Bernardo Bertolucci : le dernier tango à Paris (1972)

On peut le voir ici :

https://m.ok.ru/video/277713914555

Ou bien sur la chaîne Vimeo :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/09/25/hi-ro-shi-ma-cest-ton-nom-cest-mon-nom-oui-et-ton-nom-a-toi-est-nevers-nevers-en-france/

Avec « Hiroshima mon amour », « L’année dernière à Marienbad » et « Le Samouraï « .

C’est un film d’une beauté exceptionnelle, se déroulant dans un Paris préhistorique, le même quartier du 15eme que « Quai de Grenelle «  en 1950

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/08/18/quai-de-grenelle-1950-avec-henri-vidal-lancien-paris-15eme/

le même quartier aussi où Wim Wenders a tourné « L’ami américain » cinq ans plus tard :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/07/11/lami-americain-wim-wenders-1977/

Quel est cet appartement vide rue Jules Vernes où Paul l’américain de 45 ans et Jeanne font l’amour pendant quelques jours ? « No names », telle est l’exigence de Paul.. cela évoque le passage du début de Genèse où Adam n’avait pas encore donné de noms aux étants du jardin d’Eden

https://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0102.htm

« L’Éternel-Dieu avait formé de matière terrestre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel. Il les amena devant l’homme pour qu’il avisât à les nommer; et telle chaque espèce animée serait nommée par l’homme, tel serait son nom.

L’homme imposa des noms à tous les animaux qui paissent, aux oiseaux du ciel, à toutes les bêtes sauvages; mais pour lui-même, il ne trouva pas de compagne qui lui fût assortie.«

C’est juste avant la création d’Eve à partir d’une côte d’Adam :

»L’Éternel-Dieu fit peser une torpeur sur l’Homme, qui s’endormi; il prit une de ses côtes, et forma un tissu de chair à la place.

L’Éternel-Dieu organisa en une femme la côte qu’il avait prise à l’homme, et il la présenta à l’homme.

Et l’homme dit: “Celle-ci, pour le coup, est un membre extrait de mes membres et une chair de ma chair; celle-ci sera nommée Icha, parce qu’elle a été prise de Ich.

C’est pourquoi l’homme abandonne son père et sa mère; il s’unit à sa femme, et ils deviennent une seule chair.«

La tâche d’Adam est de nommer les choses multiples,  ce qui le conduit à s’enfermer lui même dans la multiplicité indéfinie de la forêt  sauvage et profonde de l’Etre, de la Nature, c’est à dire dans la solitude. Multiplicité dont il ne s’émancipera lui même que par la science et ses mathèmes relationnels

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mathème

« Avant » les noms, ce qui est aussi « avant » Ève, il y a le rêve inconsistant du « tohu-bohu » , chaos pré-logique et pré-linguistique

»Or la terre n’était que solitude et chaos; des ténèbres couvraient la face de l’abîme, et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. »

c’est ce rêve que Paul veut installer dans l’appartement de Passy  parce qu’il est malheureux : sa femme Rosa s’est suicidée et il comprend qu’il ne l’a jamais connue. Aussi rêve t’il d’un monde sans Ève, sans Eros, sans générations.. mais sans faire l’effort intellectuel de l’intelligibilité par les Mathèmes pour dépasser l’étape du langage , qui est aussi celle d’Eros.

Tout cela ne peut que finir dans la mort, qui est ce que Paul désire vraiment.

Là aussi on s’est focalisé sur le « spectaculaire » , la scène du beurre et de la sodomie, sans noter que c’est simplement l’obsession de l’homme suicidaire d’éliminer la famille et la génération.

Mais voilà : au delà de l’Etre et de l’Eros,  il y a l’un , et non pas seulement le fantasme de l’appartement vide, et de la solitude « atomique » qui ne débouche que sur la mort .

A signaler la très belle scène de Paul face au cadavre maquillé de Rosa la suicidée : on sent bien que l’on arrive ici au bout de l’Eros. Ce film est donc lui aussi apocalyptique, d’où ses outrances ridicules, mais c’est l’époque qui depuis 50 ans veut ça : la fin des Temps, le dernier tango.. à Paris, ville spéciale, qui a failli être détruite par l’armée allemande en 1944.

 

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