Sartre : « l’homme est une passion inutile »

c’est la fin de « L’être et le néant »:

» Chaque réalité humaine est à la fois projet direct de métamorphoser son propre pour-soi en en-soi pour-soi et projet d’appropriation du monde comme totalité d’être en-soi sous les espèces d’une qualité fondamentale. Toute réalité humaine est une passion en ce qu’elle projette de se perdre pour fonder l’être et pour constituer de même coup l’en-soi qui échappe à la contingence en étant son propre fondement, ens causa sui que les religions nomment Dieu. Ainsi la passion de l’homme est-elle inverse de celle du Christ, car l’homme se perd en tant qu’homme pour que Dieu naisse. Mais l’idée de Dieu est contradictoire et nous nous perdons en vain : l’homme est une passion inutile

voir :

http://lenuki69.over-blog.fr/article-l-homme-est-une-passion-inutile-sartre-114973364.html

L’Homme est une passion inutile (Sartre)

La dualité entre en- soi et pour- soi est à la base de « L’être et le néant «  et il est tentant de la projeter sur la dualité mise en avant ici entre monde et plan internel, qui est issue de « Raison et religion » de Brunschvicg, livre qui date de 1939 soit quatre ans avant le livre de Sartre : celui ci, ancien élève de Brunschvicg, avait certainement pris connaissance de « Raison et religion », mais, profondément hostile à l’idéalisme  qui était celui de l’université depuis Descartes et Malebranche trois siècles plus tôt, il n’avait certainement pas admis l’idée de plan spirituel qui lui rappelait certainement trop « l’autre monde » de la religion.

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

L’idée de Dieu est contradictoire  en ce  que Dieu serait un en- soi-pour-soi, un être libre imitant l’homme qui se fonderait lui même , or c’est impossible et donc ce qui est selon Sartre le projet humain par excellence, devenir Dieu comme «  Ens causa sui » , être cause de soi même, est voué à l’échec : c’est une passion inverse de celle du Christ en ce que la « passion du Christ », sa mort sur la Croix, a  pour visée (terme imparfait, mais je le préfère à « but ») de sauver l’homme, l’humanité de la mort, conséquence de la Faute originelle : l’homme se perd en tant qu’homme pour que Dieu naisse, d’un côté, est en correspondance avec ce qui scandalise tellement les juifs et les musulmans :  « le Fils de Dieu se perd en tant que Dieu ( en mourant sur La Croix) pour que l’Homme naisse d’une deuxième naissance «

correspondance inverse selon Sartre, mais qui est plutôt à mon avis modélisée par une adjonction de foncteurs. J’y reviendrai.

Mais la dualité de Sartre, entre en-soi et pour-soi, n’est elle pas prisonnière , tout comme la pensée de Heidegger, dont le terme est l’être-pour -la -mort,  et d’ailleurs comme la compréhension théologique chrétienne de la mythologie évangélique et biblique, d’une métaphysique de l’être ?  C’est la compréhension de  Dieu en tant qu’étant qui  mène à des absurdités, mais pas celle de Dieu comme Idée de l’Un, c’est à dire l’un non séparé, l’un radicalement  immanent  Dans l’ascension platonicienne la dialectique de l’un doit prendre le relais de la dialectique de l’être : l’homme doit effectivement se perdre en tant qu’homme (individuel, charnel) pour que Dieu naisse , mais cette naissance est seconde naissance de l’homme. « Le royaume des cieux est en vous », « la vérité vous rendra libres » . Le monde est transfiguré par la dialectique de l’un  : plus de mort, ou du moins la mort n’est que celle de ce qui était un cadavre : le corps individuel . Σωμα σημα.

»il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir. Rien ici qui ne soit d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre penséenous comprenons l’univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu’une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne…. » 

L’homme se perd en tant qu’homme dès que la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique (le corps mortel), ou encore dès que nous sommes capable de remonter à la source de ce qui nous constitue comme personne : l’Esprit .

C’est là la seconde naissance : l’homme se perd en tant qu’homme pour que Dieu naisse…

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