Isha upanishad : un exemple, non platonicien, de la dialectique de l’un (non dualité)

C’est une «  upanishad majeure », dont le texte et la traduction en français figurent, page 15 à 21, dans le livre « 12 upanishads « :

http://gaurakrishna.org/Traductions/12%20Upanishads.pdf

 

J’avais donné les principaux sites pour trouver texte sanskrit et traduction, en anglais ou français, ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/11/25/vedanta-non-dualiste-isha-upanishad/

Le Vedanta « non dualiste » (advaita) dont témoigne cette upanishad ou d’autres n’est pas du tout équivalent à ce que l’on pourrait qualifier de « monisme » des religions abrahamiques dont la forme extrême est l’islam. Car ce prétendu monisme se ramène en fait à un dualisme : dire « il n’y a que Dieu »  c’est dire « en dehors de Dieu rien n’est «  et donc « moi qui suis en dehors de Dieu je ne suis pas « .. oui mais moi qui ne suis pas je suis celui qui énonce cette proposition : « il n’y a que Dieu » ! contradiction !

une faute logique qui ne concerne que la dialectique de l’être et non la dialectique de l’un, ce qui se dit aussi : l’un n’est pas, l’unité de l’un se suffit à elle même et permet de passer par dessus les imaginations de l’être ; ce qui est, c’est le multiple pur, multiple de multiples de l’ontologie de Badiou, qui est la théorie des ensembles ; ce qui doit être  mais n’est pas, c’est l’unification du multiple qui est par l’esprit humain. Certes, « ce qui n’est pas un être n’est pas un être «  comme selon la formule de Leibniz   , que l’on dirait formalisée dans la théorie des catégories, où Saunders Mac Lane a aussi introduit le terme « monade » qui est leibnizien : à chaque objet X  de la catégorie ( ce qui est) est associé un morphisme-identité  :

Id (X) : X——————> X

ce qui fait que cet objet est Un, sinon il n’est pas (un objet). Mais à la catégorie entière est aussi associé un foncteur identité qui assure l’unité de la multiplicité des objets de la catégorie.

»l’affranchissement du préjugé ontologique a une exigence inéluctable : il interdit que la dialectique de l’Un se modèle sur cette métaphysique de l’Être, dont elle a dénoncé l’illusion. Cependant la confusion de la dialectique et de la métaphysique est constante chez les mystiques spéculatifs, qui, à la suite de Plotin, ont imaginé une essence de l’Un transcendante par rapport à la raison. C’est ainsi qu’a été fondée la tradition dont on voit que, bien au delà du Moyen Age, Berkeley se réclamera encore, témoin cette page de la Siris que sa date de 1744 rend singulièrement significative : « Dans la doctrine platonicienne la génération du νος ou λόγος n’était pas contingente, mais nécessaire ; elle relevait, non du temps, mais de l’éternité. On n’y admettait pas qu’il y eût jamais eu un temps où τὸἝνaurait subsisté sans intellect ; par priorité, on n’entendait qu’une priorité d’ordre ou de conception, et non une priorité d’âge. Ainsi soutenir qu’il y a une distinction de priorité entre τὸἝν et le Νοςn’entraîne pas que l’un ait jamais existé sans l’autre. On voit donc que le Père, ou τὸἝν, peut, dans un certain sens, être appelé νους sans que l’on tombe dans l’athéisme, et sans que l’on détruise l’idée d’une divinité. » 

Mais l’histoire, telle que nous la connaissons aujourd’hui, permet d’en appeler, contre le réalisme des platoniciens, à la pure spiritualité de Platon. Ce qui s’oppose à l’entité de l’être, ce n’est pas l’être de l’un, c’est l’unité de l’un, vers laquelle s’oriente l’idéalité de la dialectique ascendante. Cette dialectique implique à chacun de ses degrés une présence sans laquelle deux marchands ne pourraient se mettre d’accord sur l’exactitude de leurs échanges, deux citoyens sur la réciprocité des rapports de justice, mais qu’on ne saurait hypostasier à titre d’essence séparée sous peine de se heurter au fantôme contradictoire du τρίτος νθρωπος. Voilà pourquoi l’Idée du Bien ne saurait se confondre avec le Démiurge, pas plus que le Verbeavec le Fils. »

Cet affranchissement du préjugé ontologique, dont Badiou reste prisonnier, ce n’est rien d’autre que le passage de la dialectique de l’être à la dialectique de l’un : de la théorie des ensembles à celle des catégories.

le mantra 1 de l’upanishad est traduit de façons diverses :

http://lafinefleurduyoga.over-blog.com/pages/Isha_Upanishad-336003.html

«Au coeur de ce monde phénoménal, en toutes ses formes changeantes, demeure le Seigneur non changeant. Il te faut donc aller au-delà du changeant et, jouissant de l’intérieur de toi-même, ne plus t’identifier à ce que les autres tiennent pour précieux. »

http://consciencesansobjet.blogspot.com/2011/05/isha-upanishad.html

 

»Om ! Tout ce qui nous entoure est recouvert de la présence d’Isha, le Seigneur, quel que soit l’être qui se meut à la surface de la terre. C’est par une telle renonciation à l’irréel que tu seras sous la protection du Réel. Ne convoite aucunement les biens d’autrui. »

 

http://pages.intnet.mu/ramsurat/Upanishad/Isha.html

« Aum. Tout ce qui est changeant dans le monde, tout cela est enveloppé par le Seigneur. Par la renonciation à cela, aide-toi. Ne convoite pas la richesse d’autrui«

Mais le texte sanskrit est clair : il figure dans ce site anglophone :

https://www.wisdomlib.org/hinduism/book/isha-upanishad/d/doc122460.html

« īśāvāsyamidaṃ sarvaṃ yatkiñca jagatyāṃ jagat |«

« Whatever there is changeful in this ephemeral world, all that must be enveloped by the Lord.«

« tout ce qui est (changeant ) dans ce monde phénoménal éphémère doit être enveloppé de la présence du Seigneur »

et non pas : «  est enveloppé de la présence du Seigneur «

Passage de la métaphysique entachée du préjugé ontologique à la métaphysique du « devoir être « , de l’un, où l’acte de l’esprit humain est incontournable : le « Seigneur » ici n’est pas l’un Transcendant des textes abrahamiques, mais l’un radicalement immanent à l’esprit humain

l’upanishad est écrite à l’intention de deux catégories de disciples, comme on le voit dans le verset 2 : « ceux qui pratiquent les rites », par lesquels on peut vivre cent ans en ce monde, et les jnanin, les renonçants ( sannyasin), ceux qui accomplissent l’acte spirituel consistant à « envelopper de la présence du Seigneur » tout ce qui se produit de manière phénoménale, acte qui provoque la renonciation  à tout ce qui est changeant, phénoménal : c’est ce que Brunschvicg appelle « dialectique de l’un », « renonciation à la mort «  et dont il dit à la fin du livre « Introduction à la vie de l’esprit »:

»la vie est bonne, absolument bonne du moment que l’on a su l’élever au dessus  de la fragilité et de la mort »

http://www.yoga-age.com/upanishads/isha.html

«All this, whatsoever exists in the universe, should be covered by the Lord. Having renounced (the unreal), enjoy (the Real)

ce qui est appelé ici « Réel » c’est le « monde véritable » de la physique, réintégré dans l’un immanent à l’esprit par les équations ; ce qui est appelé « irréel » c’est le monde imaginaire des sens (trompeurs, selon Malebranche) , des instincts de convoitise, d’Eros.

 

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