ville natale. Dave ( Sinatra) est cerné par la mort, dans chaque bouteille de whisky qu’il vide, dans les femmes qu’il courtise : la prostituée, jouée par Shirley Mac Laine, qui s’est amourachée de lui, et qu’il finira par épouser « parce qu’il en a marre d’être seul », et la professeur de lettres, cultivée, qui admire son œuvre et l’encourage à écrire,  mais ne supporte pas son genre de vie bohème . Et aussi dans l’arrivisme bourgeois de son frère qui a réussi dans la vie, et  qu’il méprise. Dans le film de Preminger, Frankie Machine est un toxicomane, qui sort désintoxiqué d’une cure de plusieurs mois, mais ne tarde pas à replonger devant les tracas qui s’accumulent. Pourquoi se drogue t’on, ou boit on ? Pour la même  raison qu’on « aime » , c’est à dire que l’on capture le temps de liberté  de l’autre, qu’on croit « aimer » : parce que l’on est mortel, voué à la finitude, et qu’on le sait. Le toxicomane, ou l’alcoolique, porte la « croix du temps », comme l’observe Ernst Junger dans « Approches, drogues et ivresses » , il s’imagine, dans la transe dûe  au produit, « sauter par dessus la vie et la mort » , sans avoir renoncé à la mort. Seulement la vie se venge toujours, et l’héroinomane qui n’a plus sa dose se retrouve en enfer, l’enfer du manque. L’homme cerné par la mort est un « trou d’être« , par où même les dieux humains illusoires peuvent s’engouffrer : seulement aucune de ces illusions ne viendra aider le pauvre être en pleine crise de manque.  Là encore ce n’est pas une expiation pour une « faute » imaginaire, mais une insuffisance de la pensée, celle du « faux idéalisme » : Dieu n’est pas un autre pour nous, et nous ne sommes pas un autre pour lui

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/lalternative-radicale-a-laquelle-conduit-lidealisme-contemporain/

«Tout idéalisme est incomplet et impuissant qui conçoit l’idéal en l’opposant à la réalité;l’idéal, c’est alors ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne pouvons pas être, le chimérique ou l’inaccessible

Et ainsi se constitue le faux idéalisme, celui qui célèbre doctement la banqueroute de la science humaine, afin de fonder la vérité divine sur l’absurdité de la croyance, ou qui s’associe joyeusement sur terre à l’oeuvre d’iniquité, afin de mieux réserver la justice au Ciel.

mais si l’idéal est la vérité, il est la vie même de l’esprit. L’idéal, c’est d’être géomètre, et de fournir d’une proposition une démonstration rigoureuse qui enlève tout soupçon d’ erreur; l’idéal c’est d’être juste, et de conformer son action à la pureté de l’amour rationnel qui enlève tout soupçon d’égoïsme et de partialité. »

Ne plus être esclave du monde, c’est réunir en une unique Vérité les deux seules leçons que Dieu ait à nous enseigner : l’expansion infinie de l’intelligence, et l’absolu désintéressement de l’amour. Mais cela ne tient pas dans une bouteille, ni dans une seringue.. Au disciple qui posait une question de disciple sur la nature-de-bouddha, le Maître rétorque : » Je vous répondrai quand vous aurez bu toute l’eau de la rivière de l’Ouest »

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